Une saga historique

La saga du Grimoire au rubis est né de la plume d’une historienne, Béatrice Bottet, est cela se sent très rapidement. On y trouve en effet de nombreux détails historiques de France, apparaissant régulièrement tout au long du récit. Ainsi, que ce soit les lieux, les noms, ou bien encore les coutumes, tout est fait pour bien distinguer les différentes époques visitées au cours des cycles qui organisent cette saga.

Un monde de cape et d’épée

Le premier cycle nous transporte au XIIIe siècle, durant la période de règne du roi Louis IX. On y suit les aventures de Bertoul Beaurebec, un jeune ménestrel, et de Blanche de Vauluisant, une jeune noble ayant une grande connaissance des plantes. Leur mission est simple, mais terriblement dangereuse : ramener le mystérieux grimoire aux rubis jusqu’à son propriétaire qui vit à Paris.

Les trois tomes qui composent ce premier cycle nous transportent sur les routes reliant Tournissan, situé dans le sud de la France, à la capitale. Il s’agit de romans d’aventures avec en toile de fond, les us et coutumes du XIIIe siècle, notamment ceux de la cour royale, les différentes croyances en la magie et au Malin, l’importance du rang social ou encore les troubadours et les Templiers. On redécouvre ainsi une partie parfois obscure de l’histoire de France qui permet d’apprécier d’autant plus ces livres avant tout destinés à la jeunesse.

Autre chose à noter sur ce cycle : contrairement aux tomes suivants, chaque chapitre ou presque est entrecoupé par des recettes ou par des informations sur différentes plantes et autres ingrédients nécessaires à la préparation de potions ou remèdes. Ces dernières proviennent, selon les dires de l’autrice, de véritables grimoires et manuscrits médiévaux, apportant par la même occasion de nouvelles connaissances annexes et complémentaires à l’histoire. En effet, il n’est pas rare qu’une plante présentée puisse apparaître dans le récit au détour d’un dialogue ou d’une scène. Ces ajouts font donc de ces trois premiers romans des sortes d’anthologies de magiciens et d’apothicaires.

Place à l’Inquisition

Le deuxième cycle du Grimoire au rubis se déroule au XVIe siècle, et met en jeu les menaces de l’Inquisition. On y fait la connaissance de tous nouveaux personnages hauts en couleurs : les jumelles Madeleine et Marguerite Barberet ainsi que de l’imprimeur Salviat Perigot. Trois siècles après les aventures avec Bertoul et Blanche, le grimoire se réveille de nouveau, annonçant de nouvelles aventures. Elles débutent par l’accusation de sorcellerie à l’encontre de la mère des jumelles, une sage-femme, après qu’un accouchement se soit mal déroulé. Marguerite et sa sœur, héritières du grimoire magique, doivent donc s’enfuir pour éviter de tomber entre les mains de l’Inquisition.

On voit ainsi évoluer trois siècles de connaissances et de comportements vis-à-vis de la magie. Ici, les anciennes coutumes et surtout les rites païens sont vus d’un très mauvais œil par le rigorisme religieux. On voit aussi les prémices de la voyance, du spiritisme et de l’appel aux esprits qui se démocratiseront dans la seconde moitié du XIXe siècle. Ce cycle expose également comment l’Inquisition a tenté d’étouffer la majeure partie du paganisme en France.

Inquisition, gravure de Louis Le Breton provenant du Dictionnaire infernal de Collin de Plancy, 1863. Domaine public.

Cette deuxième série de livres se voulant, semble-t-il plus sombre et mature que la précédente, aborde différents sujets sensibles comme la torture ou l’exécution notamment lors des chapitres où l’Inquisition chasse les femmes soupçonnées d’être des sorcières. Ainsi, l’ordalie, parfois appelée « jugement de Dieu », est évoquée. On en apprend donc plus sur les diverses techniques mises en place pour juger les sorcières. Toutefois, aucune mention de la preuve spectrale, une autre méthode pour accuser les jeteuses de sorts, qui a surtout été utilisée lors des procès de Salem du XVIIe siècle. Il s’agissait alors que la victime dise avoir vu la sorcière en rêve, ou n’importe quel signe lié à la magie, pour que le témoignage vale pour preuve. Mais comme cette méthode semble postérieure aux événements du Grimoire au rubis, il semble logique qu’elle ne soit pas pas mentionnée.

Le renouveau de la magie ?

Le dernier cycle du Grimoire au rubis nous fait suivre trois nouveaux personnages, Albéric, Hortense et Perceval, au cours de la seconde moitié du XIXe. Une nouvelle fois, le grimoire est sorti de son sommeil centenaire et de nouveaux phénomènes paranormaux commencent peu à peu à se manifester.

Ce dernier cycle place l’histoire dans une période où les croyances envers la magie ont fortement évolué. Ainsi, plusieurs visions se croisent entre la jeune fille qui croit vraiment en la magie et le sceptique ou le cartésien qui remettent sans cesse en doute cette dernière. En parallèle, on y découvre l’avancée de la période industrielle et les changements sociaux qui y sont liés.

Portrait d’Allan Kardec. Domaine public.

De plus, une grand part du récit fait référence au spiritisme, ce courant de l’occultisme faisant appel aux esprits et à l’au-delà. Bien qu’il ait été codifié en France par le pédagogue et philosophe spirite Allan Kardec, notamment au travers de son œuvre le Livre des Esprits, le courant du spiritisme médiumnique est surtout connu aux Etats-Unis avec les sœur Fox, Leah, Kate et Margaret, qui ont été parmi les pionnières dans le domaine. Enfin, ce cycle met en lumière certaines créatures folkloriques comme les dames blanches, des entités liées à des lieux particuliers. Attention à ne pas les confondre avec les auto-stoppeuses fantômes, les llorona ou encore avec les lavandières de minuit, d’autres spectres féminins possédant leurs propres caractéristiques.

L’amour du fantastique

Les tomes du Grimoire au rubis, à l’instar d’autres séries comme Oscar Pill, ont été écrits durant l’âge d’or de la fantasy et du merveilleux. En effet, le premier tome de cette longue saga est sortie en 2005, soit la même année que la parution du sixième tome de Harry Potter. C’est durant cette même période que de célèbres sagas cinématographiques telles que Le Monde de Narnia étaient en salles, amenant les écrivains et les cinéastes à vouloir prolonger cet engouement le plus possible. Bien que rien n’ait été révélé en ce sens par l’autrice, il semble indéniable que la période phare du « livre fantastique pour enfants » ait joué un rôle dans la création de l’univers de Béatrice Bottet.

Mais au lieu de simplement créer un énième roman avec des enfants aux pouvoirs magiques, l’ancienne professeure d’histoire a plutôt choisi de concentrer l’intrigue sur le plus célèbre des objets de sorcellerie, mis à part le balai, à savoir le grimoire. Avec ce personnage principal en tête, elle a ensuite pu façonner le reste de son univers et le faire prendre place non pas en Angleterre ou aux Etats-Unis mais bien en France. Elle a ainsi pu développer des récits méconnus et se démarquer de la concurrence. Ses personnages, qu’ils soient pré-adolescents ou adolescents, pré-adultes ou adultes, ont tous donné vie à ce monde fantastique.

Couverture du Grimoire maléfique.

La saga du Grimoire au rubis a énormément impacté le lectorat de la littérature jeunesse au point que Casterman a édité en 2011 un spin-off toujours écrit par la même autrice : Le Grimoire maléfique. Prenant toujours place durant le Moyen Âge français, on y suit les aventures de Jeanne et Audouin, qui doivent lutter contre les forces du Mal qui pourraient se déchaîner si quelqu’un de mal intentionné utilisait le grimoire maléfique.

Au travers ces livres, Béatrice Bottet a su joindre l’Histoire au fantastique et en faire une œuvre à part qui saura satisfaire les amateurs du genre.

Publié par :Andres Camps

Jeune diplômé en édition, histoire de l'art et information communication qui prend plaisir à rédiger sur des sujets qui lui plaisent.

Laisser un commentaire