Symbole du pouvoir du Roi Soleil, Versailles est un univers complet en soi où l’architecture et les jardins ont été construits comme une mise en scène à la gloire du roi. Connu pour ses nombreux divertissements au sein de son château, Louis XIV organise en 1668 une somptueuse fête pour célébrer la paix d’Aix-la-Chapelle mettant fin à la guerre de Dévolution et à la conquête de la Franche-Comté. Focus sur cette festivité documentée par les gravures de Jean Lepautre.

Une soirée inoubliable

Le Grand Divertissement royal qui s’est déroulé lors de la soirée du 18 juillet 1668 est la deuxième grande fête donnée par Louis XIV ; la première, intitulée Les Plaisirs de L’Île enchantée, ayant eu lieu du 7 au 13 mai 1664. Ce divertissement débute en fin de journée par la visite du bassin du Dragon avec son jet d’eau représentant un des épisodes de la légende apollinienne : celle du serpent Python, tué d’une flèche par Apollon. La fête se poursuit par une collation dans le parc au bosquet de l’Étoile, d’un spectacle de Molière, Georges Dandin, joué au théâtre de Vigarani puis d’un festin suivi d’un bal. Enfin, un feu d’artifice, tiré depuis la pompe de l’étang de Clagny, clôture cette grandiose soirée.

Les gravures de Jean Lepautre au service de sa majesté

Nommé graveur ordinaire de Louis XIV en 1667, Jean Lepautre (1618-1682) réalise cinq estampes en eau-forte et burin représentant les temps forts du Grand Divertissement royal. Le bosquet de l’Étoile est un des premiers aménagements entrepris par André Le Nôtre dans la partie nord du jardin en 1666. La collation offerte dans ce parc est composée de mets aussi surprenants les uns que les autres : un palais bâti de massepains et de pâtes sucrées, des vases remplis de liqueurs ou encore des caramels dissimilés dans les arbustes.

Jean Lepautre, Collation donnée dans le petit Parc de Versailles, gravure, 1668.

Dans un théâtre provisoire construit par Carlo Vigarani (1637-1713) se joue la pièce de Molière et Lully, Georges Dandin ou le Mari confondu. À travers les statues en marbre blanc représentant d’une part la Victoire et d’autre part la Paix, le décor de la scène rend hommage au conquérant de la Flandre et de la Franche-Comté qui n’est autre que le roi lui-même, qui a su apporter la paix en Europe. La comédie est également un moyen pour le roi de rappeler aux grands du royaume ou aux ambassadeurs étrangers qu’il est aussi bien le maître des plaisirs que celui des armées.

Jean Lepautre, Les Fêtes de l’Amour et de Bacchus, comédie en musique représentée dans le petit Parc de Versailles, gravure, 1668.

Un divertissement digne du Roi Soleil

Louis XIV est le premier souverain à codifier le divertissement en le transformant en un outil politique. L’objectif du Grand Divertissement royal est double : d’une part il s’agit, pour le roi, de s’assurer une cour docile en lui offrant des divertissements, et d’autre part, le Roi Soleil construit son image qui doit survivre à travers le temps. Véritable lieu de spectacle, les jardins participent à la célébration de la puissance royale. Louis XIV n’hésite pas à instrumentaliser le rêve et la beauté afin d’acheter l’admiration de ses sujets et conserver son pouvoir. Ainsi, les gravures sont autant un témoignage de la fête de 1668, qu’un symbole de la gloire du Roi Soleil sur son temps mais aussi dans la postérité.

Charles Perrault avait d’ailleurs parfaitement saisi le bénéfice potentiel de ces fêtes dans la construction du souvenir royal : « Il ne suffit pas que la Postérité sçache ses glorieux travaux & de Guerre & de Paix […] Il est bon qu’elle apprenne qu’il n’a pas été seulement le plus vaillant & le plus sage de tous les Princes de son Siècle, mais qu’il a été aussi le plus adroit & le plus magnifique1 ».

1 Charles Perrault, Courses de teste et de bague faites par le Roy et par les princes et seigneurs de sa cour, en l’année 1662, Paris : Imprimerie royale, 1670, p. 2.

Publié par :sophiebld

Un commentaire sur “Le Grand Divertissement royal de 1668 : une fête à la hauteur du Roi Soleil

Laisser un commentaire