Le musée de l’Image à Épinal accueille du 05 février au 18 septembre 2022 la première rétrospective dans l’hexagone du graveur mexicain José Guadalupe Posada (1852-1913). Une exposition à ne pas manquer : il s’agit effectivement d’œuvres en grande majorité issues de la collection particulière de Mercurio Lopez Casillas, amateur d’art mexicain.

Le nom de Posada vous est sûrement inconnu, et pour cause, l’artiste immensément renommé de son vivant est mort dans la misère et son nom est tombé dans l’oubli. Cette rétrospective, réalisée à la suite de sa redécouverte à partir des années 1920, permet de rendre hommage à l’artiste de génie. Néanmoins, sa redécouverte fut partielle et c’est surtout un personnage de légende qui a été construit par les avant-gardes. Ainsi, le travail de la commissaire scientifique a été avant tout de briser les mythes pour retrouver la vérité sur la vie de l’artiste. Enfin le dernier objectif porté par le musée est la volonté de dépasser la vision européanocentrée de l’imagerie populaire aux XIX et XXe siècles.

Jeunesse et formation classique oubliées

Issu d’un milieu modeste, Posada apprend les pratiques artistiques au sein de l’Académie de Arts et Métiers de sa ville de naissance, Aguascalientes. Ce type d’institution calquée sur le modèle de l’Académie située à la capitale est présente dans toutes les villes d’importance afin d’assurer une formation artistique classique. Dans ce cadre, Posada apprend l’art des grands maîtres. Ainsi, ses premières œuvres sont extrêmement léchées et le traitement particulièrement réaliste. Une première section de l’exposition est donc dédiée à la présentation de la première manière de Posada. Cette section enrichit beaucoup le propos de l’exposition puisqu’elle permet d’infirmer sa légende posthume, forgée par les milieux avant-gardistes. Ceux-ci l’ont découvert comme un homme du peuple totalement autodidacte, et de ce néant aurait jailli le génie artistique. Il n’en est rien. Les premières planches exposées vous permettront de corriger vous-même ce mythe.

Trouver son propre style : la rencontre d’un graveur et d’un éditeur

Le véritable talent de Posada est mis en avant et rendu possible par sa rencontre avec l’éditeur Antonio Vanegas Arroyo. Posada ne travaillant que sur commande, il est entièrement dépendant de ses commanditaires, qui lui dictent tant le sujet que la manière. En 1889, installé à Mexico, Posada rentre chez celui qui se désigne lui-même comme un « éditeur populaire ».  C’est un véritable tournant dans la carrière de l’artiste, rendu visible au sein du parcours de l’exposition par un éventail des publications de ces deux acteurs. Parmi celles-ci, on découvre les séries de cuadernillos, l’équivalent mexicain de la bibliothèque bleue française. Les sujets sont divers allant du conte à l’astrologie en passant par le guide des couturières. Les ouvrages sont vendus pour des sommes modiques à destination du plus grand nombre. Pour les rendre d’autant plus attrayants et divertissants, le graveur fait évoluer sa manière afin de correspondre à cette nouvelle demande.

Gran Calavera Electrica (« Le Grand Squelette Électrique »), Jose Guadalupe Posada.

Grâce à ce type de productions, Posada arrive petit à petit à réaliser ce qui devient son chef-d’œuvre : la série des calaveras. Vendue en feuille volante la semaine de la fête des morts, ces illustrations humoristiques font rire et danser les squelettes et les vivants. Loin d’une représentation macabre, la mort apparait comme une farce. Ce sont ces squelettes qui vont pendant des années occulter le reste de la production du graveur. En ressortant, vous recroiserez les autres types de commandes, telles que les illustrations des faits divers, de l’actualité politique ou encore des images de dévotion réalisées avec grand soin par le graveur.

Calavera Oaxaqueña, Jose Guadalupe Posada.

Au terme de votre parcours, nous vous encourageons vivement à découvrir les salles de l’exposition permanente. Celles-ci vous permettront de découvrir la richesse des œuvres qui se cachent derrière l’appellation d’imagerie populaire. De plus, les collections présentées vous permettent tant d’appréhender la production de l’Est de la France dont celle de la fabrique Pellerin que la production nationale dans son ensemble, de l’apparition de la gravure sur bois au Moyen Age jusqu’à sa perpétuation de nos jours.

Publié par :Clémence Tariol

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