Du 28 septembre 2021 au 2 janvier 2022, un monde enchanteur s’est ouvert au Petit Palais à travers les 70 œuvres de Jean-Michel Othoniel (1964). Sur l’invitation du directeur, Christophe Leribault, l’artiste s’est emparé du jardin et du sous-sol du Petit Palais. Élaborant son exposition autour du mythe de Narcisse, Othoniel réalise des œuvres réfléchissant d’une part le visiteur et d’autre part l’architecture.

Une esthétique fascinante

Dès l’entrée du bâtiment, le visiteur est immergé dans un univers fantastiqueLa Rivière bleue dévale en cascade l’escalier d’honneur. Cette œuvre, réalisée in situ, est constituée de 1000 briques en verre indien dont la couleur bleu marine contraste avec la grille en bronze dorée de Charles Girault. Le voyage initiatique se prolonge dans le jardin où des Nœuds sont présentés tout autour du péristyle. Ces sculptures, composées de perles, reproduisent une forme complexe d’arabesque révélant les secrets architecturaux du Petit Palais, notamment la double colonnade de marbre rose et le décor peint par Paul Baudoüin sur le thème des quatre saisons.

Jean-Michel Othoniel crée dans le jardin une ambiance imprégnée de mystère. Dissimulés au milieu des acanthes et des palmiers, une douzaines de Colliers recouverts de feuilles d’or sont accrochés aux branches rappelant le fruit défendu du jardin d’Eden. De ce Paradis, le visiteur se retrouve plongé en Enfer, dans le sous-sol du Petit Palais où des œuvres en verre colorées sont suspendues, posées au sol ou installées sur les murs réfléchissant entièrement l’espace.

Diplômé de l’École nationale supérieur d’arts de Cergy-Pontoise, Jean-Michel Othoniel s’intéresse particulièrement au verre et à la brique depuis les années 1990. Admirateur de Félix Gonzales Torres, artiste américain d’origine cubaine, Othoniel s’inscrit dans l’héritage du minimalisme en rendant perceptibles les propriétés réversibles de ces matériaux. Délaissant au fur et à mesure le soufre et la cire, il travaille désormais auprès d’ateliers de Murano et de souffleurs indiens. Pour l’artiste, le verre est symbole de fragilité : en effet, en étant malaxé par la main du souffleur, il peut se fissurer et laisser une marque sur la boule de verre.

Quand l’art rencontre la science

En 2017, l’artiste rencontre le mathématicien mexicain Aubin Arroyo d’où s’ensuit une collaboration. Arroyo s’est rendu compte que ses images en 3D, résultant de ses recherches sur la théorie « des nœuds sauvages », ressemblaient étonnamment aux œuvres d’Othoniel qu’il a vues, par hasard, sur internet. Le titre de l’exposition « Le Théorème de Narcisse » prend alors tout son sens : le théorème correspondant à la théorie des reflets, tandis que Narcisse se réfère à la capacité réflexive et miroitante des Nœuds et des Precious Stonewalls.

Jean-Michel Othoniel, Precious Stonewall #4; Precious Stonewall #6; Precious Stonewall #7, verre miroité bois, 2021 © Jean-Michel Othoniel / Adagp, Paris, 2021.

Néanmoins, les explications entre les recherches d’Arroyo et les œuvres d’Othoniel présentes sur les panneaux de médiation dans la salle d’exposition demeurent quelque peu nébuleuses. Finalement, le dialogue entre les œuvres et le lieu semble davantage être au centre de cette exposition mettant à l’honneur l’architecture et les collections du Petit Palais. Le Théorème de Narcisse coïncide également avec l’homme-fleur inventé par Othoniel, qui, en se reflétant lui-même, reflète le monde autour de lui.

Enchantement ou illusion ?

Reflets physiques et reflets métaphoriques s’unissent alors dans cette exposition aux notes magiques où le temps semble être suspendu. Jean-Michel Othoniel incite le visiteur à rêver tout en l’interrogeant sur sa place dans le monde et en réexaminant la question des apparences. Par la création d’un langage constitué de perles, de lumière, de nœuds et de couleurs chatoyantes, l’artiste élabore un espace temps entre réel et imaginaire.

Publié par :sophiebld

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