L’Inde renferme des trésors au sein de son territoire, tel que le Temple de Kailāsanātha, ou de son nom d’origine Rājasiṃheśvara. Le temple porte également d’autres appellations comme Temple de Kailashnath, Temple de Kailash, Kailāsa ou bien la Grotte 16. Il s’agit d’un temple hindou dédié à Shiva et Vishnou. Il se trouve dans l’État de Mahārāṣṭra, près du village d’Ellorâ.

Cet ouvrage est attribué au Roi Krishna 1er (env. 756 – 773) de la dynastie Rāṣṭrakūṭa. Même si, il est fort probable que les débuts de l’excavation commence avec son prédécesseur Dantidurga. Il est considéré comme le plus grand monument monolithique au monde. En effet, le Temple a été excavé de la roche au VIIIe siècle, on estime de pas moins de 400 000 tonnes de roche fut retiré.

Shiva : Dieu Primordial

Le temple est dédié à la divinité : Shiva. Sa dénomination de Kailāsanātha fait directement référence à celle-ci, par le fait que le terme désigne le mont Kailash, qui est connu chez les hindouistes comme la demeure de Shiva. Plusieurs temples prennent cette appellation pour manifester la dévotion à Shiva.

En effet, Shiva a une place importante dans la religion hindou. Il fait partie de la Trimūrti, qui signifie Trinité en hindi. Il s’agit du rassemblement des divinités suivantes : Brahmâ (dieu de la création), Vishnou (dieu de la préservation) et Shiva (ou Rudra, dieu de la destruction).

Shiva est une divinité ambivalente, il est destructeur et aussi créateur car la destruction amène à la création d’une chose nouvelle ; il est également souvent représenté sous des traits terrifiants et bienveillants. C’est pour cela que Shiva à deux facettes avec celle de Rudra.

Shiva est reconnaissable avec ses divers formes et attributs, voici les plus connus :

  • Son Troisième œil, il symbolise la connaissance, le savoir et la destruction car c’est avec ce dernier qu’il réalise la destruction du monde lorsqu’il l’ouvre.
  • Son Trident ou Triśūla, il est le symbole de la Trimūrti (création, préservation et destruction).
  • La Peau de Tigre qui symbolise sa maîtrise de la Nature car Shiva vit comme un ascète. 
  • Le Serpent entouré autour de son coup qui représente la puissance.
  • Le Liṅgaṃ est la forme la plus vénérée de Shiva, il prend la forme d’un objet phallique.
  • Sa forme du Naṭarāja, le terme signifie “le roi de la danse” en sanskrit. Shiva est représenté dans un cercle de feu symbolisant le cycle de la création et de la destruction. 

Un monolithe à l’architecture incroyable

Le Temple s’inscrit dans une cour rectangulaire de 84m de long et de 47m de large. On entre dans le temple par le Gopuram, il s’agit de la première construction par laquelle on passe et qui permet de pénétrer dans l’espace sacré du temple. Dans la cour, prend place au centre le temple en lui-même est composé de deux parties : le Maṇḍapa et le Garbha-griha, toutes deux construites sur deux étages dont la base du temple est soutenue par des éléphants sculptés. .

De part et d’autres du temple se trouvent deux sculptures d’éléphant ainsi que deux grandes colonnes en forme de mat dite Dhvaja-stambha. La cour est également bordée d’arcades sur trois niveaux donnant sur des galeries creusées dans la roche.

Le Maṇḍapa est une salle à colonnes typique de l’architecture hindouiste, qui se situe généralement entre l’entrée du temple et le saint des saints. Le Maṇḍapa du Kailāsanātha est dit aussi Nandī Maṇḍapa car il possède en son centre une sculpture de Nandī, regardant vers le temple principal. Nandī est le gardien des quadrupèdes, il prend la forme d’un taureau blanc et il egalement le Vāhana de Shiva soit sa monture. Le Nandī Maṇḍapa possède un riche programme iconographique dont des bas reliefs faisant référence à des épisodes des deux textes fondamentaux de l’hindouisme le Mahābhārata et le Rāmāyana y sont représentés. Le toit du Nandī Maṇḍapa est décoré par quatre lion grandeur nature faisant face aux quatre point cardinaux.

Le Mahābhārata est une épopée, qui prend la forme d’un recueil de divers textes (poèmes épiques, textes philosophiques, légendes, mythes) ajoutés successivement. Il relate principalement l’histoire d’une guerre entre les Pāṇḍava et les Kaurava, mais l’évènement majeur est l’apparition de Krishna, le huitième avatar de Vishnou. Le livre est considéré comme un ouvrage important dans la société indienne car elle est un témoin de l’évolution de la société de l’époque montrant la religion bouddhiste et hindouiste se substituer à la religion védique.

 Le Rāmāyana est une épopée mythologique qui retrace l’histoire du prince Rāma, de sa naissance à son retour sur le trône passant par la conquête de Sītā et son enlèvement. L’oeuvre est particulièrement connu car elle présente Rāma qui est le septième avatar de Vishnou et car il contient des récits cosmogoniques sur la création de l’univers vue par les Brahmanes (une caste dans l’hindouisme qui rassemble les prêtres, les hommes de savoir).

Le Garbha-griha est le saint des saints, on y trouve généralement une représentation de la divinité à laquelle le temple y est dédié. Ici, on trouve un Liṅgaṃ, une représentation aniconique de Shiva. c’est dans cette espace sacré où on réalise le pūjā, un rituel d’offrande et d’adoration. Le Garbha-griha est surmonté par un vimāna, une architecture typique des temples hindoues qui prend la forme d’une pyramide composée de plusieurs étages.

Le temple est souvent référé aux temples de Kailāsanātha de Kāñcipuram et à celui de Virūpāksha de Paṭṭaḍakal, de par ses ressemblances. En effet, Le Kailāsanātha d’Ellorā se serait inspiré du temple de Virūpāksha car la dynastie de Rāṣṭrakūṭa était un ancien vassal des Cālukya, et ces dernier ce sont inspiré du temple de Kāñcipuram. Toutefois, elle s’en détache car il ne s’agit pas d’une construction avec un ensemble d’éléments mais d’un ouvrage d’un seul tenant (y compris les décors sculptés).

Un temple parmis tant d’autres

Pour replacer le temple de Kailāsanātha, il se situe le long des les collines Charanandri et il correspond à la grotte 16, appellation étonnante car elle ne correspond pas au caractéristique d’une grotte. Le temple fait partie d’un complexe de 34 temples qui se suivent. On y différencie trois types de temple, en fonction de sa religion : les temples bouddhistes allant de la grotte 1 à 12 ; les temples hindous de la grotte 13 à 29 et les temples jaïna allant de la grotte 30 à 34. Tous ces temples sont aussi excavés de la colline. Voici d’autre monuments de ce complexe :

  1. La Grotte 5 est un vihâra soit une grande salle monastique destinée aux réunions des religieux, elle prend généralement une forme rectangulaire abritant au fond une statue du Bouddha. Le vihâra de la grotte 5 présente deux longues banquettes sur toute la longueur.
  2. La Grotte 10 est un sanctuaire bouddhique dit aussi Chaitya, elle porte le nom de Vishvakarma mais elle est connue sous le nom de la “Grotte du menuisier” par l’aspect du plafond qui fait écho à une charpente de bois.
  3. La Grotte 30 dite Chota Kailāsa ou Petit Kailāsa, est un temple jaïn et prétend imiter le temple de Kailâsanâtha (grotte 16).

Fait intéressant, les grottes se succèdent chronologiquement, l’excavation des temples bouddhisme se déroule entre le Ve et VIIIe siècles, les temples hindouisme entre le VIIe et Xe siècles et les temples jaïnisme entre le IXe et XIIe siècles. Ce complexe est le témoin de la société indienne, révélant la culture de trois religions différentes notamment sur un point architectural.

Pour aller plus loin

Un article à été réalisé sur le programme iconographique du temple, d’un point de vue comparatif avec le temple de Virūpāksha, dont le temple de Kailāsanātha s’en serait inspiré.

– Parlier-Renault Edith. Le programme iconographique du temple de Kailāsanātha à Ellorā. In: Arts asiatiques, tome 56, 2001. pp. 5-23. [www.persee.fr/doc/arasi_0004-3958_2001_num_56_1_1461]

– Un documentaire sur les Bâtisseurs de l’Inde, réalisé par la collaboration de Nurea Tv et Deimian. Deimian est un passionnée des énigmes en lien avec les mystères de ce monde, il part en exploration dans le monde, dans des lieux qui regorge de mythes et légendes en lien avec les anciennes civilisations. Dans cette vidéo, il nous fait voyager à travers l’Inde nous faisant découvrir des lieux et monuments extraordinaire et énigmatique. « INDE : Sur les Traces des Bâtisseurs de l’Impossible » avec Deïmian – NURÉA TV

– Louis Frédérique (1994) – L’art de l’inde et de l’Asie du Sud-est, Paris : Flammarion.

Aurélie Pubert

Publié par :Art&Fac-UPPA

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