Curieux à l’idée d’en apprendre plus sur ce lieu emblématique qui te rappelle des vieux souvenirs de première année de licence d’Histoire de l’Art ? Avide de savoir comment devenir guide pour partager ton engouement auprès d’un public varié ? Pleins d’interrogations sur la vie religieuse et communautaire dans une abbaye ? Cet article va répondre à toutes tes interrogations !

Retour sur l’Histoire de l’abbaye Saint-Martin du Canigou

Tout d’abord nous allons revenir sur l’Histoire passionnante de ce lieu :
L’abbaye Saint-Martin du Canigou est une abbaye fondée au tout début du XIe siècle sur les hauteurs du village de Casteil, dans les Pyrénées-Orientales. L’abbaye a été bâtie par Guifred II, comte de Cerdagne et du Conflent avec l’aide de son petit frère Oliba, abbé à l’abbaye de Saint Michel de Cuxa dès l’an 1008. Saint-Martin du Canigou est érigé dans un style de premier art roman et c’est un manifeste de l’art roman régional

Archives des Abbaye de Saint Martin du Canigou - Les Chroniques de  l'Histoire
Vue sur l’abbaye Saint-Martin du Canigou enneigée

Le site a été conçu pour accueillir trente moines bénédictins et il sera habité jusqu’en 1783. Les moines sont alors plus que cinq, ils sont âgés et pour certains infirmes et ils demandent alors à rejoindre le monde séculier. L’abbaye va tomber à l’abandon et dans l’oubli pendant plus de cent-vingt ans. C’est grâce à un poète catalan, Jacinte Verdaguer et son poème Canigo que l’abbaye renait dans les esprits. En 1900, Monseigneur Jules de Carsalade du Pont prend connaissance de ce poème et, très touché, veut découvrir la Catalogne et l’abbaye Saint-Martin du Canigou. Il va tomber amoureux de ce lieu, alors en ruine, et l’achète pour le rénover avec l’aide de bénévoles. Il va alors s’en suivre soixante ans de restauration : une première vague de 1902 à 1932 puis une seconde de 1952 à 1982.

Mille ans d'histoire ... | Abbaye St Martin du Canigou
Etat de l’abbaye en 1900, seul le clocher et une partie de l’église sont debout
Etat de la voute de l’église abbatiale
Voyages pittoresques et romantiques, Charles Nodier (1834)

C’est en 1988 que l’évêque de Perpignan-Elne demande à la communauté des Béatitudes de venir s’installer à l’abbaye Saint-Martin du Canigou. L’emménagement de cette communauté catholique sur le site permet au lieu de retrouver sa fonction première, une fonction spirituelle, et également d’assurer les visites touristiques. 
La communauté de Béatitude est une nouvelle communauté née dans le sillage du Concile de Vatican II (1962-1965). Celle-ci est organisée en trois branches : une branche de sœurs consacrées, une autre de frères consacrés, et la dernière de laïcs. Les sœurs et frères consacrés sont reconnaissables grâce à leurs habits et aux vœux qu’ils ont prononcé : chasteté, pauvreté et obéissance. 

Emblème/insigne de la communauté des Béatitudes

Le 8 décembre 2020, la communauté des Béatitudes a été reconnue comme Nouvelle famille de vie de droit ecclésiale. C’est un titre donné à ces communautés un petit peu particulière qui propose une mixité de sexe entre les consacrés ainsi qu’une mixité d’état de vie (laïcs célibataire ou en couple/consacrés). 

Aujourd’hui à l’abbaye Saint-Martin du Canigou vivent neuf soeurs, quatre frères dont trois sont prêtres ainsi que trois laïcs (un couple et un homme célibataire). Ils travaillent ensemble, vivent ensemble et prient ensemble. Bien qu’il arrive que chaque branche aie ses temps et ses lieux qui lui soient propres. 

Mon expérience en tant que guide bénévole

Pendant le mois de septembre 2021, j’ai été guide bénévole pendant 3 semaines dans ce joyau de l’architecture romane. Après quelques jours de formation, j’ai eu en charge jusqu’à trois visites d’une heure par jour. Les groupes peuvent accueillir jusqu’à 50 touristes. Parler anglais, espagnol et/ou catalan est un plus, bien que les visites soient exclusivement en français. 
Successivement, les touristes pénètrent dans le cloître inférieur, la crypte, le cloître supérieur, l’église abbatiale pour finir avec le clocher.

Les difficultés qui se sont imposées à moi : 
– La visite guidée étant obligatoire (et donc imposée) pour visiter ce lieu habité par une communauté, il arrive fréquemment que cela génère un sentiment de frustration chez le visiteur. Cela peut-être une difficulté pour le guide car celui-ci doit s’adapter à un public déçu qui n’avait pas forcement prévu et voulu suivre une visite guidée.
– Une autre difficulté et pas des moindres : savoir faire respecter les règles de vie de ce lieu spirituel habité. Il est demandé aux personnes ayant les épaules découvertes de les couvrir en rentrant dans les murs de l’abbaye. À l’entrée, des tissus prévus à cet effet sont mis à disposition. Il arrive parfois que les visiteurs ne comprennent pas cette mesure qu’ils trouvent obsolète, surtout en plein été.

Durant ces trois semaines, j’ai été logée, nourrie et blanchie dans l’abbaye. J’ai partagé quotidiennement la vie des autres guides bénévoles ainsi que de la communauté qui vit entre les murs de cette abbaye. Ces temps partagés sont des souvenirs inoubliables car très forts et sincères. Bien que non croyante, la communauté a su me mettre à l’aise et me faire sentir comme chez moi. Je n’ai senti aucun jugement mais seulement du partage et de la fraternité. 

Avant de signer la convention de stage, les soeurs avaient été claires : même si je ne suis pas croyante, je devais partager avec la communauté des moments de vie. Alors, en plus des deux à trois visites quotidiennes ainsi que des deux heures que je donnais à la communauté (aide à la cuisine, dans le jardin, à la laverie…), je devais participer à trois offices par jours parmi les Laudes, le Chapelet, les Messes, les Vêpres, les Complies ou l’Adoration. Je devais également assister à la célébration de Shabbat le vendredi soir, aux danses d’Israël le samedi soir, et respecter les jours de silence (le lundi et le vendredi). Au delà de la dimension spirituelle, ce sont de vrais moments de partage et de vivre ensemble !
Je me devais également de suivre le rythme de la vie en communauté. À savoir, me lever tous les matins à 7h lorsque la cloche de l’église nous appelle à l’office et manger à des heures fixes avec la communauté.

Envie d’une expérience humaine et professionnelle inoubliable ? L’abbaye Saint-Martin du Canigou peut parfaitement conjuguer vos désirs ! En effet, ce célèbre lieu propose, tous les ans, à des jeunes entre 18 et 35 ans d’être guide bénévole pour une durée comprise entre 15 jours et 1 mois de juin à septembre. Ce temps peut également être sous forme d’un stage à faire valoir dans votre cursus scolaire.
Vous pouvez retrouver toutes les informations sur le site internet de l’abbaye : https://stmartinducanigou.org/fr

Par Hélène Bauche.

Publié par :Hélène Bauche

Etudiante en M2 Arts, Cultures et Sociétés (master recherche en Histoire de l'Art) à l'Université de Pau

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