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Un symbole au service du pouvoir

Époque carolingienne

L’époque carolingienne débute avec le règne de Pépin le Bref en 751, mais elle est plus marquée par le règne de son successeur, Charlemagne. La fleur de lys est apprécié de celui-ci qui les met en tête du capitulaire De Villis, règlement des villae royales. Les carolingiens tiennent à être perçus comme choisis par Dieu pour régner. Pour ce faire, ils font référence au livre 4 d’Esdras dans l’Ancien Testament, où Dieu choisi le lys comme la première des fleurs : ainsi, on les voit fleurir dans les jardins royaux. Le roi de France serait comme la Vierge, choisi entre tous pour vaincre le mal. En 850, sous le règne de Charles II, dit le Chauve, un poème prenant part au débat entre rose et lys de Sedulius Scottus, dit de Liège, énonce les vers suivants :

« Que les lis royaux règnent du haut des sceptres étincelants […]
Vous, lis éblouissants, croissez, semblables au visage de Phoebus »

On voit alors que le symbole imprègne déjà largement le pouvoir royal. Citons une série d’exemples qui témoignent de la percée de la fleur de lys dans le domaine des arts et des œuvres de propagande.
L’architecture de l’église de Saint-Denis, construite par l’abbé Fulrad à la fin du règne de Pépin le Bref, dévoile la place que peut y occuper ce symbole. On remarque donc que les bases des colonnes comportent des frises de fleurs de lys et de rinceaux.

Le célèbre artiste allemand Albrecht Dürer nous transmet L’Empereur Charlemagne réalisé entre 1511 et 1513, actuellement conservé à Nuremberg au Germanisches National Museum, oeuvre dans laquelle cohabitent deux symboles héraldiques : l’aigle et les trois fleurs de lys, encore à six branches.
Le Couronnement de Charlemagne, fresque du Palais du Vatican dans la Chambre de l’Incendie, réalisée par Raphaël et ses élèves entre 1516 et 1517, montre de façon plus ou moins vraie l’épisode important du sacre de Charlemagne. On y remarque le troisième rideau sur la gauche qui est entièrement couvert de fleurs de lys d’or, ici sur fond blanc. Si le fond n’est pas un champ d’azur, c’est certainement un choix des peintres pour ne pas dénoter par rapport à la palette circonscrite à des nuances d’or, d’orange, de rouge et de blanc.

Statuette équestre de Charlemagne ou Charles II le Chauve, Musée du Louvre.

Enfin, sur la Statuette équestre de Charlemagne ou Charles II le Chauve conservé au musée du Louvre à Paris on remarque aisément la couronne ornée de quatre aigrettes trifides ainsi que les chaussures fleurdelisées. Sous le règne de Charles II le Chauve on assiste à une véritable prolifération des lys d’or, dans un style très végétal mais néanmoins simplifié pour les sceptres et les couronnes. Le fleur de lys prend alors trois pétales et non pas six.

Une époque capétienne marquée par la proximité entre pouvoir et religion

C’est sous l’impulsion de l’abbé Suger, évêque de Paris, et avec l’appui de Louis VI et de son fils Louis VII, que l’on commence à parler de lys et qu’il apparaît comme motif décoratif évoquant la royauté française. C’est surtout durant les quarante-trois années du règne de Louis VII le Jeune que la fleur de lys prendra un réel essor. Elle est alors présente sur les sculptures, monnaies, orfèvreries, blasons royaux mais aussi sur les objets usuels. Aucune décision datée n’est connue quant au changement réel entre les croissants et les fleurs de lys. C’est au début du XIIe siècle que l’abbé Suger, attaché à la royauté, favorise la nouvelle interprétation de ce motif. Peu après surviennent les légendes explicatives. Suger définit la voie du symbolisme analogique qu’il met en œuvre simultanément à l’abbatiale Saint-Denis. L’évêque de Paris est l’un des principaux artisans du changement de symbole et de la modification du sens de la fleur de lys. Suger semble être le seul à avoir l’esprit nécessaire à la conception de ce projet et l’autorité indispensable pour l’imposer sans le dire clairement. Il est certain que son amitié avec Louis VI et Louis VII lui garantit la connivence royale. L’emploi des fleurs de lys d’or sur champ d’azur est étendu aux armoiries naissantes entre 1130 et 1160 et elles deviennent pour les rois de France une figure héraldique, de ce fait, héréditaire.

Avant Louis VII, les rois imitent la robe bleue semée d’astres et de constellations du grand prêtre d’Israël, mais cela est remplacé par une robe toujours bleue mais semée de fleurs de lys d’or. Bernard de Clairvaux pense alors que le monde spirituel est peuplé de lys et que le cosmos du vêtement du roi ne doit plus être celui du monde matériel des astres mais celui du monde spirituel des saints ; le ciel fleuri restant une évocation des élus, élément iconographique récurrent dans l’art occidental. Certains avancent que la proximité phonétique entre « flor de Loys » (fleur de Louis) et « flor de lys » (fleur de lys) ait facilité le choix de Louis VII. Le gisant de ce dernier est d’ailleurs orné d’un réseau losangé comblé de fleurs de lys.

Son successeur, Philippe II Auguste, utilise la bannière bleue fleurdelisée d’or en 1191 lors de la Troisième Croisade (1189-1192). Si elle est attesté dès 1179 lors du sacre de ce roi, il semblerait aussi qu’elle ait été présente lors du mariage à Bordeaux en juillet 1137 entre Louis VII et Aliénor d’Aquitaine. L’agrafe fleurdelisée était considérée comme indispensable au sacre dans tous les Cérémoniaux qui en traitent. Elle était sous la forme d’un losange imposant, cloisonné, destiné à être vu de tous et de loin. À la même époque, les fleurons qui entouraient la couronne royale furent remplacés par des fleurs de lys.
La France concentra son désir d’identité nationale et ses aspirations dynastiques dans ce symbole qui envahit alors le costume et le décor quotidien des rois.

Le Greco, Saint Louis, roi de France, avec un page, vers 1586, Musée du Louvre.

Sur la toile du Greco Saint Louis, roi de France avec un page réalisée autour de 1586 et conservée au musée du Louvre, on peut remarquer que le sceptre est surmonté d’une fleur de lys. Roi très pieux, il n’est pas étonnant que Louis IX, dit Saint Louis, ait été un grand fidèle de ce symbole nouvellement christianisé. Dans d’autres pays comme l’Empire germanique, l’Angleterre, l’Écosse, l’Aragon ou la Castille, le lys n’était destiné qu’à être présent sur le sceptre. Mais les rois Capétiens puis les Valois, en adoptant les armes ornées de fleurs de lys et en multipliant la présence de ce motif, s’élevaient au rang de roi suprême, de roi des rois.

Médaille à l’effigie de Louis XII et de sa femme Anne de Bretagne, 1508-1513, Museo Nazionale del Bargello, Florence.

Au Museo Nazionale del Bargello à Florence on peut voir un exemple de fleur de lys sur la Médaille à l’effigie de Louis XII et de sa femme Anne de Bretagne réalisé entre 1508 et 1513 . On y voit les deux personnages de strict profil chacun sur un côté de médaille. Le fond est rempli pour Louis XII uniquement de fleur de lys et pour Anne de Bretagne par moitié de fleurs de lys et par l’autre moitié de croix bretonnes, rappelant ses origines.

Article rédigé par Marion Cazaux (@mhkzo | mhkzo.com)

Publié par :Marion Cazaux

[mhkzo] Doctorante en histoire de l'art contemporain à l'Université de Pau et des pays de l'Adour Sujet : Auto-représentations queer en photographie, art vidéo et performances de 1980 à aujourd'hui _ Master 2 Cultures arts et sociétés (parcours recherche histoire de l'art) Mémoire de recherche : "Autoportraits travestis au XXe siècle, jeux esthétiques ou remise en question de l'identité de genre ?" - Site : mhkzo.com Instagram / Twitter / Tiktok : @mhkzo Mail : mhkzo@outlook.fr

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