Le jeudi 28 octobre 2021, Antoine Schneck a présenté sa monographie publiée aux éditions In Fine au sein des locaux de l’ADAGP (la Société des auteurs dans les arts graphiques et plastiques), l’occasion pour le photographe de présenter son œuvre aux initiés et aux curieux.

Un « jeune photographe » de 58 ans

Antoine Schneck est né en 1963, il se saisit du médium photographique dès l’âge de 12 ans, lorsqu’il découvre un appareil Kodak avec lequel il part en quête d’images. Toutefois, le photographe ne décide pas d’emblée de devenir artiste. « Il y avait des grands » affirme-t-il, en citant Henri Cartier-Bresson ou encore Marc Riboud, mais aucune école ne permettait à de jeunes photographes de se spécialiser au sein d’une formation universitaire. C’est alors assez tard qu’il choisit de faire de la photographie un lieu d’expression : à la trentaine, après avoir été photographe de mobilier, il décide de devenir artiste photographe.

Cette entrée tardive dans le domaine de la photographie d’art ne lui empêche pas d’explorer des thèmes divers : les objets, le portrait, la photographie d’œuvres d’art… Malgré tout, il présente au spectateur un œuvre témoignant d’une grande maturité artistique. Ses photographies ont une personnalité forte, l’objet ou le visage photographiés se détachent sur un fond d’un noir profond et occupent la presque intégralité de l’image. Surtout, les portraits créés par Antoine Schneck apparaissent comme sa signature, ils peuvent à eux seuls définir le travail de l’artiste.  

Une approche chirurgicale et humaniste du visage

Afin de réaliser un portrait, Antoine Schneck met en place un processus de prise de vue qui lui est propre et qu’il répète pour chaque œuvre. Le photographe installe une tente qui isole le modèle de tout élément extérieur et place son appareil photographique dans un trou de la tente afin de pouvoir capturer le visage de son modèle sans que celui-ci soit perturbé par la présence du photographe. Le modèle est alors libre de se montrer tel qu’il est, débarrassé de tout lien avec les conventions sociales.

Le visage est ainsi l’élément phare pendant la séance de pose, mais aussi sur la photographie finale. Dans les portraits d’Antoine Schneck, le visage montré se détache du corps du modèle et apparaît comme le seul élément de composition du portrait. Ainsi, le photographe refuse l’illusion des portraitistes qui « détournent l’attention par la lumière, par le décor », en condamnant les artifices, Antoine Schneck réaffirme le potentiel créatif du visage.

Cette obsession du visage semble naître lors de l’adolescence, le photographe souligne d’ailleurs le « rapport au père » qui a nourri sa créativité. Effectivement, Antoine Schneck assistait, dès 15 ans, aux interventions chirurgicales de son père, chirurgien maxillo-facial. L’artiste aborde cette expérience comme une nourriture latente pour son art. Mais, surtout, ce qui semble motiver cette approche particulière du visage, c’est l’amour de la rencontre. Le photographe aborde l’humain en travaillant le visage. Ces rencontres ont lieu dans des endroits multiples du globe : le Soudan, le Mali, la Chine, la Nouvelle-Guinée, tous les visages sont à explorer. Antoine Schneck cite Levinas, confirmant ainsi cette obsession pour le visage : « on rencontre l’autre par son visage » dit-il, se référant au philosophe. Le visage est alors nécessairement une porte ouverte sur l’humain pour l’artiste. Par le portrait, Antoine Schneck s’attèle à rencontrer l’Autre.

La création inscrite dans le temps long

Le photographe aborde le processus créatif comme un moment méticuleux, contredisant ainsi l’imaginaire d’une création photographique nécessairement réalisée « sur le vif ». Antoine Schneck affirme : « c’est l’inverse de l’instant décisif » en abordant sa manière de créer. L’œuvre finale est façonnée grâce à deux travails différents mais complémentaires : d’abord, Antoine Schneck photographie son modèle à l’appareil numérique, puis, il travaille l’œuvre à la tablette, afin d’aller au plus près du visage, exploitant chaque pixel.

Mais, il prévient, son travail à la tablette n’est pas un exercice de retouche : « Je déteste le mot retouche », affirme-t-il avant d’ajouter qu’il serait préférable de dire « je touche ». La photographie n’est pas modifiée, elle est exacerbée, les détails sont soulignés, mais ici il n’est pas question de tricher, l’action sur la photographie n’a pour seul but que la mise en valeur du visage.

La monographie d’Antoine Schneck, publiée par la maison d’édition In Fine, lie les photographies de Schneck aux textes de Pierre Wat et permet ainsi d’aborder la création artistique de ce photographe du visage sur un support de grande qualité.

Dès le 4 novembre, l’œuvre d’Antoine Schneck prendra une dimension nouvelle, passant du papier aux murs de la Galerie Berthet-Aittouarès.

Antoine Schneck, Pierre Wat, Antoine Schneck, Paris, éditions In Fine, 2021.

Antoine Schneck, L’autre, du 4 novembre au 4 décembre 2021, Galerie Berthet-Aittouarès, 14 rue de Seine, 75006.

Site web de l’artiste : http://www.antoineschneck.com/

Elise Hudelle.

Publié par :elisehudelle

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