Sur le campus Pierre-et-Marie-Curie, à Jussieu, la Galerie culturelle La Passerelle intrigue les étudiants scientifiques habitués aux minéraux et autres formules mathématiques : peintures, lithographies, dessins et photographies attirent le regard. À travers les vitres de la galerie, l’exposition Jeunesse.s. n.f provoque la curiosité et l’envie.

La jeunesse comme notion à explorer

L’exposition Jeunesse.s n.f proposée par l’association de Droit et d’Histoire de l’art d’Assas et de la Sorbonne DADA se donne pour objectif de poser un œil aiguisé sur la jeunesse. À partir d’une fine sélection d’artistes, les commissaires d’exposition Sara Balden, Malo Massalon et Adèle Burlot tendent à interroger cette notion, à la réinterroger même, en refusant une définition unique, en montrant qu’elle ne peut être figée.

La jeunesse telle qu’elle est pensée par l’exposition évite les classifications : « C’est un âge qui échappe à la montre et au calendrier » affirment les commissaires d’exposition ; elle n’est pas la notion imposée par les conventions. La jeunesse ainsi considérée est bien plus qu’une étape entre l’enfance et l’âge adulte : « la jeunesse se révèle sous la forme d’un état d’esprit » ajoutent-ils.

De la même manière, l’exposition refuse l’opposition dichotomique et simpliste entre jeunesse et vieillesse : par la visite, le visiteur comprend que le fait de vieillir est intrinsèquement lié à la jeunesse. La jeunesse est une expérience au sein de laquelle l’être humain évolue, apprend, grandit. La scénographie de l’exposition matérialise cette réflexion : en proposant un parcours en forme de boucle au sein duquel le début et la fin se mêlent à l’infini, en insistant sur les ponts entre jeunesse et vieillesse, elle semble métaphoriser le cycle de la vie.

Une jeunesse, des jeunesses : la pluralité des propositions

Jeunesse.s n.f  présente la jeunesse à la manière d’un kaléidoscope. Cette jeunesse se teinte de colorations diverses, soulignant ainsi la multiplicité des représentations de cette période charnière. L’exposition permet au visiteur de découvrir une jeunesse attentive à son environnement par les photographies de Gaspard Labastie et Valentine Boubat, mais aussi engagée, comme le montrent les œuvres de Quentin Gargano. Cette jeunesse est également réflexive : les créations de Guillaume Larroque et de Tony Manzano sont autant d’introspections et de propositions sur leur identité propre, et, plus largement, sur celle des jeunes.

La variété des supports nourrit également ce propos. La jeunesse s’exprime de différentes façons, permettant à chaque visiteur d’être plus particulièrement touché par un des médiums proposés. Marguerite Alexandre Brasseur donne à voir son travail par la photographie numérique, mais aussi par la maquette ; Misha Zavalny s’adonne à la lithographie ; Quentin Gargano met en place des installations…

Aussi, les médiums ne sont pas des choix exclusifs ou excluants pour les artistes, ces derniers semblent pouvoir passer de l’un à l’autre avec fluidité, rendant ainsi compte de la porosité des supports artistiques. Leila Calvaruso, par exemple, lie photographie et poésie dans une proposition très touchante : là où ses photographies au sein desquelles une jeune femme côtoie un personnage énigmatique et fantasmagorique à tête d’éléphant touchent une sensibilité presque instinctive, les poèmes qui les accompagnent permettent une introspection réflexive du visiteur. Par la poésie, les photographies apparaissent d’autant plus comme une interprétation du monde : texte et image se lient dans une œuvre qui touche le cœur et l’esprit. 

Visiteuse devant les œuvres de Leila Calvaruso ©Malo Massalon

Jeunesse.s n.f interpelle donc par son propos, par les œuvres présentées, mais elle étonne aussi par son organisation. Totalement pensée par des commissaires dans la fleur de l’âge (Sara Balden, 21 ans, Malo Massalon, 22 ans, Adèle Burlot, 19 ans), présentant des artistes âgés de 19 à 30 ans, l’exposition est, en elle-même, une démonstration d’une jeunesse inventive et déterminée. Les commissaires ont ainsi réalisé une sélection d’artistes, mis en place une problématique, trouvé des financements, produit une stratégie de communication, inventé une scénographie, rédigé un catalogue d’exposition et accueilli une soirée de vernissage, le tout dans un contexte instable de crise sanitaire.

On n’est peut-être pas sérieux quand on a 17 ans, mais on est sans aucun doute créatif et passionné quand on en a 20, l’exposition Jeunesse.s n.f nous en convainc.

Exposition du 20. 10. 2021 au 20. 11. 2021, Salle La Passerelle, Campus Pierre et Marie Curie, Sorbonne université. 4, place Jussieu, 5e arrondissement.

Elise Hudelle

Publié par :elisehudelle

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