Florilèges vous invite au voyage tout en restant en France. Parmi le foisonnement de sites historiques et artistiques, le Palais idéal est un lieu à part, une bulle de fantaisie née du rêve d’un homme : Joseph Ferdinand Cheval (1836 – 1924).

Genèse d’un palais

Joseph Ferdinand Cheval, issu d’une famille paysanne modeste originaire des environs de Hauterives dans la Drôme, devient facteur en 1867. Grâce à ce métier, il est amené à sillonner le territoire français et tout particulièrement sa ville natale où il est nommé définitivement en 1878. Sa tournée n’étant pas réalisable à vélo du fait de la difficulté d’accès, le facteur Cheval l’effectue à pied.

Ainsi, il passe de longues heures à marcher, environ une trentaine de kilomètre par jour. Ce cheminement seul représente pour lui non seulement un effort physique mais également une opportunité de méditation et de réflexion qui conduit le facteur a devenir créateur de mondes.

Le palais, initialement envisagé comme une sépulture, sera l’œuvre de sa vie. Commencé en 1879, l’ensemble est terminé en 1912.

Vue générale du Palais du Facteur Cheval.

Fortune critique

Grâce aux artistes surréalistes, l’ouvrage est hissé au rang d’œuvre d’art. Le lieu est ouvert au public du vivant de son concepteur, et son succès ne s’est jamais démenti depuis.

Encore aujourd’hui, la densité vertigineuse des détails et des éléments figuratifs éblouit les visiteurs. Cependant cette profusion au sein de la construction est contrebalancée par les dimensions raisonnables de l’édifice. Un constat qui est d’ailleurs souvent partagé par les visiteurs qui hésitent entre déception quant à la taille du palais et émerveillement face à sa richesse.

Un nouveau souffle

Afin d’inviter le public à fréquenter plus assidûment les lieux, le directeur de l’établissement a souhaité mettre en place des expositions temporaires, comme cet été via le parcours « Fantaisies héroïques » qui imagine la rencontre entre les univers de Ferdinand Cheval et de J.R.R Tolkien. Si Tolkien n’a jamais visité le Palais idéal, la filiation hypothétique semblerait reposer sur des sources d’inspiration communes et des thèmes récurrents tels que la nature, la marche ou encore l’espoir de fraternité entre les Hommes. Ce parcours estival « Fantaisies Héroïques », assez bref, ne se limite qu’à le présentation de quelques œuvres qu’il serait plus à propos de désigner comme un supplément à la visite plutôt qu’une exposition à proprement parler.

La Nature : lieu de rencontre des imaginaires

Le premier nom qui a désigné la construction du facteur Cheval est celui de « temple de la nature ». Le choix des matériaux et des ornements jouent un rôle prépondérant dans la conception de l’ensemble. Placé au sein d’un jardin calme, la conception architecturale du palais est inspirée par des formes naturelles. Les feuillages, plantes et petits animaux couvrent le bâtiment. On trouve même des coquillages insérés dans la maçonnerie qui été récoltés et envoyés à Ferdinand par son neveu. Ferdinand récoltait lui-même des pierres qui par leurs formes lui inspiraient ces étranges motifs.

Cependant, les références à la nature ne se limitent pas aux minéraux. Sur la façade Sud, un espace est laisse place à l’épanouissement d’un impressionnant arbre de pierre. Par ce matériau, il devient immortel, presque en reflet du cèdre du Liban situé sur la colline qui lui fait face, l’un des plus anciens arbres de France, mesurant aujourd’hui 35 mètres de haut. Le profil tourmenté de cet arbre vénérable n’est pas sans évoquer chez le connaisseur de Tolkien la figure des Ents (les gardiens de la forêt) dans la trilogie du Seigneur des anneaux.

Monde imaginaire ou l’ailleurs lointain vu au travers de la presse

S’il était un grand marcheur, le facteur Cheval n’a jamais voyagé plus loin que Lyon. Toutefois, dans son œuvre est visible de multiples références à des civilisations lointaines à l’instar de momies égyptiennes, de mosquées ou des temples hindous. Toutes ces connaissances ne lui viennent pas de l’école de la IIIe République, qui lui avait néanmoins inculqué le goût de la lecture, mais de la presse illustrée. C’est plus particulièrement la revue Magasin Pittoresque, dont des volumes sont exposés, sans trop d’explications, dans la vitrine centrale, qui est la source d’iconographies et d’inspiration décisive du facteur. La revue apparaît en 1833 sous l’impulsion d’Édouard Charton : il s’agit d’un mensuel à visée encyclopédique mais à la portée de tous. Agrémenté de gravures en bois de bout, permettant un tirage important et à faible coût, le mensuel offre des images du monde à ses lecteurs, des châteaux forts du Moyen Age en passant par la faune amazonienne. Le facteur Cheval, émerveillé par les horizons ainsi ouverts, se donne pour mission de transmettre cette imagerie via son palais.


On peut reprocher au parcours qui met en regard le facteur Cheval avec l’univers de Tolkien un manque de cohérence et d’approfondissement. La vitrine centrale est loin de faire honneur à son contenu. Les volumes du Magasin pittoresque, la deuxième édition de Les Deux tours de Tolkien et l’anneau de la monnaie de Paris auraient mérité une réelle analyse. Il s’agit toutefois qu’une magnifique opportunité pour découvrir trois des tapisseries réalisées par la manufacture d’Aubusson, qui constituent la seule approche artistique autorisée par les héritiers de l’œuvre graphique de Tolkien.

Publié par :Clémence Tariol

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