L’exposition « Marc Riboud. Histoires possibles » (19 mai – 06 septembre) est la première rétrospective dédiée au photographe au sein des murs du Musée national des arts asiatiques Guimet. Retour sur le bel hommage consacré à ce chasseur d’images.

La photographie comme « rencontre »

Collègue d’Henri Cartier Bresson (1908-2004) et de Robert Capa (1913-1954) au sein de l’agence Magnum, Marc Riboud (1923-2016) fait partie de ces photographes dont les prises de vues tapissent notre imaginaire collectif, en témoignent les œuvres Le peintre de la tour Eiffel de 1953 ou encore La jeune fille à la fleur de 1967.

Le Musée Guimet permet d’appréhender sa production de manière complète, approfondie et cohérente, traçant un fil rouge entre toutes les photographies de Riboud, qu’elles représentent la France, l’Angleterre, la Turquie, l’Inde, le Japon, l’Alaska, l’Algérie, la Chine… Ce fil rouge, c’est l’attention portée à l’humain, qui au-delà d’être modèle du photographe, se présente sous l’objectif comme jalon de l’histoire du monde par ses habitudes ou ses luttes, par ses regards ou ses gestes. Les histoires personnelles de chacun alimentent l’histoire des peuples et se placent ainsi comme des fragments de l’histoire du monde capturés par un œil averti et attentif.

« Ce que je cherche, c’est une image, une photo qui dira pourquoi et contre qui sont ces cris » Marc Riboud, 1989, extrait de la série « Contacts » produite par Arte.

Un propos monographique et didactique

L’exposition propose un discours englobant sur la carrière du photographe. Au sein du parcours, les destinations parcourues et photographiées par Riboud se suivent chronologiquement permettant au visiteur de comprendre aisément la trajectoire du photographe et d’apercevoir des évolutions au sein de sa pratique.

Aussi, la complémentarité des objets donnés à voir est appréciable. L’exposition ne présente pas seulement les œuvres du photographe, mais aussi les appareils utilisés, les cartes géographiques consultées, la carte de presse du photographe en Chine ou encore des passeports ayant appartenu à Riboud.

Les nombreux livres publiés par Riboud prennent également place au sein du propos, ajoutant une dimension supplémentaire au travail de ce photographe, qui considérait le livre comme un moyen de diffusion de son art à part entière, accordant une grande importance au choix de l’éditeur et de la mise en page.

L’organisation d’une exposition monographique révélatrice d’une carrière par la présentation minutieuse des voyages successifs du photographe, accompagnée d’objets ayant appartenu à l’artiste comme autant de reliques intrinsèquement liées à sa production photographique rend compte d’une volonté sincère de reconstitution et de communication au public de la carrière et de la personnalité de Marc Riboud.

Lettres échangées entre Henri Cartier-Bresson et Marc Riboud, 1956 ©EH

La scénographie au service de l’objet photographique

Il convient de noter le soin particulier accordé à la présentation des photographies au sein de l’exposition. Ici, l’objet photographique est mis en valeur comme œuvre d’art d’exception non seulement par le propos du parcours, mais aussi par la scénographie mise en place.

L’exposition se déroule en diverses salles mettant en place une ambiance colorée par pays parcouru. Un éclairage faible permet à l’œil d’être attiré par l’œuvre. Des moquettes de couleurs sombres exacerbent cette atmosphère intimiste, invitant le visiteur à s’arrêter plus longuement devant les cimaises.

Les photographies sont présentées sous diverses formes, l’exposition ne se contente pas de mettre en avant les tirages argentiques mais insiste également sur les planches contacts de Marc Riboud, partie prenante de l’art du photographe. Le spectateur peut ainsi comprendre le processus créatif menant au tirage final, d’autant plus que Riboud accordait une attention particulière à la lecture minutieuse des planches contacts et au choix de la bonne photographie.

« Le plus souvent, sur une planche, la meilleure photo saute aux yeux comme le bon accord sonne juste à l’oreille » Marc Riboud, 1989, extrait de la série « Contacts » produite par Arte.

Une exposition permise par un legs conséquent

La rétrospective dédiée au photographe est le fruit du legs de l’ensemble du fonds Riboud au Musée Guimet. Ce legs organisé entre la directrice du musée Sophie Makariou et l’épouse du photographe Catherine Riboud Chaine répond à la volonté de Riboud de donner l’ensemble de son œuvre à l’Etat.

Toutefois, il était primordial pour Catherine Riboud Chaine de parvenir à élire un musée qui accepterait de mettre en valeur non seulement les tirages argentiques de l’artiste, mais aussi les négatifs, les planches contacts, les livres et les diapositives couleur. Ainsi, c’est l’intérêt du musée pour le fonds dans son ensemble qui a convaincu l’épouse du photographe. En 2016, à la mort de Marc Riboud, le Musée Guimet a donc reçu la possibilité de mettre en valeur le travail du photographe au sein de ses murs.

©MNAAG

L’exposition « Marc Riboud. Histoires possibles » est une opportunité pour un public néophyte de découvrir la production d’un photographe remarquable dans des conditions optimales, tout en permettant aux spectateurs passionnés d’observer avec satisfaction la complétude du fonds Riboud.

« Marc Riboud. Histoires possibles », Musée national des arts asiatiques Guimet. 19 mai 2021 – 6 septembre 2021. 6, place d’Iéna, 75116 Paris.

Photographie mise en avant : Rue Liulichang à Pékin. Chine, 1965. ©MARC RIBOUD
©MNAAG

Elise Hudelle.

Publié par :elisehudelle

Laisser un commentaire