La série En thérapie, diffusée sur ARTE depuis le jeudi 4 février et disponible en intégralité sur le site de la chaîne, concilie des réalisateurs de renom, un casting de génie et des questionnements contemporains : un cocktail riche qui annonce un succès déjà perceptible.

Un sujet difficile traité avec justesse

Éric Toledano et Olivier Nakache ont fait le choix d’aborder l’impact des attentats du 13 novembre 2015 sur la population française à travers la série En thérapie. Le sujet est complexe, sensible, risqué. Il est toutefois brillamment analysé, sans devenir omniprésent ou pesant : il est présenté par touches plus ou moins importantes en fonction des épisodes.            

La série se déroule dans un quasi huis clos. Le cabinet du docteur Dayan, psychanalyste, accueille tour à tour Ariane, chirurgienne ayant opéré des victimes des attentats, Adel, policier de la BRI étant entré dans le Bataclan pour lutter contre les terroristes, Camille, une jeune nageuse ayant vécu un accident de la route ainsi que Léonora et Damien, un couple en pleine crise. Les attentats occupent une grande partie des conversations entre le docteur Dayan et Adel. Il est analysé au milieu d’autres sujets au sein des séances d’Ariane, alors qu’il est abordé de façon ponctuelle seulement lors des échanges avec Camille ou avec Léonora et Damien.

Le but n’est donc pas ici de créer l’émotion gratuitement, il est question d’analyser les divers degrés d’impact de cet évènement traumatique sur la population française, comme l’explique le scénariste Vincent Poymiro. Miroir de la société, de sa diversité, de la singularité des individus, certes, mais reflet d’un lien commun, d’un évènement central dans l’histoire d’un peuple, aussi.


Reda Kateb dans le rôle d’Adel, policier de la BRI. © Carole BETHUEL/Les Films du Poisson/Arte

L’effort de construction des personnages

La qualité de la série En thérapie réside dans l‘importance de la psychologie des personnages. Chaque patient est longuement analysé par le docteur Dayan, mais aucune philosophie de comptoir n’est proposée, aucune simplicité facilitatrice et grossière ne sont perceptibles dans la série. Chaque personnage est très rigoureusement construit, les scénaristes explorent efficacement le caractère de chaque patient.

La complexité de l’être humain apparaît donc au fil des épisodes, les scénaristes refusent les raccourcis, le manichéisme et la superficialité. Ariane n’est pas si impulsive qu’elle ne paraît, Adel qui pourrait être considéré comme « une brute », ou « un homme d’action » s’avère en fait être un être rempli de sensibilité dont chaque parole révèle une extrême fragilité, Camille n’est pas l’ado rebelle typique qu’elle semble être à première vue, le couple de Léonora et Damien ne peut se voir comme celui d’un dominant et d’un dominé…. Les cartes sont sans cesse rejouées, les représentations ne sont pas figées.

Les thérapeutes eux-mêmes ne sont pas des dieux sacrés de la raison. Au cours des épisodes, le docteur Dayan est mis face à ses propres démons, ce qui le pousse, lui aussi, à entrer en thérapie. Au cours des séances avec sa thérapeute Esther, il est possible d’observer un renversement des vérités établies : le docteur Dayan, qui dans son propre cabinet apparait comme une figure de sagesse et de tempérance, se montre sous un jour plus sombre : il est, comme ses propres patients, perdu, hanté par son passé, traumatisé par les attentats. Mais, surtout, ce personnage est parfois insupportable, faisant preuve de mauvaise foi, provoquant sa thérapeute… Esther elle-même fait des erreurs, prononce des réflexions déplacées à l’égard de son patient, jusqu’à parfois donner l’impression de le torturer en le mettant face à ses démons sans réelle résolution possible.

La profondeur et la complexité des personnages permettent de penser l’humain, c’est cet effort considérable de construction qui permet à En thérapie de se présenter comme une véritable série d’auteur.


Le docteur Dayan, épisode 32 de la série. ©ARTE

Un casting remarquable

La série s’affirme également par la qualité de ses créateurs et de ses interprètes. En thérapie est créée par Olivier Nakache et Eric Toledano, le duo qui a notamment réalisé Intouchables (2011) ou Le sens de la fête (2017). D’autres réalisateurs accompagnent le duo, tels que Mathieu Vadepied, Pierre Salvadori ou Nicolas Parise.

Les acteurs sont exceptionnels, tant par leur renommée que par leurs compétences : Mélanie Thierry joue Ariane, Reda Kateb interprète Adel, Frédéric Pierrot est remarquable dans le rôle du docteur Dayan, la célèbre Clémence Poésy est choisie pour le rôle de Léonora aux côtés de Pio Marmaï, Carole Bouquet joue Esther, Céleste Brunnquell est majestueuse dans le rôle de Camille, Elsa Lepoivre de la Comédie française est Charlotte, la femme du docteur Dayan.

Le casting interpelle donc, il réunit des personnalités éminentes, mais cette réunion d’acteurs n’est pas créée dans le but de donner à voir des têtes d’affiches, chaque acteur est très justement choisi pour la profondeur qu’il peut apporter au rôle qu’il interprète.


Ariane, Episode 11 de la série. ©ARTE

Un format favorable au sujet

Le format de la série participe également à sa richesse et à son originalité. Comme l’explique Eric Toledano, le réalisateur, la série s’adapte au sujet de la psychanalyse : là où dans les films, la psychanalyse n’est qu’une étape, dans la série, elle est le cœur même de l’intrigue. Ainsi, les décors sont presque effacés, il n’est question, à quelques exceptions près, que de deux huis clos : le cabinet du docteur Dayan et le cabinet d’Esther. Les mots sont au centre de l’action et constituent le tissu grâce auquel la série est créée. Chaque parole est pesée, chaque phrase à des conséquences dans l’avancée de l’action.

Eric Toledano : « C’est autre chose que le cinéma car c’est une série où tout doit être dit »

Olivier Nakache : « Au cinéma on essaie d’en dire le moins possible et d’en montrer le plus possible, alors que là on essaie plutôt de dire, de parler »

La série s’organise en 35 épisodes de 30 minutes environ et l’enchaînement des épisodes se fait selon des cycles de cinq épisodes. Chacun d’entre eux présente tour à tour l’un des patients du docteur Dayan, pour enfin se concentrer sur le docteur Dayan dans le cinquième épisode du cycle. Cet enchaînement particulier permet au spectateur de se concentrer entièrement sur la psychologie de la personne qui s’exprime, sans se perdre dans un flux d’informations diverses.

Mathieu Vadepied : « Il n’y a pas souvent autant d’acteurs qui ont un rôle principal, puisque chaque acteur, chaque patient avait son épisode ».


Eric Toledano et Olivier Nakache sur le tournage d’En thérapie, © Le parisien/ARTE

En thérapie est alors indéniablement une série qui brille par son sujet et la manière originale de le traiter. Donnée à voir par des acteurs exceptionnels, la psychanalyse devient intéressante, voire même parfois divertissante, tout en restant support de réflexion et d’introspection du spectateur.

La série paraît prometteuse, lors de son lancement à la télévision le jeudi 4 février, elle a rassemblé 1,8 million de spectateurs selon Télérama. De plus, la série plaît à l’étranger, comme le souligne Courrier international : le journal La Libre Belgique salue un « coup de maître », la revue suisse Neue Zürcher Zeitung n’est pas moins élogieuse et insiste sur la qualité de la série.

Elise Hudelle.

Image mise en avant : Casting de En thérapie © Carole BETHUEL/Les Films du Poisson/Arte

Sources :

-ARTE, En thérapie, série en intégralité.

-Courrier international, « “En thérapie”, la série d’Arte qui émeut les journalistes étrangers », [en ligne], publié le 06/02/2021, consulté le 11/02/2021.

-Lucas Armati, Télérama, « “En thérapie”, un succès qui fait du bien », publié le 08/02/21, [en ligne], consulté le 11/02/2021.

Publié par :elisehudelle

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