En partenariat avec LaCinetek, le journal Florilèges vous propose aujourd’hui la critique d’un film issue de leur sélection du mois ; Perceval le Gallois d’Eric Rohmer (1978).

Un réalisateur de la Nouvelle Vague

Eric Rohmer est une figure dans le monde du cinéma français, avec ses 25 long-métrages parmi lesquels Ma nuit chez Maud qui lance véritablement sa carrière. Il est internationalement salué et reçoit en 2001 un Prix pour l’ensemble de sa carrière, au Mostra Internazionale d’Arte Cinematografica (Venezia). Ses intrigues, principalement axées sur la question amoureuse, s’appuient sur le jeu d’acteurs appelés à de brillantes carrières comme Fabrice Luchini ou encore Arielle Dombasle. Dans Perceval le Gallois, tous les traits caractéristiques du travail de Rohmer sont présents : le rythme lent de la narration, la liberté laissée aux acteurs et le travail de composition de l’image en véritable tableau.

Un long-métrage atypique

Interprété par Fabrice Luchini, André Dussolier et Arielle Dombasle Perceval le Gallois est le fruit d’une co-production française, suisse, allemande et italienne. Rohmer nourrit son œuvre de la lecture (plus qu’) assidue du roman éponyme de Chrétien de Troyes datant du XIIe siècle.

Malgré son caractère « étrange » que nous évoquerons par la suite, le film reçut un accueil critique assez élogieux. Nominé aux Oscars de 1980 dans la catégorie meilleur photographie et meilleur son, il fut couronné par le Prix Méliès en 1979. Dans la presse les critiques furent également élogieuses à l’instar de ce que l’on pouvait lire dans Le monde en 1978.

Il n’y a pas un plan de Perceval qui ne soit le fruit d’une mûre réflexion, d’un parti pris esthétique, d’une connaissance profonde de l’œuvre originale. Joignant l’érudition de l’historien au raffinement du miniaturiste, Rohmer nous propose le plus merveilleux des voyages dans le temps.

Jean de Baroncelli Le Monde 1978

L’aspect atypique du film est issu de la volonté de rendre hommage à l’époque médiévale. En effet, le réalisateur fait le choix audacieux de proposer un film en octosyllabes où les acteurs déclament aussi bien les passages narratifs que descriptifs, reprenant les codes du roman médiéval. Ce traitement cinématographique atteint son summum avec la scène finale où le chœur clôture le récit par un chant en latin.

Une œuvre naïve

Perceval ayant été élevé hors du monde des hommes porte sur le monde un regard neuf et pur. Les mêmes innocence et candeur se dégagent du film. Le but de l’oeuvre est d’édifier le spectateur plus que de l’émouvoir. Les valeurs et sentiments chevaleresques mis à l’honneur apparaissent en total décalage avec le monde dans lequel vit le spectateur. Le réalisateur tente de renouer avec des origines rêvées d’une époque passée.

Pour étayer cette quête, Rohmer n’hésite pas à s’inspirer très largement de l’art pictural médiéval pour ses compositions. Ainsi, les personnages ne sortent jamais du cadre, l’espace s’organise autour de chemins sinueux sans perspective donnant l’illusion d’un long périple. Il est possible d’identifier le même traitement dans cette oeuvre conservée au musée du Louvre, Le portement de Croix de Simone Martini (v 1335)

Le réalisateur joue sur les échelles comme les artistes de l’époque, ce qui est notamment visible dans cette scène :

Au-delà de l’aspect esthétique, le travail de Rohmer nous présente le parcours initiatique d’un jeune homme découvrant l’amour courtois et l’amitié chevaleresque et traversant un chemin de croix pour accéder à la spiritualité.

Pour conclure, même s’il peut s’avérer assez déroutant à regarder, Perceval le Gallois permet toutefois une redécouverte de l’esthétique médiévale et ouvre une parenthèse contemplative dans un monde cinématographique où les effets spéciaux et la vitesse règnent en maître.

Publié par :Clémence Tariol

Laisser un commentaire