Parmi les grandes questions existentielles, la question juive continue d’interroger et résonne particulièrement dans notre époque. C’est ainsi que Jean Claude Grumberg, au travers de sa pièce Pour en finir avec la question juive (l’être ou pas), va tenter d’y répondre avec humour, bienveillance et sagesse.

Exploration autour de la question juive

L’illustre écrivain Jean Claude Grumberg vient apporter un souffle nouveau en publiant en 2013 sa pièce de théâtre : Pour en finir avec la question juive (L’être ou pas)  chez Actes Sud.  Ce texte porté jusqu’aux planches par Charles Tordjman, fut admirablement interprété par Pierre Arditi et  Daniel Russo dans les salles parisiennes entre 2015 et 2019.  

Cette pièce humoristique est le meilleur médicament contre les migraines de tristesse, la plus belle musique contre le blues et un merveilleux voyage contre l’enfermement. Préparez-vous à la découverte d’un univers singulier rythmé en neuf saynètes. 

En effet, Jean-Claude Grumberg nous emmène dans une cage d’escalier d’un immeuble dans laquelle deux protagonistes se rencontrent, s’affrontent puis s’apprécient. Ce lieu des plus anodins, souvent ignoré car banal devient alors tour à tour une antichambre d’interrogatoire, un vaisseau temporel, un ring de boxe, un huit clos de quiproquo mais avant tout un lieu d’échange entre les personnages.

Le rôle clé des deux voisins

La pièce met en scène deux voisins, volontairement non nommés dont leurs particularités permettent de les distinguer aisément. Entre en scène le voisin du dessus marié à une femme pour qui la question juive est une obsession qui rencontre celui du dessous, de confession juive. 

Le voisin du dessus nous embarque dans son océan d’interrogations autour de la question juive. Il est dépeint comme quelqu’un empreint d’une naïveté enfantine presque crédule tout en faisant preuve d’une bonne volonté et d’une réelle envie de comprendre, le rendant attachant. 

Face à lui, le voisin du dessous d’un tempérament plutôt calme répond à ses questions incessantes, ce qui met parfois ses nerfs à rude épreuve tant l’obstination de son acolyte est tenace.

Une question existentielle et des combats intemporels

Pour y répondre il devient malgré lui le défenseur d’une lutte contre des stéréotypes faciles, contre les idioties appétissantes des médias et contre l’asservissement d’internet

Cette pièce évoque également la légitimité d’un combat pour lutter contre l’antisémitisme que l’auteur traite avec modernité bien qu’il s’agisse d’une question séculaire.

Les deux voisins retracent la question juive à travers des décennies de conflits, de traditions, de coutumes mais aussi de souffrances

Le voisin du dessus s’efforce de vulgariser le traumatisme de la Shoah pour le rendre accessible tout en expliquant la volonté du peuple juif d’obtenir une terre « la terre promise ». C’est ainsi que la question du territoire Palestinien entre en jeu en étant décrit comme un lieu de rencontres parcouru de religions et de différences.

Ce hall d’immeuble est symbole de ces différences et de ces rencontres. Ces deux voisins que tout diffère sont amenés à partager le même hall mais contrairement au conflit Palestinien ils vont faire de leurs différences le socle d’une amitié en devenir.

Ainsi si la méfiance et l’aigreur sont parties intégrantes du début de l’œuvre, une mutation s’opère pour basculer vers une ironie sympathique et bienveillante par la suite. Ils prennent désormais plaisir à se croiser en rendant ce hall plus animé. 

La conversion du voisin du dessus est un tournant déterminant dans la pièce. Malgré une religion qui les unit dorénavant les deux voisins restent divergents quant à la façon dont ils vivent cette dernière. En effet, le voisin convertit l’envisage de manière stricte et traditionnelle (ironie de la situation) tandis que celui du dessous conserve un rapport pudique et discret qu’il n’explicitera qu’à la fin. 

L’intelligence de l’auteur s’incarne dans les réponses du voisin du dessous porteur de combats  mais qu’il pacifie dans son enseignement en refusant la violence, l’acharnement et la division. Cela illustre cette citation :

« C’est l’ignorance et non la connaissance qui dresse les Hommes les uns comme les autres ».

Koffi Annan

Enfin, l’auteur nous transporte dans des siècles d’histoires et de questions sans se vouloir moralisateur avec une légèreté qui séduit dans un style court et efficace d’une centaine de pages et une conclusion en quelques mots. Celle-ci répond de manière brève et poétique au grand mystère de la question juive

Par conséquent, en ces temps troublés par des stéréotypes de plus en plus puissants et relayés à une grande vitesse par le truchement d’internet, il est urgent de s’instruire et de rire. Si le rire se veut libérateur des peines, la connaissance n’est-elle pas la garante de la paix? 

Jean-Claude Grumberg

Photographie de Jean Claude Grumberg

 Jean Claude GRUMBERG est un habitué du rire et de la question juive. Cet auteur désigné par Claude Roy comme « l’auteur tragique le plus drôle de sa génération », se saisit de ce dossier mieux que personne puisqu’il connait de près la complexité de cette question. 

En effet, son histoire familiale est marquée par l’horreur d’Auschwitz. Cette pièce devient ainsi un intime lieu de parallèle avec sa vie où il dissimule à travers les lignes son vécu.

Ainsi, la religion juive et son histoire sont le fil rouge de l’entièreté de ses oeuvres, qui seront intêpretées aussi bien au théâtre qu’au cinéma.

Cela lui offrira de nombreuses récompenses allant des prix de l’Académie Française, aux Molières, en passant par les Césars.

Pour conclure, cette pièce est l’occasion de reprendre la question juive pleinement assumée par le voisin du dessous qui affirme :

« En ne cachant pas que je le suis, j’ai choisi de l’être »

Jean Claude Grumberg

Esther Coudreau

Publié par :esthercde

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