Pour vous aider à passer le temps chez vous pendant ce second confinement, les membres de la rédaction vous dévoilent leurs lectures préférées du printemps dernier. Cela pourrait vous donner des idées de commandes à réaliser chez votre libraire !

Âpre Cœur, Jenny Zhang, 2017.

Editions Picquier pour la traduction en langue française, 2019, 380p.

Le premier roman de l’américaine, d’origine chinoise, Jenny Zhang s’impose comme une lecture violente. La liberté du style, quasiment oral, presque fleuve, donne la parole à des très jeunes enfants américaines, toutes issues de l’immigration chinoise. Avec ces témoignages fictifs, Jenny Zhang assemble différentes expériences de la vie d’immigrés à New-York dans les années 1990. Avec une crue et cruelle honnêteté, chacune de ces petites filles fait face aux épreuves de l’immigration ; le racisme, l’inégalité, devenir l’autre, la précarité et la violence. Elles décrivent l’école, les copines, les mères, les pères, les rues de New-York, la vermine qui pourrit leur sommeil, le travail qui tue, l’amour qui prend et la soif de survivre. Le parti narratif de l’enfance comme garant de l’innocence ne tient plus, l’expérience de l’immigration de ces enfants en fait imploser les règles. 

par Saskia Schreiber

Mémoires d’une jeune fille rangée, Simone de Beauvoir, 1958.

Gisèle Freund, Simone de Beauvoir the day of the prix Goncourt, next to a window writing, Paris, 1954

Les mémoires d’une jeune fille rangée est un roman autobiographique de Simone de Beauvoir publié en 1958. L’auteure y raconte son enfance au sein d’une famille bourgeoise et catholique, son adolescence et sa remise en question des dogmes appris pendant ses premières années, son entrée dans l’âge adulte et le début de l’affirmation de ses idées et idéaux. Elle écrit : « Je m’intéressais à la fois à moi et aux autres ; j’acceptais mon «incarnation» mais je ne voulais pas renoncer à l’universel », le pari est réussi. Simone de Beauvoir, en rendant compte de son individualité propre, de ses questionnements personnels, est créatrice d’un récit éminemment universel, interpellant chaque jeune fille en construction. Le roman touche par la justesse des propos sur l’enfance et l’adolescence, mais il interpelle aussi par la pertinence des questionnements philosophiques immiscés : féminisme et existentialisme sont abordés avec les mots d’une jeune femme passionnée de philosophie. Simone de Beauvoir réunit le cœur et l’esprit : son texte fait couler quelques larmes, engendre un questionnement sur des concepts clés, pousse à se renseigner davantage sur la philosophie tout en restant léger et agréable à lire. 

Par Elise Hudelle

Asana n’est pas hétéro, Sakuma Asana, 2020.

Couverture de l’édition française. Publié par Sakuma Asana chez Akata

Ce manga publié à la fin du confinement est une véritable pépite à découvrir absolument. Et cela est dû à son sujet mais aussi à la manière dont l’auteur a voulu nous présenter son histoire, car oui, il s’agit bien là d’une autobiographie. Ce témoignage alliant anecdotes et faits divers nous expose avec humour un point de vu personnel, nous faisant nous attacher à Asana qui n’hésite pas à certains moments à casser le quatrième mur pour parler directement au lecteur. Cet ouvrage a la particularité de se vouloir un minimum pédagogique et va donc commencer par exposer les différentes sexualités existantes mais aussi l’identité de genre, et ce de manière très simple, au travers de schémas notamment. L’ouvrage est ensuite répartie en quatre séquences différentes, composées de plusieurs petites histoires en quatre cases ou plus en couleurs, ce qui est très rare dans le milieu du manga. La première se concentre sur les questions LGBT ainsi que sur des petits événements insolites qui sont arrivés à notre cher auteur.

Nous avons une partie montrant comment Asana a vécu son adolescence et sa vie estudiantine, exposant ses moments de joie comme de chagrin lorsqu’il nous raconte l’un de ses premiers amours avec un camarade de classe qui s’est soldé par un échec et un éloignement sans retour de l’autre. Il nous racontera ensuite sa folle vie amoureuse à l’âge adulte, nous décrivant avec humour et douceur les différents coups de cœurs qu’il a eu avant de rencontrer Tetsu, son amant. Le tout se termine par un message positif et plein d’encouragement pour la vie d’Asana mais aussi pour toute personne de la communauté LGBT+.

“Ce qui est impossible tout seul ne l’est plus à deux…”

Une œuvre touchante qui m’a marqué et qui ne manquera pas de toucher son lectorat, quel qu’il soit.

Par Andres Camps

Le Service des manuscrits, Antoine Laurain, 2020.

Antoine Laurain, Le Service des manuscrits, Paris : Flammarion, 2020

Plongez dans l’univers de Violaine Lepage, directrice du service des manuscrits dans une maison d’édition parisienne. À la recherche de jeunes talents, l’équipe de Violaine Lepage parcourt tous les jours de nombreux romans destinés au service des manuscrits. Mais que se passe-t-il lorsque l’auteur d’un roman qui a conquis le public jusqu’à être sélectionné au prix Goncourt est un parfait inconnu et introuvable ? Et surtout, comment expliquer la concordance des meurtres qui s’opèrent dans l’histoire de ce roman, Les Fleurs de sucre, avec ceux de la réalité elle-même ? Lorsque l’imagination prend le pas sur la réalité, la police va dès lors se mêler des affaires de Violaine Lepage et de son service des manuscrits pour tenter de résoudre le mystère. 

Antoine Laurain nous propose une magnifique mise en abyme du livre avec une double narration où les histoires s’encastrent, offrant un moment d’évasion pour les amoureux de la littérature.

Par Sophie Blanchard

Vie à vendre, Yukio Mishima, 2020.

Lors du confinement du printemps, un ami a déposé dans ma boite-aux-lettres trois livres qu’il voulait me faire découvrir. Parmi eux, Vie à vendre de Yukio Mishima. Un roman japonais publié en 1968, soit deux ans avant le suicide de l’écrivain, et traduit en France pour la première fois cette année. Il s’agit de l’histoire d’un homme qui souhaite en finir avec la vie et décide de la vendre après avoir loupé son suicide. Une manière noble de décéder car il sera utile à quelqu’un et cette personne n’aura jamais à le payer puisque normalement il sera mort. Je dis bien normalement car il va vivre plusieurs aventures, son “suicide” échouant à chaque fois. Je lis très peu de romans japonais et ce livre a été un délice. On retrouve un cheminement psychologique fort et des situations improbables qui font à la fois rire d’une certaine manière et réfléchir. Des questions sur la notion de moralité se posent mais finalement on accepte tous les faits et gestes de ce personnage étrange dans un sens qui lui est propre. Il y a de l’aventure certes, mais c’est une aventure humaine qui reflète un malaise de la société, notamment celle japonaise. 

Par Anne-Elise Guilbert–Tétart

Le dernier des Camondo, Pierre Assouline, 1997.

Le Musée Nissim-de-Camondo.

Dans Le dernier des Camondo, Pierre Assouline vous fait découvrir l’histoire d’une illustre famille de banquiers originaire d’Istanbul, arrivée en France sous le Second Empire. Avec une plume raffinée, il vous plonge dans une saga familiale faite de bonheurs et de drames. Il offre également au lecteur un incroyable voyage dans le temps, très appréciable en ces moments confinés. 

En plein XVIIe arrondissement, à proximité du Parc Monceau, se trouve le Musée Nissim-de-Camondo. Il se cache derrière une magnifique porte cochère. L’hôtel particulier a été construit et décoré par son propriétaire dans le style XVIIIe, avec des objets d’exceptions collectionnés avec passion. L’auteur nous raconte comment cette famille a laissé à la France le plus impressionnant témoignage d’un monde disparu. 

Par Adrien Cané

La servante écarlate, Margaret Atwood, 1985.

Photographie tirée de la série La servante écarlate, Bruce Miller, 2017

Rouge écarlate, c’est la couleur des Servantes, vert terne celle des Martha, bleu celle des Épouses et noir celle des Commandants. Margaret Atwood vous décrit ces catégories de personnes évoluant dans une société dictée par la Religion et la nécessité de faire des enfants. Suite à une catastrophe écologique, les femmes fertiles se font rares et deviennent des Servantes, ventres féconds pour les Commandants. Ce roman vif et coloré interroge. C’est un monde où la femme est en voie de disparition. Alors qu’en est-il de la liberté d’une femme lorsque sa vie est dictée par Autrui ? Loin d’être complètement pessimiste, il est bon de rappeler que tout système a ses failles. Alors pourquoi pas celui de la République de Gilead ? Confinés, vous vous retrouverez dans le personnage de Defred pour qui, le quotidien est inlassablement répétitif mais laisse place à de curieux secrets. Entrez dans l’univers dystopique de Margaret Atwood, romancière canadienne, qui a récemment vu son ouvrage réédité. Il fait écho à quelques régressions contemporaines : alors qu’en Pologne les conditions d’avortement se multiplient, aux États-Unis des femmes dans plusieurs états se mobilisent pour la reconnaissance de leurs droits à disposer d’elles-mêmes. Le rouge est devenu la couleur des « Servantes du Texas » et participe de leurs contestations.  Les réflexions de ce roman sont sérieuses mais, portées par le style souple et envoûtant de l’auteure, vous trouverez de quoi vous évader ! Belle lecture.

Par Emma Cloez

Publié par :Florilèges

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