Halloween est passé, mais nous avons envie de prolonger un peu la fête, prétexte parfait pour se faire peur. Alors pourquoi ne pas se laisser tenter par quelques films qui ne nous laissent pas indemnes, nous effraient parfois, nous dérangent et s’insèrent à vie dans nos têtes comme des idées obsédantes ? 

Avoir peur au cinéma en regardant un film est une réaction d’identification du spectateur à la situation à l’écran. Si le film est bien fait le spectateur réagit, comme une forme d’instinct de survie : sursauts, etc. Mais si le film est vraiment efficace alors le spectateur a également peur après le film, il est en quelque sorte « traumatisé ». Rien n’est plus marquant qu’une image. Quand un film d’horreur est fini, on se retrouve seul avec ces images qu’on a vues, alors c’est surtout à ce moment-là que s’installe l’effroi. On repasse ces images dans notre tête, on les associe à notre quotidien : chaque coin d’ombre cache un monstre, un craquement de parquet est le signe d’une présence surnaturelle, le reflet d’un miroir est une menace… c’est là toute la force d’un bon film d’horreur. 

L’Exorciste

Petits (ou grands), nous avons tous été marqués par une image ou une scène d’un film, que ce soit Jack Torrance et ses yeux de fou dans Shining (1980) de Stanley Kubrick, ou bien la scène de l’escalier de L’Exorciste (1973) de William Friedkin. Ce ne sont pas forcément des films d’horreur comme Paranormal ActivitySaw et consorts qui, bien que réussissant souvent à faire sursauter à coup de jumpscares incessants, n’insèrent pas en nous de réelles peurs obsédantes. Ce sont plutôt des films à frissons ou des films dérangeants que nous allons évoquer ici, en espérant que vous y trouverez votre bonheur.

Cauchemars à l’écran

Certains réalisateurs arrivent à traduire à l’écran nos pires cauchemars. L’un des réalisateurs qui y parvient le mieux est sans doute David Lynch. Il serait peut-être abusif de parler d’un cinéma d’horreur pour ses films. Souvent pourtant, dans bien des aspects quelque chose de terrifiant ressort de son art. Lynch explore la part sombre présente en chacun dans la vie quotidienne. Ses films sont une sorte d’expérience intime de l’horreur. Ils sont à la fois déstabilisants, sombres et difficiles à regarder. Dans Lost Highway (1997), Mystery Man est un personnage qui fait froid dans le dos. Son sourire terrifiant est l’une de ces images marquantes qu’il est impossible d’oublier. Le film est empreint de mystère, comme une grande majorité de la filmographie du réalisateur. En effet dans Mulholland Drive (2001), le film est entièrement construit sur une frontière trouble entre rêve et réalité. La tension du film est permanente. Ponctué de visions cauchemardesques comme celle du couple âgé et leur rire diabolique, ou encore du monstre sinistre derrière le Winkie’s Diner, Mulholland Drive réussit à ancrer en nous de vraies peurs, les réelles insécurités de la vie quotidienne : la mort, le sexe, la jalousie ou l’existence même. En cela on peut parler de film d’horreur. Finalement, peut-être que les films de Lynch sont terrifiants car ils révèlent la folie à laquelle ses personnages ne peuvent échapper (et peut-être aussi la nôtre ?). 

Mystery Man, Lost Highway

Ne vous retournez pas (1973) de Nicolas Roeg est aussi en cela un des meilleurs films d’horreur. À la mort de leur fille, un couple (composé de Donald Sutherland et Julie Christie) s’installe à Venise pour se remettre de leur deuil en entreprenant la restauration d’une église ancienne, mais la Cité des Doges est le théâtre d’une série de meurtres étranges et d’une atmosphère surnaturelle. Dès sa scène d’ouverture, ce film vous plonge dans un univers particulier entre troubles psychologiques et spiritisme. Nicolas Roeg expérimente à la fois dans les cadres, l’omniprésence de la couleur rouge et surtout le montage. La narration non linéaire donne au film un climat oppressant et mêle pure hallucination, fantasmes, souvenirs et réalité. La scène d’amour d’anthologie entre Donald Sutherland et Julie Christie est sans doute l’une des scènes les plus connues du film et bouleverse les codes. Ce thriller onirique et dérangeant a des allures de cauchemar. Venise est ici le huis clos glaçant d’une plongée dans la folie d’un père qui n’arrive pas à faire le deuil de sa fille. Les jeux de reflets, de doubles, les courses poursuites dans les dédales de la ville, les deux sœurs médiums aux rires sardoniques, la petite silhouette en capuchon rouge ou encore la fin terrifiante du film sont tant d’éléments qui parviennent efficacement à faire frissonner le spectateur. Ainsi, Ne vous retournez pas reste l’une des œuvres les plus traumatisantes de l’histoire du cinéma. 

Ne vous retournez pas

Les Yeux sans visage (1960) de Georges Franju semble sorti d’un rêve. Ce film d’horreur onirique est à la fois doux et macabre. Le docteur Génessier (Pierre Brasseur) aidé de sa fidèle assistante (Alida Valli) cherche désespérément à vaincre les rejets de greffe et à trouver le visage qui remplacera celui de sa fille (Edith Scob) défigurée lors d’un accident de voiture. Les regards mélancoliques d’Edith Scob, ses déambulations gracieuses et le noir et blanc donnant à la lumière son aspect brillant, nous emportent dans une atmosphère poétique, au sein même de l’épouvante. Ce visage d’Edith Scob qu’on ne voit quasiment pas, caché par le masque, est le visage de la peur, on l’imagine, on le redoute. La nuit omniprésente, la musique entêtante de Maurice Jarre, les scènes dans le cimetière mais surtout les scènes d’opérations chirurgicales sont également propices à l’effroi. De plus, Georges Franju, auteur de nombreux documentaires, mêle au fantastique une objectivité scientifique. En effet, lorsque l’on voit le rejet de la greffe, l’horreur est présentée directement et frontalement dans une série de photos.

Il est intéressant de noter que le film le plus terrible selon Georges Franju est Trépanation pour crise d’épilepsie bravais-jacksonienne, réalisé par le chirurgien-cinéaste Thierry de Martel en 1940. Dans un entretien avec Marie-Magdeleine Brumagne, Franju le décrit : « Le malade souriait. La boîte crânienne sciée, le crâne ouvert, le cerveau, congestionné, sortit par l’ouverture. Le malade souriait toujours […] Des gens qui ne pouvaient plus se lever pour quitter la salle s’évanouissaient assis. Voilà un film d’épouvante. ». Ainsi, les images explicites des Yeux sans visage ont une certaine beauté inexplicable, une fois vues, elles ne s’oublient pas. Sans doute est-ce cela le plus terrifiant, de trouver de la beauté dans le morbide.

Les Yeux sans visage

La folie

Voir un personnage sombrer de plus en plus dans la folie à l’écran est simultanément terrifiant et attirant. Puisque les films sont faits avant tout pour avoir un impact émotionnel sur le spectateur, la question d’identification au personnage se soulève à nouveau. Ces personnages aux psychologies malades, véritables fantasmes cinématographiques souvent très éloignés de la réalité, ont finalement les traits exacerbés qu’un individu lambda pourrait avoir, des traits refoulés inconscients poussés à l’extrême. Ils deviennent une sorte de miroir déformant de nous-mêmes, permettant au spectateur parfois de réaliser ses fantasmes les plus sombres. Les pathologies mentales deviennent alors un sujet cinématographique privilégié, en particulier du cinéma d’horreur ou du thriller angoissant. Ainsi, la folie comme thème de film d’horreur apparait dès les débuts du cinéma avec notamment Le Cabinet du Docteur Caligari (1920) de Robert Wiene et ses décors inspirés de l’expressionnisme allemand qui semblent sortis d’un esprit névrosé. L’image du tueur psychopathe se démarque donc dans les films d’horreur, comme dans Le VoyeurShining ou Psychose et même dans de nombreux slashers comme Halloween, la Nuit des masques.  

L’un de ces films les plus emblématiques est sans doute Shining (1980) de Stanley Kubrick et ses scènes de folie absolue. Une famille américaine type, Jack Torrance (Jack Nicholson), sa femme (Shelley Duvall) et leur jeune fils Danny (Danny Lloyd) s’installe à l’Overlook, hôtel isolé dans la montagne. Au fil des semaines à raison de l’enfermement, Jack entame une descente lente et inexorable dans la folie. Inspirée d’une réflexion freudienne qui porte sur le thème du « familier inquiétant », la menace du film est intérieure, elle est présente au sein même du foyer familial. La dualité de Jack Torrance entre le bien et le mal est une bataille perdue d’avance, dont la défaite est catalysée par l’isolement et par une série de tentations : l’alcool, la violence, l’adultère… Les images doubles abondent dans la symétrie des plans et des décors ou dans les nombreux miroirs. Le climat de terreur est renforcé par la mise en scène. Les travellings menaçants apparaissent comme une présence surnaturelle. Le labyrinthe et l’hôtel isolé dans la montagne, sont des pièges de plus en plus oppressants qui semblent hantés par le passé. L’aspect le plus terrifiant du film reste l’inexorable chute de Jack, sa démence sans issue aux confins de l’inhumanité. Troublant et incomplet, Shining est un véritable labyrinthe à lui seul, dont les nombreux faux raccords sont en réalité les pièces d’un puzzle laissé libre à l’interprétation de chacun.

Jack Torrance, Shining

Parfois il nous arrive d’éprouver de l’empathie pour un personnage fou. C’est notamment le cas de Norman Bates dans Psychose, mais aussi de Mark Lewis dans Le Voyeur, dont le père sadique le torturait dans son enfance en le filmant lors d’expériences psychanalytiques. Chez Hitchcock, Norman Bates (Anthony Perkins), personnage instable, a passé toute sa vie sous le contrôle de sa mère. Le meurtre de Marion Crane (Janet Leigh) installée dans le Bates Motel est un choc cinématographique. Il s’agit de la première scène de slasher de l’histoire du cinéma, la plus connue et la plus influente : la scène de la douche. Elle inaugure un sous genre de films d’horreur qui connaitra son apogée avec des films comme HalloweenVendredi 13… Psychose reste malgré tout une référence des films d’angoisse. Le regard caméra d’Anthony Perkins à la fin du film fait partie de ces images mémorables et terrifiantes qui, soixante ans plus tard, fait toujours aussi froid dans le dos. 

Norman Bates, Psychose

La même année que Psychose, sort Le Voyeur (1960) de Michael Powell, tout aussi dérangeant. On plonge dans le cerveau fou de Mark Lewis (Karlheinz Böhm), tueur en série qui veut capturer la peur de ses victimes en les filmant alors qu’il les tue. Il satisfait ses pulsions sexuelles et meurtrières par ce fantasme scopophile. Le génie du film est alors que le spectateur devient son complice, voyeur aussi, fasciné par la perversité des meurtres. Le thème de la folie transcende alors le film pour se retrouver dans la vraie vie. Ainsi, tout l’attrait de ce type de films réside dans la peur de notre propre psyché. 

Mark Lewis, Le Voyeur

Les fantômes, les démons, le surnaturel…

Le surnaturel, des évènements inexplicables qui dépassent notre condition humaine. Voilà un autre thème propice aux films d’horreur. Le thème de l’enfance pour susciter la peur apparait, par exemple avec Le Village des damnés (1960) de Wolf Rilla. L’innocence attendue chez l’enfant contraste avec ces enfants possédés, démoniaques et maléfiques. Ainsi, Les Innocents (1961) de Jack Clayton est une sinistre histoire de fantômes à la frontière entre film d’horreur fantastique et thriller psychologique. Son utilisation de la lumière et de la profondeur de champ contribue à créer une atmosphère oppressante unique. Considéré comme un classique du genre, ce film influença de nombreux films, dont Les Autres (2001) de Alejandro Amenábar. Rosemary’s baby (1968) de Roman Polanski s’impose également dans ce thème des enfants démoniaques. Mêlant bons nombres de thèmes qui font de lui l’un des meilleurs films d’horreur jamais réalisés, comme le satanisme, la trahison et les délires de persécution d’un personnage aux frontières de la folie, ce film est à la fois dérangeant, sournois et touche à nos angoisses les plus viscérales.

Rosemary, Rosemary’s Baby

Le premier grand succès de l’histoire du film d’horreur est sans conteste L’Exorciste (1973) de William Friedkin, un incontournable du genre et toujours aussi terrifiant. Sa bande sonore suffit à nous angoisser. Le très culte Carrie au bal du diable (1976) de Brian de Palma, révèle une Sissy Spacek absolument stupéfiante, à la fois terrifiante et pourtant touchante. Ce mélodrame d’horreur est une tragédie du passage à l’âge adulte mais également une satire politique qui bouleverse les conventions de genres de l’époque. Encore un très bon film avec un enfant possédant des pouvoirs surnaturels : Sixième Sens (1999) de M. Night Shyamalan est un savant dosage de psychologie et d’épouvante, une histoire de fantômes envoûtante et poignante, mais aussi un drame émotionnel centré sur la relation entre un garçon et son psychologue et entre un fils et sa mère. Les frissons sont au rendez-vous.

Si après tous ces films cités vous n’avez toujours pas d’idées pour votre programme cinéma du soir, pourquoi ne pas vous tourner directement vers une valeur sûre, l’un des maitres du genre horrifique : John Carpenter ? Halloween, la nuit des masques (1978) et sa musique génialement terrifiante, The Thing (1982) ou encore Prince des Ténèbres (1988) ont marqué le cinéma d’horreur. 

Michael Myers, Halloween, la nuit des masques

En espérant que cette sélection de films d’horreur vous soit utile pour le retour du confinement. Alors regardez des films et ne sortez pas, au risque de croiser Michael Myers au détour d’une allée, il est dangereux et coriace…  

Faustine Fraysse

Publié par :Cineclubedl

Ciné-club de l'Ecole du Louvre. Des séances tous les mois de septembre à avril accompagnées d'articles sur chaque film !

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