Et si demain, le monde tel que nous le connaissions s’effondrait ? C’est la question que s’est posée le collectif les Parasites, avec leur série d’anthologie, L’effondrement. Dans cette dystopie, Jérémie Bernard, Guillaume Desjardins, et Bastien Ughetto, les réalisateurs, nous content ici une vision d’un avenir qui ne nous parait pas si éloigné.

Pendant huit épisodes, le spectateur découvre une société ravagée par une crise mondiale. La population a cédé à la panique. Alors que le gouvernement n’a plus aucun contrôle, seule la loi du plus fort semble être de mise. A moins que certaines personnes aient décidé de se serrer les coudes…

Indépendants les uns des autres, avec des personnages et des intrigues différentes, chaque épisode nous raconte une facette d’un possible effondrement de la société telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Cela n’empêche pas la série de garder un ordre chronologique d’un épisode à l’autre. Tandis la série commence deux jours après l’effondrement, le septième épisode a lieu près de cent soixante-dix jours après. Seul le dernier épisode remonte dans le temps, cinq jours avant la catastrophe.

Dans cette atmosphère de panique et de désespoir, se réapprovisionner, communiquer… Tout devient un défi, et sujet à une réflexion qui semble être d’actualité.

Sur un plateau de télévision, dans un supermarché, ou dans un hameau, chaque épisode raconte son histoire, avec ses personnages, aborde plusieurs sujets et thématiques, et pose de nombreuses questions sur les réactions de chacun d’entre nous sur les pénuries, les énergies, les relations que nous continuerions à avoir…

Les questions sociétales et sociales sont nombreuses, et forment la principale thématique de la série. Ainsi, nous voyons passer un large panel de personnages et de relations tantôt pessimistes, en nous montrant une certaine forme de survivalisme, certains personnages étant prêts à tout pour survivre, tantôt plus optimistes, avec des personnages n’hésitant pas à se serrer les coudes pour s’en sortir. Tout le monde semble passer devant la caméra des Parasites, quelle que soit sa classe sociale, ou son âge, n’hésitant pas à montrer la faiblesse des personnes plus âgées et les espoirs des plus jeunes.

L’écologie est également un point fort de la série, présent autant en toile de fond que sur le devant de la scène, et posant ici de nombreuses réflexions sur nos comportements vis-à-vis de l’environnement.

Toutefois, la série n’indique jamais l’origine de cet effondrement. Bien que le mystère reste entier, il est cependant possible à tout moment pour le spectateur de s’imaginer et de réfléchir sur ce qui a pu se passer au commencement, à J-0.

La série suit en effet différentes étapes, qui nous permettent de comprendre les rouages successifs de cette crise, et de cet effondrement. Alors que les énergies et les ressources viennent à manquer, les personnages en arrivent rapidement à la force, et à la violence. Face à des choix souvent compliqués, ils vont devoir remettre en question leur sens de la morale, mais à quel prix ? C’est un cercle sans fin, où tout semble aller de mal en pis. Seul le dernier épisode paraît nous offrir de plus amples explications, offrant une certaine cohérence à la série, et tenant un discours qui ne manque pas de faire écho avec l’actualité.

Malgré son grand nombre de personnages, la série a su rester à échelle humaine. Nous rencontrons ici des amis, des familles, des couples… De telle sorte que chaque spectateur peut s’identifier à un personnage, à une situation. A l’instar des protagonistes, les spectateurs se retrouvent dépassés par les différents évènements, comme impuissants devant cet effondrement auquel ils font face.

Les épisodes, allant d’une quinzaine à une vingtaine de minutes chacun, ont la particularité d’être tournés exclusivement en plan-séquence, caméra à l’épaule. L’urgence de la situation, la détresse des personnages, et la violence des conflits y sont ainsi retranscrits avec finesse. Il devient impossible de sortir du plan, comme il devient impossible de sortir de la crise.

Pour étoffer leur série, les réalisateurs se sont inspirés de plusieurs thèses de collapsologie, terme d’ailleurs moqué dans le dernier épisode. Ils se sont notamment appuyés sur leur rencontre avec l’astrophysicien Jacques Blamont, et l’un des fondateurs de la collapsologie, Pablo Servigne, à l’occasion d’une interview pour la chaine YouTube Thinkerview.

La série a été diffusée en 2019 sur Canal+, en tant que création décalée, et a rencontré un large succès. Vous pourrez aussi la retrouver en intégralité sur la chaine YouTube du collectif.

Le succès de la série lui vaut d’être diffusée en Espagne, sous le nom El Colapso.

Elle est nominée aux Emmy Awards 2020 dans la catégorie meilleure mini-série. Il faut désormais attendre le 23 novembre pour connaitre les résultats.

Si la série offre une vision plutôt pessimiste de notre avenir, elle ne manque cependant pas de marquer les spectateurs. Des thématiques et des enjeux qui nous permettent de nous questionner sur le futur, en résonnant avec notre présent.

Publié par :tomdelangue

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