Au sein d’une Europe de l’Est fragmentée par la Guerre froide et d’une Pologne sous l’emprise du régime communiste, Pawel Pawlikowski raconte l’histoire d’un amour impossible, fondée sur la séparation, les au-revoirs, et l’absence : « un film d’amour, même si dans le parcours du film, c’est la bagarre plutôt que l’amour ».

Après le succès d‘Ida (Oscar du meilleur film étranger en 2013), Pawel Pawlikowski continue d’explorer la tourmente de la Pologne des années 1960. Il y raconte la relation de la danseuse Zula avec le musicien Wiktor, ballotés entre la Pologne pro-communiste, la Yougoslavie, Berlin-Est, et la Bohême parisienne des années 1950 – 1960. Tout comme Ida, s’il s’agit bien d’une fiction, Cold War comporte également un pan documentaire, qui se fait l’écho des premiers films du réalisateur sur les pays d’Europe de l’Est. Pawel Pawlikowski prend pour toile de fond sa Pologne natale, où il a grandi, avec ses troubles politiques, et son folklore. Il s’inspire également du récit touchant de la vie de ses parents pour raconter cette union si particulière qui lie les deux personnages. C’est donc une large partie de sa vie intime qu’il propose au spectateur d’explorer.

Cette histoire débute avec la rencontre de Wiktor et Zula dans la campagne polonaise en 1949. Wiktor est à la tête d’un groupe de musique folklorique polonaise, et procède à l’enregistrement de voix et de chansons authentiques. Il embauche Zula, et une attraction quasi obsessionnelle se tisse entre les deux personnages. Ensemble, ils participent à une tournée en Europe de l’Est, mais la pression du régime pro-communiste et stalinien, qui les contraint à la propagande, décide Wiktor de partir à l’Ouest. Les deux personnages se retrouvent des années plus tard à Paris, lui travaillant dans un club de jazz, puis comme compositeur de musique de film, elle mariée à un autre homme. Pour autant, leur passion l’un pour l’autre est toujours aussi forte.

Avec Cold War, le réalisateur polonais cherche à raconter une « histoire intime au sein d’un monde vaste » (« an intimate story in a big world »). Le spectateur navigue d’un espace à un autre, d’une année sur l’autre, parfois brutalement. Les nombreuses ellipses viennent rythmer le récit et nous immerger dans cet univers particulièrement tumultueux. Il prend ainsi le contrepied de la narration classique hollywoodienne, en multipliant les cut et les longues ellipses, pour laisser au public la possibilité de combler ce vide, et de se raconter cette histoire soi même.

Après l’épisode parisien, les années passent, Wiktor et Zula se retrouvent, se séparent, voyagent entre l’Est et l’Ouest. Au sein de cette relation confuse, un élément constitue le fil rouge du récit : la musique. La musique est omniprésente et joue, pour ainsi dire, le rôle de troisième personnage. Il y a les chansons et les danses folkloriques de la campagne polonaise, les grands spectacles de propagande communiste, le jazz et le brouhaha parisien, et enfin le silence. Le réalisateur lui-même a pu se confier sur son attachement à la musique : « Quand j’écris […], j’ajoute la musique qui pourrait aller avec la scène pour m’en donner un peu la couleur ». Elle apporte ainsi, d’une certaine manière, la couleur du film.

Cependant, ce n’est pas parce qu’il s’agit d’un film en noir et blanc qu’il est dénué de couleurs. Au contraire, le directeur de la photographie Lukasz Zal, reconnu pour son travail sur Ida, propose au spectateur des variations subtiles à partir de jeux de texture, d’ombre et de lumière. Traditionnellement associé à une dimension universelle, le noir et blanc vient ici évoquer des émotions différentes selon son traitement. Terne et dur en Pologne, il s’éclaire à Paris où les ombres sont noyées par une lumière éclatante. Les personnages en sont ainsi sublimés et acquièrent la force des grands acteurs du cinéma classique – Zula elle-même est inspirée de Lauren Bacall ou encore de Gena Rowlands.

Ainsi, avec Cold War, Pawel Pawlikowski nous raconte l’histoire marquante d’un amour impossible, au sein de laquelle les acteurs principaux sont sublimés par une photographie remarquable, qui donne à l’ensemble la force d’un mythe contemporain.

Léo Debusscher


Le ciné-club de l’École du Louvre vous donne l’occasion, pour sa rentrée, de (re)découvrir Cold War de Pawel Pawlikowski. La séance aura lieu le jeudi 17 septembre à 17h, en amphithéâtre Cézanne. Plus d’infos ici.

Si vous n’êtes pas élève ou auditeur de l’école envoyez à cineclubecoledulouvre@gmail.com vos nom et prénom au plus tard 24h avant la séance.

Publié par :Cineclubedl

Ciné-club de l'Ecole du Louvre. Des séances tous les mois de septembre à avril accompagnées d'articles sur chaque film !

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