Les années 1970 voient courir, la nuit venue, une foule de spectateurs intrigués, devant les salles de cinémas, pour assister aux séances de minuit.

La contre-culture des midnight movies définit un groupe de films anticonformistes, expérimentant les limites du cinéma et des bonnes mœurs. Ces œuvres, considérées comme invendables, connaissent pourtant un large succès encore aujourd’hui, grâce à ces séances de minuit. Les conditions insolites de diffusion de ces films attirent toujours plus de curieux, et font rapidement passer certains films, tel que El Topo ou Eraserhead au rang de films cultes.

Le concept des midnight movies remonte aux années 1930, où certains films à bas budget, ou ayant connu un faible succès sont diffusés dans de petites salles de cinéma, en pleine nuit. Dans les années 1950, ces mêmes films sont parfois diffusés à la télévision, lors de programmes nocturnes.

Mais le véritable phénomène des midnight movies apparait au début des années 1970 à New York. Le Elgin Theater lance le concept avec El Topo, du réalisateur Alejandro Jodorowsky, l’histoire d’un mystérieux pistolero, partant en quête des quatre grands maîtres du désert pour les faire tomber. Cette violente quête initiatique bouleverse les codes de l’époque. Le film est un franc-succès. Le cinéma est fréquenté par plusieurs célébrités, comme John Lennon, fortement marqué par le film.

Les séances de midnight movies se font dans des conditions très spéciales. Peu de salles projettent ces films, et leur publicité ne s’effectue qu’à travers le bouche à oreille. Cela aura suffit à faire le succès de ces films, qui ont intrigué bon nombre de personnes à la recherche de nouvelles expériences cinématographiques.

Face au succès de El Topo, de nombreux cinéma ouvrent leurs salles de nuit, à la recherche du prochain film à succès. Une nouvelle vague de films fait surface, et alimente cette culture du midnight movie.

Le contexte social dans lequel sont observés ces films est assez particulier aux États-Unis. Ces films sont appréciés pour leurs aspects contestataires. Les enjeux politiques de certains de certaines œuvres, mais aussi les interrogations sur les bonnes mœurs de l’époque contribuent à leur succès.

Le monde du cinéma en prend également un coup avec l’apparition de ces midnight movies. Certains films battent des records de longévité à l’affiche. Depuis sa sortie en 1975, il est toujours possible de voir au cinéma The Rocky Horror Picture Show, qui détient le record de longévité d’un film à l’affiche.

Mais, avant même d’être observés dans ce contexte si spécial, il ne faut pas oublier le contexte dans lequel ils ont été créés. Par ses aspects forts provocateurs, les midnight movies mettent en scène la marginalité. Des individus, alors très faiblement représentés dans les médias de l’époque, sont ici sur le devant de la scène, comme des personnages travestis ou handicapés.

Certains films, comme Pink Flamingos, de John Waters, mettent en avant la libération des mœurs sexuelles, tandis que d’autres, comme Harold et Maud, expérimentent différentes dualités, comme celles de deux générations, de la vie et de la mort, ou l’optimisme face au pessimisme.

Des films plus anciens comme Freaks, de Tod Browning, ou La Nuit des Morts-Vivants de Georges Romero sont rediffusés dans les conditions du midnight movies.

Certaines œuvres, qui ont pourtant bénéficié d’une diffusion et d’une vente plus standard, comme L’Exorciste de William Friedkin, insistent pour répondre aux critères de diffusion du midnight movie.

Le dernier film répondant à cette culture sort en 1977. Eraserhead de David Lynch marque les esprits et reprend un thème cher au cinéaste, l’homme prisonnier de sa condition. Un homme doit faire face à des rêves et des obsessions étranges, dans une usine aux bruits incessants.

Les midnight movies sont diversifiés et ne répondent à aucune règle précise quant à leurs créations. Certains films gardent malgré tout une réalisation relativement classique. The Rocky Horror Picture Show, de Jim Sharman, par exemple, est réalisé à partir de la comédie musicale originelle, et en garde le format malgré son aspect horrifique et dérangeant. À l’inverse, des films comme Eraserhead de David Lynch, optent pour une réalisation décalée et nouvelle pour l’époque.

Les midnight movies trouvent cependant des racines communes, notamment dans la manière de les consommer. Ces films ne doivent pas seulement leur succès à leur anticonformisme, mais aussi par la manière avec laquelle ils ont été vus.

Suite à Eraserhead, la popularisation des cassettes VHS, et de la télévision, entre autres, permet à chacun de disposer des films et de les regarder comme bon lui semble. La période des midnight movies prend fin, non sans laisser de trace.

Malgré la fin de cette époque, les midnight movies continuent, encore aujourd’hui, de faire vivre un riche héritage, influençant un grand nombre de cinéastes. Aussi, de nombreux réalisateurs insistent pour que leurs œuvres ne soient projetées que dans un contexte particulier.

Encore aujourd’hui, de nombreux cinémas continuent de faire vivre l’esprit des midnight movies, en organisant des projections nocturnes.

 

Publié par :tomdelangue

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