Sébastien alias « Marguerittederousselle »: l’instagrameur du patrimoine

Avec plus de 10 000 abonnés, 400 publications et presque autant de châteaux, Sébastien alias Marguerittederousselle (un nom de compte croisant deux noms de familles) partage son intérêt pour les demeures historiques. Sa passion pour le patrimoine, il la cultive depuis le plus jeune âge grâce à sa mère qui travaillait au château de Coubertin à Saint-Rémy-lès-Chevreuse. Un domaine qui abrite la Fondation de Coubertin, axée sur la transmission et la formation aux métiers liés à l’ébénisterie, la ferronnerie et la taille de pierre.

« Je me souviens, étant petit, me balader entre le château XVIIIe et les ateliers, ce fut un premier contact avec le patrimoine. Je passais également beaucoup de temps au château de Bandeville appartenant à la famille Pourtalès. J’y jouais avec une amie qui y vivait, le grand parc était un immense terrain d’amusement, les objets d’arts et meubles anciens un sujet de curiosité, regardé avec les yeux d’un enfant … Le weekend ou pendant les vacances nous allions également visiter forteresses et monuments, des châteaux de la Loire aux châteaux cathares, cela permettait de voir les témoins d’autres périodes : Moyen Âge, Renaissance etc. Mon intérêt pour le patrimoine vient sans doute de ces différentes expériences. » S.B.

Chateau_Coubertin_Credit_Marguerittederousselle

Le patrimoine : faire de sa passion un métier

Après un Master d’école de commerce et en parallèle d’un master en sciences politiques, il devient guide-conférencier au Château de Breteuil (Yvelines) durant son temps libre.

« J’avais toujours voulu goûter au plaisir d’emmener les curieux en visite, raconter la grande et la petite histoire des objets ou des personnages présents sur de vieux tableaux au vernis craquelé. Au début recruté comme guide, j’ai ensuite géré quelques fois la partie événementielle ou commerciale, j’y ai fait ma petite place et j’y suis resté, j’y travaille toujours de temps à autre ».

Fraîchement diplômé, Sébastien fait une rencontre qui lui ouvre les portes d’un horizon insoupçonné. Lors d’un cocktail à Paris il croise le directeur de l’agence 20 000 Lieux, une société vendant ou gérant des lieux de prestiges pour les tournages de films ou la Fashion Week.

« C’est un heureux hasard, je discutais de manière informelle avec des amis, nous parlions patrimoine et vieilles maisons, j’ai fait la connaissance du directeur de l’agence 20 000 Lieux. Appréciant mon approche et ayant besoin d’une personne spécialisée sur les questions des demeures historiques, il m’a proposé le poste que j’ai bien évidemment accepté. Après quelques années je dois dire que j’ai bien fait, l’immobilier des châteaux est un marché complexe mais passionnant ».

Un succès immédiat sur Instagram

En 2015, sur les conseils d’une amie, Sébastien s’inscrit sur Instagram. Le réseau social n’a pas encore l’ampleur qu’on lui connait aujourd’hui, néanmoins  Marguerittederousselle se fait vite une place au milieu des comptes consacrés à la cuisine ou au fitness. Désireux de partager son intérêt pour le patrimoine il axe très vite son compte sur les châteaux.

« Quand j’ai commencé, il y avait bien évidemment les comptes dédiés à la mode, aux stars et même à nos grands monuments. Néanmoins, une fois les incontournables évoqués tel Chenonceau, Versailles ou Chambord, qu’en était-il des centaines de manoirs, gentilhommières et jolies maisons héritées du XIXe siècle ? Ce « petit » patrimoine ouvert ou non au public mérite d’être valorisé. »

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Entrée d’une demeure vendue par Sébastien © L. Duez

Au fur et à mesure des années, de plus en plus de visites et de plus en plus d’abonnés s’accumulent sur son compte Instagram. Une communauté de plus de 10 000 personnes mordues de châteaux suit aujourd’hui les visites et aventures de Sébastien. Une notoriété lui ouvrant de nombreuses portes.

« Maintenant les châteaux viennent me voir et m’invitent. Un weekend, un dîner ou une visite privée, ce sont toujours des moments singuliers riches en confidences et anecdotes ».

Sébastien a également développé un partenariat avec l’association des VMF – pour Vieilles Maisons Françaises –, rassemblant les châtelains et les propriétaires de belles demeures anciennes. L’association édite une revue et s’est tournée vers le digital et le numérique. Grâce à sa notoriété sur les réseaux sociaux, Sébastien a été contacté afin de devenir leur ambassadeur.

 « Quand je vais passer un week-end dans tel ou tel endroit, je leur demande s’ils ont un château à me recommander pour une visite, je participe à la promotion de ces adresses. »

L’intérêt pour le patrimoine français dépasse nos frontières, le compte Instagram de Sébastien est suivi par de nombreux abonnés étrangers s’intéressant à la richesse de notre patrimoine, provenant notamment des États-Unis ou du Brésil.

« Je reçois des messages venant du monde entier me disant que la France a un patrimoine riche et intéressant. J’essaye de le montrer via Instagram avec légèreté. Je parle évidemment d’histoire, de meubles, d’architecture… Mais je cherche aussi à vulgariser et parfois divertir. J’essaye d’être transgressif dans ma manière d’aborder le patrimoine. Un filtre chien sur le vieux portrait d’une marquise, un sondage absurde ou un parallèle entre Rihanna et un château où elle a tourné un clip … J’essaye de désacraliser, rendre accessible, faire preuve de synthèse mais aussi chercher la finesse et les éléments factuels. C’est ce qui plait aux gens qui me suivent je pense. »

Lutter pour sauver le patrimoine

Autrefois, les châtelains avaient beaucoup de moyens. Aujourd’hui, la majorité du patrimoine appartient à des particuliers non fortunés qui ont le plus souvent de grandes difficultés à l’entretenir. Les châteaux vivent de l’événementiel, des tournages ou des visites historiques. Payer son billet d’entrée c’est donc les soutenir.

« Nous devons avoir conscience que visiter, c’est militer ! Je déplore que l’État ne s’engage pas plus dans le patrimoine. Le budget qui lui est alloué n’est qu’une goutte d’eau sur l’ensemble de l’enveloppe du ministère de la Culture. Les grands projets de l’ère Malraux semblent bien éloignés de notre temps. »

Sébastien prend beaucoup de plaisir à faire ce qu’il fait. Au-delà des livres écrits par des universitaires, il explique que les réseaux sociaux sont une voix qui permet de promouvoir le patrimoine. Il s’engage pour une cause qui lui est chère.

Hors des châteaux : un intérêt pour le cinéma

Une passion n’en empêchant pas une autre, l’instagrameur s’intéresse également au septième art, dont il énonce un certain nombre de points communs avec les châteaux. Il explique avoir toujours eu un intérêt pour le milieu cinématographique dans son ensemble. Visconti, Fellini pour le cinéma italien, Fritz Lang ou Fassbinder pour le cinéma allemand, Cukor ou Wilder pour le cinéma américain. Sébastien s’intéresse également au cinéma plus contemporain, comme spectateur régulier dans les salles obscures ou festivalier à Cannes ou à la Berlinale. Il raconte avoir travaillé lors de ses études au cinéma Saint-André-des-Arts, où il s’occupait de la programmation et du développement.

Quels nouveaux projets ?

Sur le fond comme sur la forme, Sébastien réfléchit à diversifier son Instagram. La vidéo ? Pourquoi pas. Bien que très chronophage, ce support lui permettrait de montrer autrement les sujets qui le passionnent.

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Art de la table au Château de la Motte Tilly ©Marguerittederousselle

IGTV, le nouveau réseau social vidéo d’Instagram permet maintenant de proposer des formats d’une minute à une heure. Grâce au confinement, Sébastien a pu passer davantage de temps à travailler sur la question et réaliser quelques essais.

« J’ai toujours aimé le cinéma, j’aime le cadrage, le jeu de lumière, le montage… L’exercice de la vidéo m’intéresse mais il demande un temps fou. J’aimerais à l’avenir mettre également en avant, au-delà des châteaux, les objets d’arts, artistes et artisans qui y sont liés. »

Sébastien a rencontré récemment un orfèvre exerçant rue des Gravilliers, dans le troisième arrondissement de la capitale. Invité à découvrir la manufacture de ce dernier, Sébastien a découvert les procédés de fabrication liés à la création d’argenterie avec outils et machinerie d’époque !

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Etienne de Beaumont par A. Meyer

« Outre les châteaux et leurs acteurs directs, je souhaiterais aussi parler des personnes que l’Histoire oublie. On retient à juste titre les têtes couronnées, les grands hommes d’états, les artistes qui ont marqué leur époque, on se concentre aussi sur les grands classiques que le XVIIe et le XVIIIe nous ont laissés, mais au-delà de André-Charles Boulle, de la marquise de Pompadour ou Élisabeth Vigée Le Brun, on évoque moins les visages plus proches de nous qui incarnent aussi une certaine idée de l’art de vivre à la française. Des noms aujourd’hui méconnus ont consacré leur vie entière à la quête de l’esthétisme, à porter les réceptions au rang d’œuvre d’art ou à perpétuer une noblesse d’esprit. Je pense à Boni de Castellane, Étienne de Beaumont, Charles de Beistegui, Alexis de Redé ou encore Marie-Hélène de Rothschild, pour ne citer qu’eux. »

Toutefois, l’instagrameur avoue qu’il est difficile de trouver un juste équilibre avec les attentes de tous ceux qui le suivent.

« J’essaye de garder le ton ; être transgressif sans vulgariser bêtement. Je ne veux pas m’oublier, il y a une part de mise en scène mais je veux rester moi-même et montrer ce qui me plait en toute sincérité. »

Le 1er avril, Sébastien a publié une photo d’une villa contemporaine dans les Alpes maritimes en précisant qu’il s’intéresserait dorénavant exclusivement à l’architecture contemporaine (un poisson d’avril). Suite à cette publication, un certain nombre de ses abonnés lui ont envoyé des messages pour lui annoncer qu’ils souhaitaient plutôt qu’il continue à partager du contenu sur les châteaux, et non l’architecture contemporaine. Que ses fans se rassurent, le jeune homme ne compte pas délaisser les châteaux.

« J’ai plutôt tendance à trouver l’architecture contemporaine disgracieuse, je ne dis pas qu’il ne faut jurer que par le néoclassique mais revenir déjà à des matériaux plus nobles serait une avancée. Je déplore que l’on ait déraciné nos bâtiments. Autrefois, le granite, le tuffeau, la pierre noire d’Auuvergne donnaient identité et charme à nos régions. De nos jours, le béton règne, heureusement le bois retrouve petit à petit un intérêt chez nos architectes. »

Quant à passer sur un blog, l’instagrameur ne rejette pas l’idée mais cela lui semble compliqué à mettre en place. Cela demanderait beaucoup de disponibilité et surtout de travail, lié notamment à la création de contenus rédactionnels, un temps qu’il n’a pas aujourd’hui. Proche de Marie Petitot, l’historienne et blogueuse connue sous le nom de  Plume d’Histoire, Sébastien constate régulièrement à quel point son amie est occupée à plein temps par ce travail.

A. C

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