En l’an 2000, Jean-Marc Côté

En 1900 a lieu à Paris, pour la cinquième fois, l’Exposition Universelle. Voulant faire « le bilan d’un siècle », elle voit pourtant arriver de nombreuses nouveautés, aussi bien techniques qu’architecturales. Pendant 212 jours, c’est presque cinquante millions de visiteurs qui assistent à l’événement.

Parmi toutes les nouveautés présentées durant l’exposition, une série de dessins et d’illustrations assez particulière circule. Un groupe d’artistes, dirigé par le peintre Jean-Marc Côté, a tenu le pari d’imaginer quelle serait la vie en l’an 2000.

Une première série est réalisée en 1899 et en 1900, à l’occasion de l’Exposition Universelle. Deux autres voient le jour quelques années plus tard, en 1901, puis en 1910. C’est au total plus de 87 dessins sont créés sous la plume de ces artistes.

Bien qu’elles soient d’abord imprimées sur des boites à cigare, le projet est abandonné suite à des soucis financiers. Ces illustrations sont redécouvertes plus tard sur des cartes postales, mais elles ne sont jamais distribuées.

Ces différentes illustrations ont la principale ambition de montrer les progrès techniques et scientifiques tels que l’on pouvait se les imaginer à l’époque. Comment rêvait-on, il y a plus d’un siècle, le monde que nous connaissons aujourd’hui ?

L’influence des temps modernes reste très forte. La Révolution Industrielle a déjà profondément marqué le XIXe siècle, par ses nombreuses innovations techniques. Jean-Marc Côté, comme bien d’autres de ses contemporains, est persuadé que cette révolution ne fait que commencer.

Ces illustrations, bien que tout droit sorties de l’imaginaire des illustrateurs, marquent toutefois le témoignage de cette époque qu’est l’ère industrielle, où la mécanisation est toujours plus présente, et tend de plus en plus à remplacer l’Homme à la tâche. Toutes ces machines ne sont pas non plus sans nous rappeler la machine à vapeur, vue comme l’invention du siècle, et comme les prémisses d’un monde nouveau, qui ouvre les portes à bien des possibilités.

Nous pouvons toutefois dégager parmi tous ces dessins plusieurs thématiques chères à cette époque. La conquête de l’air et des fonds marins sont beaucoup représentés.

Les artistes ne se contentent pas ici de simplement représenter d’étranges modèles d’avions ou d’hélicoptères, mais aussi de les placer dans des scènes bien particulières. Ainsi pouvons-nous retrouver un facteur sur un petit avion, des pompiers munis d’ailes mécaniques, ou encore des aérotaxis.

Le monde militaire n’est pas épargné par les illustrateurs, qui imaginent de grandes batailles aériennes et navales, autour d’avions, mais aussi de dirigeables. Du côté des batailles terrestres, on peut retrouver des chars d’assaut, et des motos de combats.

Difficile de ne pas voir dans toutes ces machines, l’influence de Léonard de Vinci, qui avait déjà, près de cinq siècles avant Jean-Marc Côté, imaginé des machines volantes et des chars de combats.

Des scènes de la vie quotidienne sont également mises en avant, avec des inventions excentriques, conçues pour faciliter la vie à la maison. Tout y devient automatique, de l’aspirateur au barbier, en passant par le couturier.

Aussi, les illustrateurs ont-ils été un peu visionnaires, en imaginant il y a plus d’un siècle la communication par cinéma, et la gazette audio, certainement précurseurs de Skype et de la radio.

L’apparition de l’élevage intensif a lui aussi été prédit par ces illustrateurs, au travers notamment de couveuses, ou d’un fermier en plein travail.

D’autres inventions pourtant restent encore aujourd’hui plus fantaisistes, comme la machine à transmettre le savoir des livres, dans la tête des élèves, ou encore un taxi sous-marin dirigé par une baleine ; de quoi faire rêver l’auteur Jules Verne, qui avait, lui aussi, imaginé un avenir là-haut, dans les airs, ou tout au fond des océans.

Ce ne n’est pas seulement l’espoir dans le progrès technique qui fut proposé par ces artistes : c’est aussi une représentation, certes, de manière moins importantes que les machines, de la société de cette période. À travers ces dessins, c’est aussi la France de la Belle Époque que nous voyons ; cette époque faste, à la croisée de deux siècles, où apparaît une évolution tant culturelle que technique.

Si ces dessins sont tombés peu à peu dans l’oubli, leur histoire ne s’arrête pourtant pas là, et gagne un nouvel élan, grâce aux auteurs de science-fiction. Le plus célèbre d’entre eux, Isaac Asimov, les utilise comme illustrations dans son œuvre Futurdays : A nineteenth century vision of the year 2000.

Les dessins sont aujourd’hui conservés à la Bibliothèque François Mitterrand. Si nous avons aujourd’hui fort peu d’informations sur les artistes qui ont mené à bien ce projet, ils nous ont malgré tout laissé ces dessins comme témoignage. Le témoignage d’une époque et d’une société, influencées par la Révolution Industrielle où les progrès techniques sont aux cœur des passions, et de plusieurs interrogations, mais aussi de la Belle Époque, et de son impact culturel sur l’imaginaire. Jusqu’où cette révolution qu’ils ont vécu les mènera-t-elle ?

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