Un vêtement médiéval : la robe d’or de la reine Margareta

Actuellement exposés dans le trésor de la cathédrale d’Uppsala (Suède), les fragments de cette robe en or fin constituent l’unique exemple d’une robe de cour au Moyen-âge.

Considérée comme disparue, elle est finalement retrouvée dans les années 1900 par Agnes Branding. Les premières analyses sont effectuées dès 1911, puis poursuivies entre 1959-1960. La robe soulève en effet de nombreuses interrogations : de quelle période date-t-elle précisément ? Pourquoi le patron est aussi original, comment étaient constituées les manches ?

Commande et création

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La cathédrale d’Uppsala, au nord de Stockholm (Suède)

On considère traditionnellement que cette robe fût portée par Margareta Valdemarsdotter (1353-1412), future reine de Suède, lors de son mariage alors qu’elle n’avait que dix ans. D’autres chercheurs avancent qu’il s’agit plutôt de la robe avec laquelle elle fût enterrée. En effet, les restes de Margareta quittent la cathédrale de Roskilde (Danemark) en 1659 pour rejoindre celle d’Uppsala où ils se trouvent toujours actuellement. La robe possède également des marques qui indiquent qu’elle était portée du vivant de sa propriétaire.

Afin de répondre à cette question, une datation au carbone 14 est effectuée. Elle situe alors la création entre 1403 et 1439. Or, plusieurs historiens de la mode et archéologues comme Agnes Geijer, la datent de la fin du XIVe siècle. Un de leurs arguments ? La coupe de la robe aurait davantage correspondu à une très jeune femme, notamment à cause du tour de buste plutôt étroit.

Marc Carlson, sur son site dédié aux textiles médiévaux nous renseigne justement sur les dimensions de cette robe, qui semble en effet avoir appartenu à une jeune fille : 

  • Tour de buste : 81 cm
  • Circonférence du tour de cou : 56 cm
  • Longueur de la robe : 146 cm

Le patron

À ce jour, il semble exister deux patrons de la robe d’or de Margareta. Le premier est à prendre avec précaution puisqu’il est l’œuvre du costumier Carl Köhler, qui ne semble pas avoir étudié la robe directement. Vous pouvez découvrir son ouvrage, en anglais, gratuitement sur la plateforme participative Archives.org.

À gauche, le patron donné par Carl Köhler dans son histoire du costume republiée en 1930 · À droite, le patron suite aux relevés d’Agnes Geijer dans sa monographie

Le second a été réalisé par Agnes Geijer lors de son étude de la robe d’or dans les années 1980. Bien qu’ils contiennent quelques différences, la forme générale du patron est la même : 4 pans de tissu qui s’élargissent à la taille pour former un train de robe, et la disparition quasi-totale des manches.

Ces manches dont il ne reste que quelques fragments (en rouge) sont désormais sujettes à grand nombre de propositions de reconstitution.

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Patron issu de  : Agnes Geijer, The Golden gown of queen Margareta in Uppsala cathedral, 1985

L’hypothèse la plus souvent retenue est une structure dite « en grande assiette » avec de multiples goussets tout autour d’une emmanchure très large comme sur le célèbre pourpoint dit de Charles de Blois, également de la seconde moitié du XIVe siècle. Arne Danielsson, auteur d’un article sur la question, précise que ces manches étaient encore en vogue dans les années 1470, et n’invalideraient donc pas l’hypothèse d’une robe datant du XVe siècle…

Le « pourpoint » dit de Charles de Blois, vers 1360, conservé au Musée des Tissus et des arts décoratifs de Lyon, n° inventaire : 30307

La coupe de la robe intéresse également les chercheurs. En effet, à la différence d’autres célèbres découvertes textiles médiévales, comme les fameuses Greenland, la robe ne comporte pas de godets et se divise en quatre grandes parties.

Découvert en 1921 dans la colonie scandinave d’Herjolfsnes, l’ensemble de costumes masculins et féminins appelés également Greenland a été retrouvé en contexte funéraire. Remarquablement bien préservés, puisqu’ils étaient dans une tourbière, ils donnent de précieux indices sur les constructions des robes dans le dernier quart du XIVe siècle et le début du XVe siècle. 

À titre d’exemple, la Herjolfsnes n°39 est une robe pour femme datant de la fin du XIVe siècle. Bien que leur contexte de production soit très éloigné, il est intéressant de constater que la construction des Greenland se révèle très différente de la robe d’or.

À gauche, le patron de la robe Herjolfsnes n°39 par Nörlund, en 1924 ·  À droite, le patron de la robe d’or par Agnes Geijer. Toutes les deux sont datées de la fin du XIVe siècle. 

Le tissu d’or : un lampas italien 

Malgré ses nombreux manques, la robe d’or mérite bien son nom puisqu’elle est réalisée dans un somptueux mélange de fils d’or et de soie, que l’on appelle « lampas ». La partie supérieure est doublée par un lin très solide. Sur ce lampas se découpent de larges grenades qui permettraient d’attribuer sa provenance à l‘Italie du Nord.

Certains chercheurs comme Danielsson utilisent ces motifs pour démontrer – en s’appuyant également de la datation au carbone 14 – qu’il s’agit bien d’une robe du XVe siècle et non de la fin du XIVe siècle. Les entreprises Duran Textiles et Sartor proposent chacune une version de ce tissu, qui nous permettent de saisir les détails du lampas :

À gauche, la reproduction effectuée par Duran Textiles en collaboration avec la cathédrale d’Uppsala · À droite, le tissu au mètre vendu par l’entreprise tchèque Sartor. 

À cette occasion, Duran Textiles réalise une reconstitution de la robe d’or dans la même cathédrale d’Uppsala, en y ajoutant une sous-robe et une ceinture qui n’ont pas été retrouvées. Quant à la couronne, elle date des années 1920.

Crédits: Duran Textiles, 2010

Aujourd’hui, la robe repose toujours à la cathédrale d’Uppsala. Les fragments médiévaux sont déposés dans le musée du Trésor, avec une luminosité contrôlée pour assurer leur conservation. La nef de la cathédrale accueille également la reconstitution proposée par Duran Textiles, et permet ainsi d’imaginer la robe d’or au temps de sa splendeur.

À gauche, la robe aujourd’hui. Crédits : Cheryl Lennox · À droite, la reconstitution proposée par Duran Textiles. 

Bibliographie & Webographie

BLANC Odile, « Le pourpoint : aux sources d’un genre vestimentaire et la popularité d’une image », In : Actes du colloque Vêtements & Textiles, Élaborer un vocabulaire historique du vêtement et des textiles dans le cadre d’un réseau interdisciplinaire, 20-21 octobre 2011.

Id., « Histoire du costume : l’objet introuvable », In : Médiévales, vol. 14, n° 29, 1995, pp. 65-82 à consulter gratuitement ici.

CARLSON Marc I., « Some Clothing of the Middle Ages – Tunics – Uppsala gown », 1998, http://www.personal.utulsa.edu/~marc-carlson/cloth/uppsala.html.

DANIELSSON Arne, « Drottning Margaretas gyllene kjortel »—an en gång », In : Konsthistorik Tidsskrift, 65, pp. 1-18 [abstract en anglais].

DURAN TEXTILES, http://www.durantextiles.com/newsletter/documents/news_3be_10.asp.

GEIJER Agnes, The Golden gown of queen Margareta in Uppsala cathedral, 1985.

KOHLER Carl, A history of costume, New-York : G. H. Watts, 1930.

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