« Wisigoths. Rois de Toulouse » : expo au musée Saint-Raymond de Toulouse

Quand on parle de Wisigoths, tout le monde a les mêmes préjugés qui arrivent en tête. Des barbares, des hommes sans foi ni loi qui pillent tout sur leurs passages et qui n’hésitent pas à tout mettre à feu et à sang. Pourtant, il s’agit probablement d’un des peuples les moins connus et de nombreuses recherches récentes tentent de redorer le blason des Wisigoths. C’est dans cette optique qu’est organisée l’exposition Wisigoths. Rois de Toulouse,  ouverte du 27 février au 27 septembre. Le musée Saint-Raymond et toute son équipe profitent du fait que des fouilles archéologiques à Toulouse et dans la région ont démontrées la présence wisigothique pour créer la première exposition française, à la fois instructive et ludique, sur les Wisigoths. Au moyen de trois parcours différents, adulte, enfant et décalé (audio) ainsi que de divers supports (vidéos, cartes, maquette, costumes…) redécouvrez les Wisigoths, les rois de Toulouse.

Une bonne exposition commence par une bonne déconstruction !

barbarian-4018508_1280
Stéréotype du barbare. Source : Pixabay, image de Barroa_Artworks

Nous ne sommes pas les seuls à avoir des a priori sur qui ont vraiment été les Wisigoths. Dès l’Antiquité, les Romains les caricaturent déjà. De nombreux portraits de barbares produits par ces derniers les montrent comme des hommes aux cheveux hirsutes, à la barbe fournie, au corps musculeux et poilu, tantôt torse nu, tantôt vêtus d’un équipement militaire. Qu’il s’agisse de barbares galates (celtes) ou bien des peuples germaniques, tous ont été stéréotypés de cette manière. Encore de nos jours, cette vision des Goths se retrouve dans certains médias. Des bandes dessinées comme Astérix et les Goths continuent de véhiculer certains clichés comme la barbe, la moustache ou encore les casques pointus.

C’est pour déconstruire cette vision arrêtée et faussée du barbare et du Wisigoth que l’exposition commence par nous les rappeler. Une déconstruction doit se faire en douceur !

Ils en ont fait du chemin les Goths !

15499420289_d617b70c2c_c
Bracelet serpentiforme. Objet photographié au musée de Préhistoire et de Protohistoire de Berlin. Source : Flickr, photo de Richard Kettlewell

Maintenant que tout le monde est prêt, l’histoire des Goths peut réellement nous être exposée. Il semblerait que les plus anciennes traces trouvées de ce peuple viennent d’un village polonais nommé Wielbark, dans la région de la Vistule. Plusieurs tombes ont été retrouvées et ont apporté de nombreuses parures féminines qui révèlent un certain raffinement de ces populations. Certaines fibules étaient en or, en argent ou en bronze mais la majorité du temps, il s’agissait plus de bijoux en ambre et en verre comme un collier multicolore caractéristique retrouvé en très bon état. Ce dernier permet d’apprendre qu’il existait, déjà à l’époque, un commerce entre les différents peuples antiques, l’art du verre vennant de la région méditerranéenne.

Outre les tombes féminines et leurs parures, quelques tombes masculines peuvent parfois nous en apprendre plus sur l’apparence de certains hommes. Il semblerait que certains individus plutôt riches ont été ensevelis avec leur équipement militaire comme des éperons ou des appliques de harnachement. Une paire est d’ailleurs visible à l’exposition de Toulouse. En plus des parures, les Wisigoths ont emmené dans leur tombe des céramiques, des gobelets mais aussi des peignes, accessoires du quotidien caractéristque de la civilisation wisigoth.

Les Goths durant l’Empire romain

Tezaurul_de_la_Pietroasele_Closca_MNIR_Tezaur
Grande fibule en forme d’aigle (trésor de Pietroasa). Source : Wikimedia Commons, photo de Courtesy Cristian Chirita

On en apprend plus sur le déplacement des Goths qui se sont tout d’abord allés vers les côtes de la mer Noire, laissant de nombreuses pièces de leurs passage à Tcherniakov, avant de se séparer en deux groupes, les Wisigoths et les Ostrogoths. Durant le IVe siècle, les Huns voulurent étendre leur territoire, ce qui a forcé les Goths à fuir vers l’Empire. Il est même possible que ce soit durant cette fuite qu’un des plus précieux trésors de l’époque wisigothique ait été caché : le trésor de Pietroasa.

À Toulouse, trois pièces d’exceptions sont exposées. Une grande fibule en forme d’aigle, qui a donné son surnom à l’ensemble : le « trésor de la poule », accompagnée par un torque avec des inscriptions ainsi que d’une coupe dont les anses sont en forme de félin.

87386640_2794646923959456_8639162764117409792_n
Trésor de Pietroasa exposé à Toulouse, photo personnelle

Les Wisigoths demandent asile à l’empereur Valens et ce dernier accepte moyennant échanges. Et c’est à partir de ce moment que les Wisigoths seront tantôt alliés des Romains, tantôt ennemis comme lors de la bataille d’Andrinople, en 378, qui a été l’une des plus grandes victoires  du peuple goth. Une maquette ainsi que deux films illustrants ce passage historique sont d’ailleurs présentés dans l’exposition.

Go Toulouse et Toulouse Goth !

Trésor_de_Pouan
Quelques pièces du Trésor de Pouan – d’après Peigné-Delacourt. Source : Wikimedia Commons, photo de GANELON

Le Royaume de Toulouse (418/19 – 507) se construit après la victoire des Wisigoths alliés aux Romains, Germains et autres peuples contre les Huns durant les Champs Catalauniques. Le roi Théodoric Ier (391 – 451) perd la vie durant cette campagne et le célèbre trésor de Pouan exposé un temps à Toulouse pourrait lui appartenir. Ce dernier rassemble de très belles pièces comme une épée avec pommeau en or et grenats cloisonnés, des plaques-boucles, des bagues, des bracelets et des colliers en or et grenat semblant attester d’une appartenance à une personne très riche, un trésor digne d’un seigneur ou d’un roi.

C’est le fils de Théodoric Ier, Théodoric II (426 – 466), qui a choisi la ville de Toulouse comme nouvelle capitale, en 418/19. De nombreux objets trouvés à Toulouse ou non loin attestent d’une forte présence wisigothique dans la région. Que ce soit des sculptures comme la Théodosienne retrouvée à la villa de Chiragan (Martres-Tolosane), les objets en forme d’aigles, des fibules, des plaques-boucles, des peignes, des crânes déformés comme ceux de Seysses, ou encore les vestiges d’un « palais royal » à Toulouse même, tout semble attester que le royaume wisigoth de Toulouse a prospéré jusqu’en 507 où se sont succédé 3 rois, Théodoric II, Euric et Alaric II.

La fin du royaume, la fin de l’expo

Anneau_sigillaire_Alaric_II
Sceau d’Alaric II. Source : Wikimedia Commons / Vienne, Kunsthistorisches Museum

Les Wisigoths ont régné jusqu’en 507 à Toulouse mais ont finalement perdu une bataille, celle de Vouillé, contre les Francs, qui les ont chassés vers les Espagnes. Le dernier roi wisigoth, Alaric II (458 – 507), meurt durant cette bataille, possiblement tué par Clovis en personne. Son sceau ainsi que l’anneau de Childéric sont présentés durant l’exposition. Cette dernière s’achève sur divers objets francs retrouvés dans le Gers, à l’Isle-Jourdain, attestant qu’à partir de 507, la région était francque.

Wisigoths. Rois de Toulouse est la première exposition française et la première au monde à se concentrer autant sur le royaume de Toulouse. Elle résume parfaitement le parcours de ce peuple des lointaines terres de Pologne jusqu’à son implantation dans leur capitale, Toulouse. Adaptée aux grands comme aux petits, animée par divers dispositifs dont des audioguides aux textes décalés et immersifs, cette exposition réinstalle les Wisigoths comme les rois qu’ils ont été durant presque un siècle.


Image à la une : Pan de mur expliquant le Royaume de Toulouse,  photo personnelle.

En savoir plus :

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s