Du muet au parlant, l’étrange révolution au cinéma

« C’est un comique ? Non, c’est un parlant ! » Disait-on dans Singing in the rain pour désigner cette curieuse nouveauté apparue à la fin des années 1920. L’arrivée du parlant a été une révolution pour le cinéma, il a pourtant connu des débuts difficiles.


Les pionniers : Edison, Dickson et Alice Guy

Le désir d’allier le son à l’image est apparu en même temps que le cinéma. Thomas Edison s’intéressa de près à l’idée. Après avoir inventé le phonographe, il rêva de pouvoir assembler l’image et le son. « On pourrait ainsi assister à un concert du Metropolitan Opera cinquante ans plus tard, alors que tous les interprètes auraient disparu depuis longtemps » dit-il. Dickson, son assistant, pris le relai en couplant le cinéma kinétoscope et le phonoscope. Alice Guy réalisa, quant à elle, les premiers phonoscènes, l’ancêtre du clip. (Ici, un article consacré à cette pionnière du cinéma.)

Telephonoscope
Le « téléphonoscope », dessin parodique de George du Maurier, Punch, 9 décembre 1878. L’auteur se moque des machines d’Edison en inventant un nouveau concept qui sera repris dans le roman d’anticipation « Le vingtième siècle » d’Albert Robida (1883).

La nécessité de séparer dans un premier temps le son de l’image provenait du bruit des caméras et des projecteurs de l’époque. Certains cinémas créaient l’illusion d’un son au cinéma, en cachant un orchestre ou des bruiteurs derrière l’écran. Lors de l’arrivée du cinéma parlant, les salles de cinéma ont aussi dû se réinventer afin de permettre la diffusion de films parlants.

e La nécessité de séparer dans un premier temps le son de l’image provennait du bruit des caméras et des projecteurs de l’époque. Certains cinémas créaient l’illusion d’un son au cinéma, en cachant un orchestre ou des bruiteurs derrière l’écran. Lors de l’arrivée du cinéma parlant, les salles de cinéma ont aussi dû se réinventer afin de permettre la diffusion de films parlants.

Fin des années 1920, le début de la transition

Officiellement, le premier film parlant apparut en 1927 avec Le chanteur de jazz d’Alan Crosland. Le son était alors enregistré sur une pellicule argentique négative. Bien que la totalité du film ne soit pas parlante, favorisant les scènes musicales, il marque le début d’une nouvelle ère.

jazz singer
Le chanteur de jazz, Alan Crosland, 1927, États-Unis

On considère qu’il a fallu entre deux et trois ans pour que la transition du muet vers le parlant soit complète. Les débuts du parlant ont néanmoins été entravés par de nombreux obstacles, autant sur le plan technique que sur la réception du public et des critiques. Beaucoup de points dans l’apparition de cette nouveauté ont été vivement critiqués.

La réticence des stars du muet

Les comédiens, qui avaient l’habitude de jouer davantage avec leurs corps qu’avec leurs voix, ont eu du mal à passer au parlant. Ce fut alors un coup dur pour certaines vedettes du muet, naïves, pour qui le cinéma parlant ne représentait aucune menace. Pourtant, avec le succès tout de même grandissant du cinéma parlant, les producteurs commencèrent à aller chercher des comédiens au théâtre, plus habitués au travail de la voix.

Certaines célébrités, comme Emil Jannings ou Pola Negri, durent abandonner Hollywood, tandis que d’autres grands acteurs et actrices de l’époque arrivèrent à s’adapter à cette grande nouveauté, comme Vilma Banky, dont l’accent hongrois fut exploité par le producteur Sam Goldwin pour le film This is Heaven (1929).

La méfiance des critiques

De nombreux critiques se montrèrent méfiants à l’égard du cinéma parlant. Si certains craignaient voir naitre une concurrence entre le cinéma et le théâtre, d’autres pensaient que le cinéma perdrait de la magie dont il avait fait preuve jusque-là. Selon eux, certaines œuvres de l’époque n’auraient pas connu le même résultat si le son avait été ajouté. Ils défendirent la primauté de l’image, au détriment du son et de la voix, réservés au théâtre.

Les problèmes techniques posés par le cinéma parlant

De plus, la synchronisation entre le son et l’image n’était pas encore parfaite, provoquant tantôt l’hilarité ou l’indignation chez le public. Il fallut alors attendre le court-métrage d’animation Steamboat Willie de Walt Disney, réalisé en 1928, pour atteindre une synchronisation parfaite.

L’arrivée du parlant fit naitre un nouveau souci technique. Il était désormais impossible de tourner plusieurs films simultanément dans un même studio. Il fallait désormais insonoriser les salles et réorganiser les tournages.

Tandis que de nombreux cinéastes se mettaient au parlant, d’autres ont eu du mal à faire la transition. Des réalisateurs comme Buster Keaton ou Alfred Hitchcock mirent énormément de temps avant de se mettre au parlant. L’acteur Lon Chaney, figure incontournable du muet, ne tourna que dans un seul film parlant, inquiet de savoir s’il allait être aussi performant avec sa voix qu’il avait pu l’être avec son corps.

Charlie Chaplin, longtemps attaché au muet

Charlie Chaplin a longtemps refusé de se mettre au parlant, craignant de devoir remettre en cause la recette qui avait fait son succès. Il ne voulait pas non plus donner de voix à son personnage de Charlot. Il venait de finir Le Cirque lorsque le parlant apparut.

Quand Les Lumières de la Ville sortit en 1930, le muet était déjà considéré par beaucoup comme obsolète. Chaplin avait cependant décidé de jouer avec le son, en créant un quiproquo entre Charlot et la fleuriste, interprétée par Virginia Cherrill. Il fallut attendre 1936 avec Les Temps Modernes pour entendre Charlie Chaplin chanter lors d’une scène dans un bar. Ce n’est qu’en 1940 que Charlie Chaplin passe entièrement au parlant, avec Le Dictateur, où il abandonne, pour la première fois, son personnage de Charlot, considérant que son film ne pouvait fonctionner autrement.

Le cinéma parlant s’est imposé dans le monde du septième art malgré des débuts houleux, marqués par de multiples réticences et des difficultés techniques. La rupture abrupte avec le cinéma muet a opéré un tournant historique, si bien que nous parlons aujourd’hui d’un avant et d’un après cinéma parlant.


 

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