« L’Arche russe » d’Alexandre Sokourov (2002)

L’Arche russe, réalisé par Alexandre Sokourov et sorti en 2002, est un véritable voyage temporel à travers près de trois siècles d’Histoire de la Russie, de Pierre Le Grand à la souffrance de la Seconde Guerre Mondiale, en passant par Catherine II la Grande et ses merveilleuses collections de tableaux. Tourné dans le magnifique Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, ce film donne vie au passé et embarque le spectateur dans une expérience inouïe. Car finalement, qu’est-ce que le cinéma, si ce n’est une machine à remonter dans le temps pour visiter des époques, rencontrer des fantômes et voir des instants déjà passés ?

Ayant atterri mystérieusement au beau milieu du musée de l’Ermitage au milieu du XVIIIe siècle, le narrateur, invisible aux yeux des autres, rencontre un aristocrate français, le Marquis de Custine (Sergei Dontsov). Ensemble, ils parcourent les salles et couloirs du palais et entament une visite guidée à travers le temps, se livrant à diverses réflexions sur l’art et la Russie au gré de leurs rencontres avec des figures historiques marquantes.

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L’Arche russe de Alexandre Sokourov est un film record. Il s’agit non seulement, du plus
long plan séquence de l’histoire du cinéma jamais réalisé, mais également de l’unique film tourné en une seule prise. Si le tournage n’a duré finalement qu’un jour, c’est en réalité un vrai tour de force de cinéma qu’a réussi Sokourov. Beaucoup de cinéastes ont tenté de réaliser un film en plan séquence, notamment Alfred Hitchcock avec La Corde, ou encore Alejandro González Iñárritu avec Birdman, et récemment, Sam Mendes avec 1917, véritable immersion dans le conflit de la Première Guerre Mondiale, mais toujours en ayant recours à diverses tricheries plus ou moins visibles pour raccorder deux plans entre eux. Car Sokourov est en réalité contraint de tourner en une prise, ne disposant pas du décor plus longtemps, et après six mois de répétitions pour ajuster les mouvements de la caméra et le jeu des acteurs, il obtient le résultat escompté à la troisième tentative. Cette prouesse technique s’inscrit complètement dans l’ère du numérique, puisqu’il était impossible de tourner à l’argentique sur des durées illimitées, la longueur de la pellicule ne permettant que de filmer douze minutes au maximum, contrainte qui donna du fil à retordre à Hitchcock pour La Corde : ce qui fait de L’Arche Russe une grande réussite du cinéma moderne.

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Alexandre Sokourov s’intéresse à la matière filmique même, poussant les limites de l’expérience cinématographique. Il soulève des questions sur la puissance métaphysique du cinéma. Sa conception d’un cinéma qui représente le réel, la vie, mais aussi ce qui a disparu, permet à la caméra de se déplacer dans l’espace-temps, ce qui fait de ce film une expérience unique. Il ne s’agit pas ici d’une narration classique, car finalement, le récit n’est qu’un prétexte pour capturer l’essence même d’un pays, d’un peuple. À travers les costumes d’époque magnifiques, les décors et tableaux fabuleux, Sokourov représente au plus près du réel le passé d’un pays à la culture riche, non sans être nostalgique de la grande époque de la Russie. Certes, il montre l’influence qu’a eue l’Europe sur ce pays, mais ce film est avant tout une mise en avant du génie russe.

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Comme un clin d’œil mélancolique au déclin inexorable de la Russie, le film se finit par le dernier grand bal tsariste de l’Ermitage, en 1913. Cette séquence finale, apothéose visuelle et technique, démontre la virtuosité du cinéaste et de son équipe. La caméra, stupéfiante, semble danser entre les gens qui bougent, et flotte dans un mouvement fluide, transportant son spectateur.

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Évidemment, ce dispositif de plan séquence peut paraitre paradoxal pour un film qui se veut au plus près du réel et souhaite retranscrire toute une époque, quand il s’agit en réalité d’une chorégraphie réalisée au millimètre par des centaines d’acteurs et figurants. Malgré cela, ce film reste une prouesse expérimentale et technique, et une pépite isolée et inqualifiable pour qui aime le cinéma et l’art.

Faustine Fraysse


En partenariat avec le Défilé de l’Histoire, spécialisé dans la reconstitution de costumes historiques, le ciné-club de l’École du Louvre vous propose en ce début d’année 2020 de retourner dans le passé et de découvrir ce film d’époque d’Alexandre Sokourov, lors d’une séance spéciale durant laquelle vous seront également présentées les récentes créations de ces brillants couturiers !

Rendez-vous le 28 janvier à 18h en amphi Cézanne. Plus d’informations sur notre événement facebook.

Si vous êtes extérieurs à l’école, pensez à réserver au plus tard 24 heures avant en indiquant votre nom et votre prénom à l’adresse cineclubecoledulouvre@gmail.com.

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