La chasse aux sorcières

Cet article est principalement fondé à partir de l’ouvrage Sorcières, la puissance invaincue des femmes de la journaliste au Monde diplomatique Mona Chollet, ainsi que des interventions d’historien·ne·s dans des émissions de France Culture.


La chasse aux sorcières a cours entre 1560 et 1660 environ, dans la plupart des pays européens catholiques et protestants. Le phénomène émerge dans l’Ouest de l’Allemagne actuelle et en Suisse, des régions qui dénombrent également le plus grand nombre de victimes. Des bûchers de sorcières perdurent jusqu’à la toute fin du XVIIe siècle aux États-Unis et durant le XVIIIe siècle en Pologne et au Portugal.

Il est très difficile de définir le nombre d’exécutions engendrées par la persécution. Les historiens actuels s’accordent sur une fourchette allant de 50 000 à 100 000 exécutions au total, sans compter les lynchages, les suicides et les décès ayant eu lieu lors des incarcérations.

La chasse aux sorcières cible très majoritairement les femmes, raison pour laquelle cet épisode de l’histoire recèle d’incisifs enjeux féministes dont la société et le monde de la recherche lui-même portent encore les séquelles. En effet, les études ont démontré que 80% des accusé·e·s en procès de sorcellerie sont des femmes. La misogynie de cette persécution est évidente lorsqu’on remarque qu’elles représentent 85% des condamné·e·s.

Des ouvrages qui diffusent le complot

Pandore, Lilith, Eve… Les mythologies grecque autant que judéo-chrétienne recèlent des personnages de femmes qui incarnent l’origine du Mal dans le genre humain. Ces influences démiurgiques perpétuent dans l’esprit de tout un chacun une méfiance des femmes depuis les grandes heures de la civilisation grecque jusqu’au Siècle des Lumières. Plusieurs ouvrages publiés à la fin du Moyen Age et au début des Temps Modernes constituent le terreau de la Chasse aux Sorcières.

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Dante Gabriel Rossetti, Lady Lilith, 1868, Delaware Art Museum, Wilmington.

De planctu ecclesiae et le Maleus Maleficarum

De planctu ecclesiae, publié en 1330 par Alvaro Pelayo, met d’ores et déjà en exergue l’hostilité cléricale envers la femme, en cela que son auteur appelle à une guerre sainte contre celle qu’il perçoit comme l’alliée du diable. Plus tard, le Maleus Maleficarum, ou Marteau des Sorcières en français, est considéré comme le feu qui allume la mèche d’un antiféminisme déjà présent depuis longtemps, et qui provoque l’explosion de la chasse aux sorcières plus de cinquante ans après sa publication. Publié en 1487 par deux inquisiteurs, l’alsacien Henri Institoris et le bâlois Jakob Sprenger, il a un succès hors-normes permis par la popularisation grandissante de l’imprimerie : diffusé à 30 000 exemplaires sous la forme d’un petit livre maniable et très facilement transportable, il dresse le redoutable portrait d’une femme, la malefica, pauvre et vengeresse, qui s’en prend aux villageois par des mauvais sorts reçus au Sabbat, un culte diabolique où se rendent en balai toutes les sorcières durant la nuit.

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Francisco de Goya, Le sabbat des sorcières, 1823, musée du Prado, Madrid.

Ce tissu d’âneries participe à la vulgarisation d’une persécution facile, dont les XVIe et XVIIe siècles marquent l’apogée. La forte poussée d’antiféminisme de cette période est causée, entre autres choses, par un contexte politique extrêmement violent en Europe (les guerres de religion à la fin du XVIe puis la guerre de Trente Ans de 1618 à 1648), une succession de terribles épidémies de peste et l’exacerbation des convictions spirituelles tant protestantes que catholiques.

De la démonomanie des sorciers : un complot proche de l’antisémitisme

Or, toutes les périodes de crise sont marquées par leurs bouc-émissaires. À cette époque, certains inquisiteurs publient et diffusent des ouvrages voués à protéger la société masculine défiée par de multiples événements délétères d’une menace, alors trouvée chez la figure du Mal incarné depuis la nuit des temps : la femme. Cette conspiration se lit dans les lignes du délirant ouvrage de Jean Bodin, conseiller d’Henri III, intitulé De la démonomanie des sorciers et publié en 1580. L’auteur prétend que les sorciers et les sorcières sont plus d’un million dans le pays et qu’ils sont infiltrés dans toutes les strates de la société. Il appelle à une extermination et à une persécution massive et favorise un complotisme si bête et violent qu’on se demande si l’auteur est lui-même convaincu des élucubrations qu’il énonce.

La chasse aux sorcières recèle des points communs avec les persécutions antisémites : l’idée d’un complot à grande échelle et la conviction qu’ils représentent une menace pour la chrétienté amènent les inquisiteurs à les comparer ouvertement.Alvaro Pelayo, dans De planctu ecclesiae, écrit :

Les femmes, sous un extérieur d’humilité, cachent un tempérament orgueilleux et incorrigible, en quoi elles ressemblent aux Juifs.

Sur le plan iconographique, les attributs dont les Juifs étaient affublés se sont appliquées aux sorcières. Le nez crochu et le chapeau pointu font partie de l’iconographie de la sorcière et sont à rapprocher de l’iconographie antisémite (le chapeau pointu était un accessoire infamant qu’on faisait porter aux Juifs de l’Europe médiévale et du monde islamique). Dans la même idée, on accusait systématiquement les sorcières de se rendre au Sabbat ou même à la synagogue, bien qu’elles n’avaient rien avoir avec le judaïsme. Une transmission artificielle de codes visuels et culturels propice à la manipulation et visuellement très édifiante pour le peuple.

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John William Waterhouse, Le cercle magique, 1886, Tate Britain, Londres.

Qu’ont-elles fait pour mériter cela ?

Mona Chollet, dans son ouvrage Sorcières, la puissance invaincue des femmes, publié en 2018 chez Zones écrit :

Répondre à un voisin, parler haut, avoir un fort caractère ou une sexualité un peu trop libre, être une gêneuse d’une quelconque manière suffisait à vous mettre en danger. […] il était suspect de manquer la messe trop souvent, mais il était suspect aussi de ne jamais la manquer, suspect de se réunir régulièrement avec des amies, mais aussi de mener une vie trop solitaire.

Toutes les femmes subissent cette pression à se conformer à des attentes patriarcales et religieuses particulièrement rigides. La suspicion des juges laïcs, des voisins, des ennemis, est une menace omniprésente pour les femmes à cette époque. Une grande proportion des sorcières condamnées correspond néanmoins à une catégorie sociale bien précise : les femmes âgées (comprendre ménopausées), souvent veuves (les hommes meurent souvent bien avant les femmes), pauvres et de milieu rural. (Il est ainsi très difficile pour elles de se défendre puisqu’elles sont illettrées et ont une position sociale insignifiante aux yeux d’un juge.) Si la condition de veuvage est déjà propice aux accusations de meurtre de leur(s) défunt(s) époux, on considère toute forme de connaissance en soin, en herboristerie et en obstétrique (y compris l’avortement) comme un indice de pratique de la sorcellerie. On peut ainsi facilement accuser la sage-femme d’être à l’origine de la mort ou de la maladie d’un nouveau-né, ou de l’avoir substitué au diable, tout comme on peut enquêter sur celle qui soigne habituellement les villageois grâce à diverses décoctions de plantes, devenue malgré elle la cible des critiques.

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John William Waterhouse, Circé, 1914, collection particulière.

Au moindre problème, à la moindre suspicion, on s’autorise à accuser la première guérisseuse, savante venue de harpie diabolique, et la première avorteuse ou accoucheuse qui vient à l’esprit de pythie vengeresse. Dans un monde sans science, bercé par les croyances et les animosités religieuses, on cible les plus faibles par des déductions soutenues par la justice et qui semblent limpides. La persécution, très présente dans un milieu rural qui est perçu comme trop païen et faussement christianisé pour beaucoup, se répand peu à peu dans les classes sociales plus aisées et dans les villes qui en ont longtemps été épargnées puisque les accusations de sorcellerie permettent de venger des conflits de pouvoir, d’égo, d’amour et de sexe.

Quelle part de magie dans tout cela ?

Certaines personnes auraient réellement des dons parapsychologiques, une forme de médiumnité ou des dons inexplicables dont les conditions de transmission varient selon les régions et constituent un véritable champ d’étude anthropologique. Là n’est pas la question de déterminer la part de croyance et de vérité dans ces rumeurs, néanmoins ce type de personnage fait partie d’un contrat social universel. Dans la chasse aux sorcières, on remarque des différences dans l’origine de l’accusation (qui relève du domaine de l’inexplicable, du domaine des mœurs ou bien du domaine de la science naturelle), mais qui résulte en une persécution identique, visant à éliminer le Mal, duquel on peut conclure que ce qui était incompris était condamné, d’autant plus lorsqu’il était opéré par des femmes. Comme le dit le Marteau des Sorcières , « un sorcier est peu de choses ».

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Femmes faisant une cérémonie païenne du solstice. Époque victorienne.

Une justice inique

Un jugement sans espoir

La procédure judiciaire de la chasse aux sorcières est particulièrement insidieuse, injuste et traumatisante. Les juges laïcs suivent la procédure indiquée par les ouvrages complotistes comme le manuel de Jean Bodin. La dénonciation est très souvent anonyme, à la suite de laquelle le juge mène une enquête secrète durant laquelle il réunit plusieurs preuves de sorcellerie à l’encontre de l’accusée, qui ne sait rien de ce qui se trame contre elle. Lors du jugement, interminable et méprisant, l’accusée n’a bien entendu pas d’avocat et se trouve prise au piège, sans possibilité de défense. Le juge, accompagné de « maîtres chirurgiens », procède alors à plusieurs expertises médico-légales qui sont en réalité une torture pure et simple contre aveux.

La recherche de la « marque du diable »

Cette torture est motivée par la recherche de la marque du diable. Après avoir rasé et entièrement dénudé l’accusée, on recherche sur son corps, n’importe où, n’importe quoi que l’on pourrait identifier comme la marque de la griffe du diable, preuve du commerce avec celui-ci. Au-delà d’un viol de la pudeur, il s’agit d’un moment extrêmement douloureux durant lequel les maîtres chirurgiens « testent » les cicatrices, boutons, et autres marques du corps avec de longues aiguilles. Si, lorsqu’on enfonce l’aiguille sans difficulté, ni effusion de sang, l’accusée ne crie pas de douleur, alors il s’agit de la marque du diable. Souvent pratiqué sur de vieilles femmes sans moyens, à une époque où la médecine est plus que balbutiante, il est évident que leur corps est parsemé de ce type de marques. Par ailleurs, le traumatisme de l’examen provoque souvent la paralysie de l’accusée, qui ne réagit plus à la torture tant elle est sous le choc : il est donc facile de dénombrer plusieurs marques du diable par accusée, qui sont souvent, en réalité, invisibles. Cette torture démontre également l’obsession des juges et de l’Église envers le corps féminin et surtout ses parties intimes, perçues à la fois avec dégoût, terreur et fascination.

La fascination obscène pour le corps féminin

L’origine de cette haine cristallisée sur le corps, qu’on retrouve également chez la persécution des lépreux et des Juifs, réside dans le mythe du coïtus maleficarum, rapport sexuel entre le diable et la sorcière, décrit comme particulièrement douloureux, durant lequel le malin plante sa griffe dans différents endroits du corps de la femme, notamment les muqueuses. Cette obscénité maladive, créée de toutes pièces par les inquisiteurs, va jusqu’à décrire le sexe du diable comme particulièrement gros et causant une souffrance lancinante chez la femme. L’imaginaire masculin des démonologues fait payer la jouissance surabondante de la femme et fantasme la torture qu’ils infligent eux-mêmes aux condamnées.

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Bûcher de sorcière, 1692.

Des procédures absurdes

Pour parer au « maléfice de taciturnité », on préconise par exemple de suspendre la femme par une corde par-dessus des braises. La torture amène le faux aveu (la participation au Sabbat) et la dénonciation de force d’autres personnes. Cet effet domino perpétue la persécution des hérétiques, coupables d’apostasie, le pire crime selon la justice de l’époque, qui requiert donc la plus haute punition : le bûcher. Cette peine odieuse permet d’effacer toute forme d’existence de la condamnée et d’effacer son procès par la même occasion. La sorcière disparaît de l’humanité. La popularisation des bûchers et l’habitude de brûler les documents judiciaires sont à l’origine de la difficulté actuelle des chercheurs à fixer le nombre d’exécutions liées aux procès en sorcellerie.

On brûle énormément de vieilles femmes. À Douai, par exemple, on sait qu’une centenaire n’a pas pu monter sur son bûcher par elle-même tant elle était affaiblie. De nombreuses condamnées ne parviennent pas à se tenir debout lors de leur exécution tant elles sont épuisées et choquées par leur sort. Le peu d’éléments biographiques sur les condamnées est expliqué par leur illettrisme quasi systématique, et par la différence culturelle énorme entre les inquisiteurs et les femmes travailleuses sans histoire écrite.

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La balance d’Oudewater, Pays-Bas

L’incohérence des preuves de sorcellerie révèle l’absurdité des allégations. Par exemple, la balance conservée à Oudewater aux Pays-Bas, est supposée concorder l’apparence de la femme avec son poids (censé être anormalement léger pour faciliter son vol en balai!). Il est également courant chez la population de recourir à la preuve par l’eau, lors de laquelle on déshabille la femme et on la jette à l’eau : si elle flotte, c’est une sorcière, et si elle coule, elle n’en est pas une. Néanmoins on ne semble pas s’alarmer du fait qu’une femme coulée au fond d’un lac est une femme morte.

Il est fréquent d’exécuter une lignée entière de femmes car on considère que l’intrication du malin était héréditaire : ainsi si l’on exécute une femme, on fait très souvent de même pour sa mère, sa grand-mère et sa fille. Cette puissance pénale énorme, opérée par le même fanatisme chez les Protestants que chez les Catholiques, qui influence les pratiques populaires, s’auto-persuade pendant un siècle à travers d’absurdes biais de confirmation et aboutit à l’élimination de centaines de milliers de vies considérées comme misérables.

La fin des persécutions en France

À la fin du XVIIe siècle, l’État, plus centralisé, intègre lentement davantage de rationalité dans la justice. En 1682, Louis XIV supprime l’appellation « crimes en sorcellerie », qui devient alors souvent un « crime d’empoisonnement ». Les sorcières ne sont plus alors exécutées et on lutte contre le Mal par d’autres moyens. La justice lutte toujours contre ce qu’elle appelle alors « les faux sorciers », qu’elle juge pour blasphème, invocation de Satan, sortilèges, guérisons ou avortements. Cet allégement des peines intervient aussi à une époque où la médecine moderne progresse à grands pas, et va à l’encontre de la pratique ancestrale des guérisseuses et des sages-femmes, écartées peu à peu de ce domaine d’activité.

La première étude historique

La chasse aux sorcières comme sujet d’étude historique est pour la première fois abordé par l’abolitionniste, suffragette et libre-penseuse américaine Matilda Joslyn Gage dans son ouvrage Femme, Église et État publié en 1893. Elle inaugure une nouvelle perspective sur cet épisode historique :

Quand, au lieu de « sorcières », on choisit de lire « femmes », on gagne une meilleure compréhension des cruautés infligées par l’Eglise à cette portion de l’humanité.

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Matilda Joslyn Gage

La figure de la sorcière

L’iconographie de la sorcière

La première représentation stéréotypée de la sorcière apparaît dans le Champion des Dames de Martin Le Franc, publié vers 1441-1442. L’art de l’estampe diffuse cette effigie en Europe et inspire notamment les artistes flamands et hollandais. Après avoir remarqué l’absorption d’une partie de l’iconographie antisémite, dans le chapeau et le nez, observons l’origine d’autres attributs de la figure de la sorcière : Le balai, qui permettrait, selon les croyances, aux sorcières de se déplacer la nuit pour se rendre au Sabbat, est à lire comme un symbole à la fois phallique et domestique. Le chat noir, aussi appelé le matagot, est une incarnation du malin dans les folklores breton, gascon, provençal et languedocien.

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Enluminure représentant le vol de deux sorcières sur un balai et un bâton, dans Le Champion des dames de Martin Le Franc, 1441. Incunable à la BnF.

L’animal est obtenu par un sorcier ou une sorcière comme gage de son commerce avec le Diable. En 1484, trois ans avant la publication du Maleus Maleficarum, le pape Innocent VIII promulgue un édit conduisant au sacrifice des chats noirs lors les fêtes populaires, ce qui inaugure une grande période de persécution pour l’animal. De nombreux chats noirs sont jugés lors des procès en sorcellerie et exécutés avec leur maître ou leur maîtresse.

Une figure féministe à se réapproprier

La vieillesse caractéristique de la sorcière est à lier à une forme de détestation de la femme ménopausée, redoutée par les juges et démonologues en sorcellerie. La femme, inférieure par nature, fait l’objet d’une sujétion nécessaire et totale. Afin d’assurer son Salut, elle a besoin d’une tutelle juridique et domestique entière et non négociable. Notre perception des sorcières doit donc intégrer cette terrible facette de notre histoire : au-delà d’un personnage fantastique amusant et enfantin, elle rappelle un génocide à prendre au sérieux. C’est la raison pour laquelle cette figure est réappropriée par le féminisme depuis plusieurs décennies. Aujourd’hui, il est nécessaire que cet épisode de l’histoire soit aussi connu et populaire que la figure de la sorcière en elle-même, car intimement liée à ce phénomène.

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Membres de la W.I.T.C.H (Women’s International Terrorist Conspiracy for Hell), un collectif féministe qui reprend la figure de la sorcière pour leur lutte, États-Unis, vers 1968-1970.

Les stéréotypes misogynes qui étaient appliqués aux sorcières persistent toujours à travers une certaine façon de percevoir les femmes d’aujourd’hui. Cela s’apparente à une réticence mercantile et chevronnée à la vieillesse, à la persistance de l’idée qu’une femme doit nécessairement donner la vie, et selon laquelle celles qui refusent la maternité vivraient leur vie de façon incomplète. Ces présupposés sont toujours incorporés dans une société qui empêche les femmes d’accéder à l’avortement (c.f. AlabamaPologne, Espagne…), dans laquelle le refus de procréer est souvent incompris, où la médecine moderne commence tout juste à s’inquiéter des douleurs menstruelles, où l’on rit des femmes trop prudes aussi bien que l’on désapprouve les femmes à la sexualité plus active, et où l’on méprise celles ayant passé la ménopause. Intégrer le phénomène de la chasse aux sorcières est une urgence dans un monde dans lequel les femmes sont encore trop rares parmi les sphères intellectuelles et décisionnaires, où l’on persiste à réifier les femmes lors de débats éculés sur ce qu’elles choisissent de porter en public. Rappelons par ailleurs la recrudescence alarmante des féminicides et des crimes lesbophobes et transphobes. Bref, il est nécessaire de valider l’existence d’une femme dissociée de son caractère de reproductrice, qui peut s’épanouir par elle-même, déterminer ses choix sans objection et pour ses propres intérêts et non pas nécessairement par le truchement d’une progéniture et d’un époux. Les femmes sont encore des victimes des oppressions patriarcales et misogynes qui ont cours depuis des siècles et dans laquelle la chasse aux sorcières représente l’acmé de ces persécutions.


Sources

Mona Chollet, Sorcières, la puissance invaincue des femmes, Zones, 2018.

Céline du Chéné et Laurent Paulré, LSD, La série documentaire, Sorcières (1/4) : La chasse aux sorcières, France Culture, 16 avril 2018. (ici)

Françoise Séloron et Véronique Vila, Changement de Décor, Récits du bocage : Les rituels du bocage, France Culture, 17 novembre 1998. (ici)

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2 commentaires

  1. Merci de ce cadre historique plus explicite, Le livre de Mona Cholet était moins explicite. On raconte aussi que les maris dénonçaient comme sorcière leur femme « adultère », pour s’en débarrasser… Et il faut dire que c »est l’Eglise qui recevait les plaintes et faisaient la première « instruction »(inquisition) avant de céder la victime aux tribunaux d’Etat ou seigneuriaux pour la 2e instruction, la condamnation et l’exécution.

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