Le Cabinet du docteur Caligari de Robert Wiene (1920) – ou le film muet au décor parlant

Salué comme le film qui porte à l’écran l’expressionnisme allemand du début du XXème, Le Cabinet du docteur Caligari de Richard Wiene reste, malgré ses 99 ans d’existence et de nombreuses analyses, un film novateur et surprenant tant dans les décors que dans l’intrigue.

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L’expressionnisme, de la toile à l’écran

Entre allégresse et angoisse, l’expressionnisme est le cri des artistes suffocants dans la société bridée d’un vieux monde fatigué. Mélange de rage et de frustration, il s’épanouit d’abord en peinture et marque une véritable rupture dans la représentation du réel. La ville moderne est désormais éclatée sur la toile, la perspective est brisée, les angles sont aigus, les points de vue se télescopent et font jaillir de l’œuvre l’énergie chaotique et inquiétante du conflit qui approche.

Après la guerre, révoltes et mutineries éclatent, l’empereur abdique, la république proclamée reste fragile. Considérée par le peuple comme un art bourgeois inintelligible, la peinture expressionniste est laissée de côté. Néanmoins, sa puissance évocatrice intéresse l’industrie du cinéma, mise à mal par le contexte économique troublé. L’expressionisme apparaît alors comme un élément pouvant traduire une tension dramatique et pouvant donner de la profondeur à moindre coût.

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Le royaume de la folie

Le thème du double est récurrent dans le film, il exacerbe la folie des personnages et aide à la manipulation du spectateur. Assis sur un banc, Francis (le narrateur) raconte à un homme son étrange histoire liée à la rencontre du docteur Caligari. Lors d’une fête foraine, il assiste au show du docteur censé réveiller un somnambule endormi depuis vingt-trois ans pour lui faire prédire l’avenir. Cesare prédit une mort imminente à l’ami de Francis. Dès lors, notre attention est happée par l’histoire et on oublie qu’elle nous est racontée. Dans les dernières minutes du film, quand l’intrigue va se dénouer, les personnages se dévoilent. Ces révélations, remettent en question toutes les certitudes acquises par le spectateur et sèment le trouble. Le rôle du narrateur est peut-être plus important qu’on ne le croit, le docteur Caligari n’est peut-être pas fou et la vérité paraît très floue.

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Théâtralisation du jeu

Le jeu des acteurs est exalté et peut nous paraître surfait mais tous leurs gestes, leurs mimiques, leurs costumes et démarches expriment le désordre social et psychologique qui les anime. Plus le sentiment est vif, plus le visage est altéré, ainsi, le gros plan sur le visage cadavérique de Cesare qui ouvre les yeux pour la première fois est terrifiant. C’est par cette image que le récit glisse définitivement dans l’épouvante : Le somnambule est la funeste marionnette d’un homme puissant qui agit dans l’ombre. La nuit envahit le film. Accentuée par le décor, elle participe à la création d’un monde complet et clos.

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Une bombe visuelle

Le clair-obscur crée par la projection d’une lumière puissante sur les décors peints inanimés laisse les ombres s’épanouir et dessine un monde distordu où les délires et la folie sont les bienvenus. Ce décor imposant et pesant écrase les personnages, les proportions sont faussées, les murs sont en porte-à-faux, les rues sont menaçantes, rien n’est rectiligne, les espaces sont clos et on s’attend à voir surgir quelque chose d’effrayant à tout instant. Le mouvement est omniprésent et fait naître un sentiment d’insécurité qui persiste jusqu’à la fin du film. C’est toute une esthétique du repli sur soi et de la folie qui se met en place pour faire monter l’angoisse chez le spectateur. Le génie de cet univers pictural unique réside dans le fait d’arriver à parvenir à créer un monde crépusculaire, incertain et sombre avec peu de moyens et surtout, d’y faire adhérer le spectateur.

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Même si ce film est connu et reconnu, l’ambiance unique et complète qu’il propose surprend toujours et ne perd rien de sa force expressionniste à l’heure du cinéma parlant et des effets spéciaux modernes ! Alors âmes sensibles , ne vous abstenez pas, c’est un film d’épouvante garanti sans flaque de sang qui pourrait tout de même vous faire tourner la tête et agiter vos nuits…

Éloïse Poncet


Pour la séance spéciale Halloween, le ciné-club de l’école du Louvre vous donne rendez-vous le 31 octobre à 18h en amphi Dürer, pour (re)découvrir ce classique du cinéma ! (La séance sera suivie d’un buffet)

Si vous êtes extérieurs à l’école, pensez à réserver au plus tard 24 heures avant en indiquant votre nom et votre prénom à l’adresse cineclubecoledulouvre@gmail.com.

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