« Made in Heaven », une série porno par Jeff Koons

Avertissement : Les œuvres présentées dans cet article sont explicitement à caractère sexuel.

L’histoire de l’art est jonchée de scandales, d’attaques aux mœurs, de tribunes violentes de critiques. Ces réactions de rejet s’appliquent à une œuvre, à une série, ou au corpus entier d’un·e artiste, qui sortiraient de l’acceptable, du consensuel, voire de l’« artistique ». Dans ces œuvres à cacher, à censurer, nous retrouvons au XXe siècle le célèbre tableau de Balthus La Leçon de guitare (1934) avec une enfant dénudée et une atmosphère malaisante, mais aussi les différentes photographies de Robert Mapplethorpe (ses nus d’hommes mais aussi son autoportrait au fouet) ou encore le film Baise-moi de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi. Jeff Koons apparaît plusieurs fois dans les grands scandales de l’histoire de l’art, notamment pour son exposition au château de Versailles. Mais il fait son entrée dans ce club du scandale pour la première fois en 1991.

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« Made in Heaven » est un ensemble d’œuvres, qu’il réalise en duo avec sa compagne de l’époque : Ilona Anna Staller. Déjà leur union faisait grand bruit. En effet, sa femme est plus connue sous le nom de « la Cicciolina », actrice du X et politicienne radicale. Cette hongroise, naturalisée italienne après un premier mariage, s’est fait connaître avec l’émission « Voulez-vous coucher avec moi ? » diffusée sur Radio Luna dans les années 1970. C’était la toute première fois que la question de la sexualité était abordée de façon aussi libérée en Italie. Quelques années plus tard, elle devient candidate du premier parti vert italien, et en 1987, elle fait campagne avec le parti radical italien et gagne un siège au Parlement. Ses discours politiques, contre le nucléaire et la guerre et ceux valorisant la sexualité libérée, ne l’ont pas empêché de poursuivre sa carrière d’actrice.

Le projet Made In Heaven semble commencer par une sollicitation du Whitney Museum pour laquelle Jeff Koons doit créer une affiche publicitaire pour l’exposition collective Image World. Il crée ce visuel en duo avec sa compagne, pour un film imaginaire intitulé « Made in Heaven ». Non mécontent du résultat, Jeff Koons creuse l’idée et commence une série d’œuvres érotico-pornographiques avec la Cicciolina. En plus des photographies affichées en tirages de très grandes dimensions, on retrouve une série de sculptures en bois peintes et également de grandes dimensions, et une dernière série de plus petite taille en cristal de Murano. Au milieu de ces images plus que suggestives, nous retrouvons des sculptures de bouquets de fleurs, de petits chiens et d’angelots. Sur toutes les images, nous retrouvons Ilona Staller en lingerie blanche et couronne de fleurs sur la tête tandis que Jeff Koons se contente d’être nu.

« Je pense que la sexualité est importante pour mon œuvre parce qu’elle est importante pour la survie de l’espèce, et l’art cherche à communiquer ce qui est le plus important. Ce dialogue d’acceptation de la sexualité se transfère au domaine de l’esthétique et à toutes les autres sphères de la vie » – Jeff Koons

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Sur une sculpture en bois on retrouve Ilona Staller au dessus de Jeff Koons, sur une sorte de lit recouvert d’un drap satiné. L’artiste ajoute à cette composition déjà kitsch des énormes papillons rosés. L’image repose sur une opposition entre évocation sexuelle et décor tendre. Ilona Staller incarne le fantasme même de la femme sexualisée par un regard masculin. Elle est toujours encadrée par les bras et le corps de Jeff Koons, on sent que c’est lui qui tient l’ascendant.

Les sculptures en cristal ne donnent pas la possibilité de créer du détail, on se contente de la forme, de formes très explicites. Là aussi, les ébats amoureux du couple sont contés, illustrés.

Nous avons dans cette série les prémices du « style Koons » : formats démesurés, scande et kitsch. Son ensemble Made In Heaven est composé de 26 œuvres qui ont été notamment exposé en 1990 à la galerie Sonnabend de New York. Cet événement a été interdit au moins de 17 ans, en raison du caractère pornographique de la majorité des œuvres présentées. Ilona Staller ne sera pas autorisée à venir aux États-Unis pour le vernissage, le service des visas craignant une atteinte aux mœurs. Pour lui, il s’agit plutôt d’enlever la honte et la culpabilité des corps, de réussir une transcendance de soi. Même s’il reste fier de cette série, il en détruit une partie lors de la longue bataille juridique avec Ilona Staller pour la garde de leur enfant. Si la critique a été sévère lors de l’ouverture de son exposition, beaucoup tentent de revaloriser cet événement, comme Laurent De Sutter dans son ouvrage « Pornographie du contemporain : Made in Heaven de Jeff Koons » publié en 2018.

Cette série, par le scandale qui l’a entouré, a participé à la renommé de Jeff Koons. L’aspect très explicite de cette série peut étonner lorsqu’on ne connaît que les créations actuelles de l’artiste. Mais elles correspondent à un archétype de la création érotico-pornographique réalisée par un homme.

Ces derniers jours, il refait la une des journaux et magazines d’art avec l’inauguration de sa sculpture pour les attentats du 13 novembre. Un autre scandale, mais cette fois-ci il est plutôt lié à l’aspect financier de l’installation. Jeff Koons est au final un habitué des scandales et demeure l’un des artistes vivants les plus chers sur le marché de l’art.

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