Backside – dos à la mode

Par Delphine Cibot-Savignac et Sarah Favre

La sexualisation du corps peut se faire par bien des moyens : enjeu culturel, il porte et modifie le regard sur la chair, notamment féminine depuis des siècles. Si chaque époque et culture peut se focaliser sur une partie différente (on pense notamment à la nuque au Japon au XVIIIe siècle), cette année, l’exposition Backside Dos à la mode, visible jusqu’au 17 novembre au musée Bourdelle, propose de porter le regard sur un enjeu qui tend à se perdre dans la mode contemporaine : le dos.

Cette exposition, en pointant du doigt le manque d’insistance accordée au dos dans la mode contemporaine (comme montré dans le couloir d’entrée du parcours), invite à mettre le dos en valeur en réfléchissant à ses symboliques diverses. Le dos est montré à travers les époques, comme objet de fantasme ou pour montrer les ambivalences de cette partie du corps si spéciale : cachée à nos yeux mais visible par tous. Comment mettre en valeur et explorer une zone qui paraît à la fois si présente et complètement oubliée?

I. Le dos comme toile

Dans cet ancien atelier de l’artiste Bourdelle devenu musée, des œuvres de grands couturiers côtoient les sculptures du maître. Leur point commun : la thématique du dos. Le dos n’est pas seulement la partie du corps la plus puissante. Certes, porter est une des fonctions ancestrales du dos. Les couturiers l’ont compris comme le montre le premier sac à dos haute-couture présent dans l’exposition.

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Mais le dos, par son emplacement et sa forme, peut être comparable à une toile d’artiste. Surface large et relativement plane, des tatouages peuvent s’y déployer, mais aussi des messages – messages engagés comme les vestes des militants black-panther ou messages publicitaires comme les logos des grandes marques ou des grands couturiers. Signe d’appartenance, message politique, le dos que l’on ne voit pas est fait pour être vu.  Il perd alors dans un sens sa dimension purement corporelle, pour devenir un objet en lui-même. Mais l’exposition va également plus loin et propose de voir le dos comme une œuvre d’art. Le corps se trouve alors sublimé.

II. Le dos mystique

Le dos se trouve d’une certaine manière comparé à des œuvres d’art, en transcendant l’humanité des modèles. Des mises en regard sont alors proposées : le dos se voit ramené à une potentielle nature angélique par la présence des ailes. Lorsque l’exposition se déploie dans les salles permanentes du musée, on est face à une sublimation du corps humain, par sa comparaison avec des œuvres d’art. Un corset moulé sur le torse d’une modèle est alors mis en dialogue avec un crucifix. Textile et pierre se rencontrent et échangent pour nous offrir à voir l’art dans son étendue. Le dos, et le corps humain par extension, est alors sorti de ses chairs pour devenir autre. On en retire l’aspect humain, pour en faire des œuvres d’art à part entière voire un monstre. Des pièces, comme celle de Rick Owens, présentent un mannequin en portant un autre lové sur son dos. Ces deux corps enchevêtrés donnent l’apparence d’une créature étrange et irréelle. On peut également souligner que par l’importance différente portée entre les dos féminins et masculins, il y a une possible lecture sociale qui peut en être faite : le corps féminin est alors porté sur un piédestal, par rapport à celui masculin, qui se veut plus sobre, et surtout fonctionnel. Finalement le dos féminin serait une œuvre en soi… Mais la femme propriétaire de ce dos se verrait alors dépourvue de son individualité, de son humanité. Seul son dos sensuel et étrange serait matière à Œuvre.

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III. Le corps comme outil ambivalent

En effet, le dos peut alors être vu également comme un outil ambivalent, à la fois purement comme un support, mais aussi comme une autre façon d’emprisonner : le rapport des sociétés aux corps est alors révélé par le biais de la mode. Les corsets sont un autre moyen de tenter d’emprisonner les femmes, au sens où elles ne peuvent pas s’habiller seules et ont besoin de l’aide d’autrui. Il est remarquable de voir que la plupart des œuvres présentées sont des vêtements pour femme. De même, leurs habits seront convolutés, alors que ceux des hommes auront une forme principalement pratiques ou esthétiques mais non contraignantes, ne visant pas forcément à embellir ou transformer en Autre le porteur.

Cette critique de la femme réduite à l’état d’objet est flagrante dans l’exposition et même dans les œuvres disposées un peu partout dans le musée.

Finalement, cette exposition du musée Bourdelle est une vraie réussite. Elle permet de découvrir des pièces magnifiques mais aussi un discours construit même s’il mériterait parfois d’être encore plus affirmé. Nous n’avons donc qu’une chose à vous dire : courrez donc voir (admirer) cette pépite!

Informations utiles

MUSÉE BOURDELLE 18, rue Antoine Bourdelle 75015 Paris Tél. : +33 (0)1 49 54 73 73.

Site du musée Bourdelle

Métro : Lignes 4, 6, 12 , 13 : Montparnasse – Bienvenüe (sortie 2 – Place Bienvenüe)

HORAIRES 10h – 18h, du mardi au dimanche, fermé le lundi et certains jours fériés. Le musée sera ouvert les 14 juillet, 15 août et 1er novembre.

TARIFS Plein : 10 €, réduit : 8 €, gratuit pour les moins de 18 ans

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