Que penser de la série Netflix Dear White People ?

Alors que la saison 3 est sortie en août, nous vous proposons d’essayer de faire le tri dans tout ce que cette série apporte de bon et de mauvais. Ainsi Dear White People évoque des concepts aussi essentiels que la non-mixité militante, le système racial oppressif qui touche toutes les classes de population, y compris les meilleurs étudiant.e.s américain.e.s, le retour de bâton qui suit chaque avancée militante et enfin comment être allié.e d’une cause sans se l’approprier. Cependant, sa tendance à la caricature et les clichés américains pour alléger un peu la série discrédite un peu la teneur du propos.

Bienvenue à Winchester,

A Winchester, université fictive de la Ivy League, il existe la résidence Armstrong-Parker, particulière parce qu’elle est traditionnellement la résidence des étudiant.e.s noir.e.s du campus. Cette non-mixité est notamment l’occasion pour ces dernier.e.s de s’engager dans différents syndicats estudiantins défendant de manière plus ou moins extrême. leurs droits sur le campus. On compte notamment le BSU, Black Student Union, le plus activiste, et le CORE, Coalition for Racial Equality, le seul syndicat à être lié à l’administration, donc le plus écouté par celle-ci.

Dear White People, c’est le nom de l’émission radio sur le campus de Samantha White, l’une des étudiantes noires du campus, qui s’adresse de manière assez frontale aux personnes blanches, pour mettre en valeur leurs privilèges. Se sentant attaqués, certains étudiant.e.s organisent en réaction une blackface party (une fête où les étudiant.e.s se griment en personnages noirs). Comme vous le devinez, cette soirée met le feu au poudre et accentue les tensions sur le campus. On ne vous en racontera pas plus pour que vous découvriez l’histoire par vous-même, mais tout part et se déroule depuis cette soirée.

Le militantisme des deux premières saisons

Ce que cette série a d’intéressant dans la saison 1 et 2, c’est que chacun des épisodes suit l’un des personnages principaux dans une chronologie très courte. Les épisodes se recoupent temporellement, et permettent d’avoir réellement différents points de vue sur les personnages parce qu’on les voit de leur point de vue, puis de celui des autres. De plus, et fait notable parce qu’encore trop rare dans les séries actuelles, la majorité du casting est noire. Chaque personnage – y compris le seul personnage principal blanc Gabe – se pose les questions suivantes : sont-ils les simples victimes du système ou au contraire, comment celui-ci leur est finalement profitable. Chacun essaie de trouver des solutions pour changer leur situation. Or, c’est à ce moment là que l’on arrive au cœur des notions de non-mixité dans une classe opprimée et d’allié.e.s.

Tout d’abord, parlons de la non-mixité, phénomène très critiqué aujourd’hui et souvent taxé de racisme anti-blancs. Dans la série, cette non-mixité est mise en place par le rassemblement de presque tous les étudiant.e.s noir.e.s dans la résidence Armstrong-Parker. Peut-être que présenté comme cela vous aurez l’impression qu’il s’agit d’une sorte de ghettoïsation forcée, mais au contraire, si vous regardez la série vous découvrirez que c’est ce que les étudiant.e.s veulent. Cela leur permet de créer un espace sécurisé dans lequel tous.tes partagent le même vécu. C’est un cercle au sein duquel ce dernier n’est pas remis en question. Chacun comprend ce que vit l’autre. C’est important que cette série en parle, parce que c’est un phénomène qui se produit de plus en plus dans les milieux militants, que ce soit dans une démarche d’émancipation contre le sexisme, la psychophobie, le racisme bien évidemment ou encore la grossophobie.

C’est là qu’intervient également le concept d’allié.e.s. De plus en plus, on entend dire qu’une personne blanche ne peut pas être anti-raciste, parce qu’elle ne le vit pas, où qu’un homme ne peut pas être féministe parce qu’il n’est pas victime des inégalités homme-femme. En somme, même si les mots vont paraître bruts, il existe, dans tous ces cas, une classe oppressante et une classe opprimée, et l’oppresseur ne peut pas se mettre à la place de l’opprimé parce qu’il profite indirectement du système. Par exemple, si l’on gagne deux fois plus qu’une autre personne pour le même travail et le même diplôme, le système vous est profitable. Ça ne signifie pas que c’est de votre faute et que vous l’encouragez, mais juste que vous bénéficiez de privilèges que certaines personnes n’ont pas. C’est pour cela qu’a été inventé le concept d’allié.e.s. Ce sont des gens qui encouragent une cause et qui essaient de changer le système, sans en être victime. Etre allié nécessite globalement trois règles principales :

–          Tout d’abord, il est essentiel de reconnaître ses privilèges, parce que c’est seulement en les reconnaissant qu’on se rend compte des inégalités existantes.

          Il est primordial de ne pas s’approprier le vécu d’un autre, peu importe combien vous en parlez avec une personne, on ne peut pas réellement assimiler son expérience, on essaie juste de comprendre.

–          Dans la suite logique, accompagner une cause en étant allié.e, c’est aussi savoir se mettre en arrière. Les personnes concernées devraient prendre la parole pour donner leur avis, et être allié.e c’est reconnaître qu’ils sont plus légitimes à parler.

Enfin, la dernière idée importante abordée par la série sur la question du racisme, est celle du racisme systémique, qui règne aux Etats-Unis (et dans d’autres pays mais la série se concentre sur les Etats-Unis). Cette réflexion prend forme dans l’exemple d’un étudiant afro-américain, Reggie, qui lors d’une fête, est menacé par l’un des policiers des campus et son pistolet, parce que présumé comme l’élément perturbateur. Cela ne signifie pas forcément que le policier est raciste, en revanche, cela signifie qu’il a été éduqué avec des réflexes selon lesquels le danger vient des personnes de couleurs. C’est un reflet de ce qu’il se passe en ce moment aux Etats-Unis avec le mouvement Black Lives Matter, les policiers ont des réflexes qui ont conduit à de nombreuses erreurs judiciaires, parce qu’ils ont été instruits ainsi. Lutter contre l’oppression systémique c’est parvenir à éliminer ces réflexes.

Les points faibles

Vous l’aurez compris, cette série pose de vraies questions sociétales, mais elle n’est pas parfaite, et certains aspects décrédibilisent totalement leur propos. D’une part, elle n’est pas reconnue par le catalogue ne Netfllix lui-même, puisqu’elle y est classée à « sexe » et « langage grossier » alors que cette série est bien plus que cela et permet réellement de se poser des questions dans le monde dans lequel nous vivons. D’autre part, l’inspiration venue des séries et films sur l’université fait plonger certains personnages dans des stéréotypes : l’étudiante qui tombe enceinte, l’élève de première année gay, amoureux de son colocataire et j’en passe. L’importance grandissante au cours de la série des sociétés secrètes est aussi assez peu originale.

Enfin, à mes yeux, le basculement vers quelque chose d’assez hasardeux a lieu entre la saison 2 et 3. La saison 2 bénéficie d’une chronologie bien moins claire que la première saison, et bien que les personnages avancent dans leur vie personnelle, il n’y pas d’évènements communs marquants. Finalement, ce qui rend la saison 2 vraiment intéressante, c’est la manière dont les éléments disposés dans chaque épisode s’orchestrent simultanément dans le dernier épisode.

Qu’en est-il de la saison 3 ?

Ce n’est qu’un avis, mais à mes yeux la saison 3 est très décevante. Les épisodes comprennent maintenant l’histoire de non pas un mais trois ou quatre personnages principaux, et surtout, on a vraiment l’impression que les scénaristes ne savent pas vraiment où aller eux-mêmes. On perd totalement l’aspect militant au profit des projets personnels de chacun, et la seule intrigue réellement commune est celle d’une société secrète particulière qui existe sur le campus. En somme, la série perd là toute sa valeur argumentative pour n’être qu’une suite de récits juxtaposés plus ou moins raccrochés les uns aux autres.

Pour conclure, les deux premières saisons sont vraiment intéressantes à voir, pour l’aspect militant, mais tout n’est pas à garder dans cette série et à moins d’être happé.e par la vie personnelle des caractères, il n’est peut-être pas nécessaire de voir la saison 3.

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