Frissons sur l’île du Nègre

Une île, ça avait quelque chose de magique ; le mot seul frappait l’imagination. On perdait contact avec son univers quotidien – une île, c’était un monde en soi. Un monde dont on risquait parfois – qui sait ? – de ne jamais revenir.

Les vacances idéales peuvent bien vite se transformer en cauchemar. Il suffit d’une comptine qui résonne, de dix inconnus rongés par leurs consciences, et d’une île coupée du monde  : voilà la toile de fond de l’un des romans de la « Reine du crime », Agatha Christie. Laissez-vous plonger dans l’ambiance oppressante de cette intrigue.

Publié en novembre 1939, le roman policier Dix petits nègres est le titre le plus vendu d’Agatha Christie et pour cause, en quelques pages, l’auteur arrive à faire naître le doute et le frisson. Vous voilà à votre tour pris au jeu, à qui puis-je accorder ma confiance ?

La mécanique implacable du huis-clos se met en place dès l’ouverture du livre. Et pourtant, rien ne laisse encore présager ce qui va advenir. Plusieurs individus ont été invité à venir passer leurs vacances sur une île isolée. En alternant les points de vue, le lecteur découvre que tous ont une invitation d’un type différent qui sert seulement à les appâter.

Un ancien colonel, un ex-policier, un juge à la retraite, un médecin, une dévote, une institutrice, un jeune écervelé, un aventurier et un couple de domestique se retrouvent prisonnier d’un certain Mr’Onyme. Ce mystérieux individu, possédant l‘île du Nègre, va entreprendre de condamner ceux que la Justice a laissé impuni. Dès le premier soir, les masques tombent, tous sont accusés d’être auteurs de crimes. Coupables en liberté puisqu’il est impossible de prouver leurs responsabilités. Agatha tisse donc, grâce à des ellipses, des crimes restés jusque là parfait. Néanmoins, le Mal ne paie pas.

Au-delà de l’intrigue, le livre interroge la notion de Justice. En suivant la comptine anglaise Ten Little Niggers, (Frank Green, 1869), un mystérieux meurtrier supprime les individus au fur et à mesure en respectant un ordre dûment réfléchi. Comme dans un tribunal, les coupables se voient attribués différentes sentences correspondant à la gravité de leurs gestes. Cela laisse donc supposer qu’Agatha Christie avait dressé une échelle de la gravité des crimes. C’est d’ailleurs sur de telles considérations théoriques que la plupart des codes pénaux ont été construits.

« L’ordre des décès sur l’île avait fait l’objet de toute mon attention. Je considérais que mes invités n’étaient pas tous coupables au même degré. J’avais décidé que les moins coupables disparaîtraient les premiers, qu’ils ne connaîtraient pas la même angoisse, la même terreur interminable que les délinquants endurcis. »

Les individus sont placés dans une ambiance d’angoisse et de culpabilité : le malaise est palpable. D’autant plus que la plupart d’entre eux refuse de reconnaître leur culpabilité. Doucement la paranoïa s’installe, la culpabilité se renforce petit à petit. Chacun cherche en prouvant aux autres qu’il est innocent, jusqu’à s’en convaincre lui-même. 

« L’un de nous… l’un de nous… l’un de nous… »
Quatre mots, inlassablement répétés, qui s’enfonçaient heure après heure dans des cerveaux réceptifs.
Cinq personnes… cinq personnes terrifiées. Cinq personnes qui s’épiaient mutuellement, qui ne prenaient même plus la peine de cacher leur état de tension. Plus question de donner le change — plus question de bavarder pour sauver les apparences. Ils étaient cinq ennemis, unis par un même instinct de conservation.

La mort, pendant de la culpabilité, est omniprésente. Elle est personnifiée par l’innocente petite comptine ornant toutes les chambres de la maison. Les protagonistes arriveront-ils à arrêter le meurtrier avant la fin de la chanson ? 

En cette fin d’été, le roman d’Agatha Christie vous promet des sueurs froides et de longues nuits de lecture. Arriverez-vous à déjouer les dangers et à trouver le meurtrier avant que votre heure n’ait sonné ?

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