Mais qui a tué Harry ? d’Alfred Hitchcock (1955)

Prononcer le nom d’Alfred Hitchcock et le mot “suspense” dans la même phrase relève du pléonasme. On connaît ses meurtriers – parfois de sang-froid, parfois torturés –, ses trames psychologiques complexes et ses univers inquiétants. Mais quand il s’attaque à la comédie romantique, Alfred sème le trouble. À sa sortie en 1955, Mais qui a tué Harry ? a pris de court le public, et nous surprend toujours.maisquiatuéharry3.jpg

Mais qui a tué Harry ? est l’histoire d’un corps sans vie, découvert dans une clairière pittoresque du Vermont. Plusieurs personnages viennent à sa rencontre : le petit Arnie, le premier, tombe nez à nez avec lui, avant de courir chercher sa mère (Shirley MacLaine); mais il y a aussi un marin retraité (Edmund Gwenn), puis Miss Ivy Gravely (Mildred Natwick), une petite dame tout à fait convenable. Et personne ne cherche vraiment à savoir qui est le meurtrier, car chacun est intimement convaincu d’avoir tué l’homme. Ici, pas de course poursuite effrénée, pas de chasse au criminel non plus : le seul souci des différents protagonistes est de savoir comment se débarrasser du corps sans faire de vague, et d’avoir la conscience à peu près tranquille.

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Autour de ce cadavre, plusieurs récits se tissent. Cette mort inopinée est l’élément perturbateur dans la vie d’une poignée d’habitant de cette paisible bourgade américaine – mais pas comme on s’y attendrait. Des romances naissent à cause (ou grâce) à sa découverte, tous désespèrent de faire disparaître le corps, et chaque tentative relance son lot de péripéties. Feu Harry est le véritable fauteur de trouble de l’histoire. Alfred Hitchcock semble avoir retourné le genre du thriller pour en faire une comédie : l’enquête est quasi-inexistante et se fait au gré des bavardages décousus des personnages, les preuves disparaissent à mesure que l’histoire avance… On finit par ne plus savoir si on veut vraiment connaître le véritable meurtrier du pauvre Harry. Le suspense se dissout presque dans l’absurdité du film.

maisquiatuéharry4.jpg.jpgIndéniablement, ce dernier détonne dans la filmographie d’Hitchcock. On est bien loin de Fenêtre sur cour (1954) ou de L’ombre d’un doute (1943), qui ont, entre autres très nombreux longs métrages, déjà habitué le public aux canons hitchcockiens du thriller psychologique. La venue d’une comédie quasi surréaliste au beau milieu d’une œuvre résolument sombre, quoique traversée par une bonne dose d’humour noir, explique peut-être l’échec commercial retentissant qu’a connu Mais qui a tué Harry ? À sa sortie, le film fait pâle figure au box-office face aux succès précédents, et ne parvient que laborieusement à couvrir les coûts de production. C’est non sans ironie qu’Hitchcock le qualifiera de “coûteux acte de complaisance”. Pourtant, aussi déstabilisant qu’il soit, ce mouton à cinq pattes du maître du suspense ne manque pas de faire sourire avec ses meurtriers de bonne foi et ses dialogues un brin aléatoires – et mérite qu’on s’y intéresse à nouveau.


Le ciné-club de l’école du Louvre projette Mais qui a tué Harry ? le mercredi 18 septembre à 17h15 en amphithéâtre Dürer.

affiche mais qui a tuéharrySéance pour 2€, réservation obligatoire pour les extérieurs à l’école à cineclubecoledulouvre@gmail.com (au plus tard 24h avant !) Plus d’info.

 

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