Berthe Morisot : la femme impressionniste

Du 18 juin au 22 septembre 2019, le Musée d’Orsay propose de venir découvrir 75 tableaux emblématiques du travail de Berthe Morisot, jeune peintre impressionniste. Cet événement donne la possibilité aux visiteurs de voir des œuvres de collections privées et venant du monde entier dont certaines n’ont pas été montrées depuis plus de cent ans !

Une femme impressionniste moderne

Le mouvement de l’impressionnisme est communément directement associé à Monet avec ses Nymphéas et son Impression Soleil Levant. Mais Berthe Marie Pauline Morisot est un membre fondateur du mouvement également. Très admirée dans le milieu, elle fut la doyenne de l’impressionnisme. Acharnée et extrêmement moderne dans son art mais également dans ses idées, elle a contribué à apporter une touche féminine au courant tout en étant entourée des plus grands tels que Degas, Renoir,  Monet ou encore Manet.

« Claude Monet et Berthe Morisot sont peut-être les deux peintres les plus impressionnistes. Ce sont eux qui donnent sens au mot « impression ». »

Dominique Bona

Pourtant, qui aurait pensé que Berthe Morisot, d’abord exclue des Beaux-Arts pour le fait d’être une femme, serait plus tard exposée de son vivant dans un musée ? Au fil des rencontres, elle se rapproche de la bourgeoisie parisienne après avoir fait la connaissance de Manet, puis de Baudelaire. Elle épouse d’ailleurs le frère d’Edouard Manet, Eugène Manet, malgré les quelques désaccords qu’elle entretient avec Edouard, notamment sur le style de peinture, Manet étant plutôt partisan des règles académiques. On apprend plus tard que lorsque Manet rencontra Berthe Morisot au salon d’exposition, il reconnut le talent de la jeune femme tout en mentionnant que c’était seulement dommage « qu’elle ne soit pas un homme ».

portraitMalgré tout, son audace et sa persévérance lui valent de se faire une place et d’être reconnue comme peintre professionnel. Il est d’ailleurs flagrant de voir que dans son unique autoportrait de 1885, la jeune peintre se représente avec des allures étonnamment masculines, l’air plus déterminée que jamais brandissant sa palette comme une affirmation de qui elle est. Elle accompagne cet autoportrait d’une réflexion marquant bien ce qu’on pourrait nommer le féminisme : « Je n’obtiendrai (mon indépendance) qu’à force de persévérance et en manifestant très ouvertement l’intention de m’émanciper ».

L’exposition retrace ainsi sa vie, montre l’évolution de sa peinture qui se teinte de plus en plus de modernisme au fil du temps. De salle en salle, le visiteur assiste donc à la naissance du style propre de Berthe Morisot, de l’affirmation d’une femme et d’un réel reportage sur la vie quotidienne au XIXe.

Un tableau du XIXe d’un point de vue féminin

Sa peinture est un véritable documentaire sur la vie bourgeoise au XIXsiècle. Berthe Morisot s’intéresse essentiellement aux portraits, à la représentation des individus dans leur époque. Elle étudie la mode du XIXe, les toilettes élégantes des femmes allant au bal, les domestiques féminines des grandes maisons bourgeoises dans des tâches quotidiennes… Elle nous livre ainsi un tableau du XIXe depuis un point de vue féminin. On reconnaît dans les scènes représentées les grandes descriptions que l’on peut retrouver chez les romanciers de l’époque comme Emile Zola ou Balzac.

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La jeune femme peint souvent les mêmes modèles : sa sœur, Monsieur Manet, sa fille, … Toutefois, sa vision est tout à fait novatrice. Elle n’hésite pas à inverser les rôles femme/homme en mettant en scène son mari par exemple s’occupant de sa fille dans le jardin avec une infinie tendresse, ou encore Manet regardant depuis la fenêtre les femmes qui passent dans la rue.

Elle donne ainsi aux hommes un rôle autre que celui de mari apportant de l’argent dans le foyer, le laissant devenir un père, un parent, un membre à part entière d’une famille. A contrario, ces représentations permettent également de sortir du rôle d’épouse et de mère attribué à la femme à l’époque et encore longtemps après. On remarque d’ailleurs que Berthe Morisot n’a jamais signé ses tableaux de son nom d’épouse. Cet acte en apparence anodin a été vu comme un manifeste pour l’indépendance des femmes.

morisot

Ainsi, elle donne à son mari une figure paternelle en jouant sur les clichés associés à la figure maternelle de la femme. Alors que les peintres ont des muses, dont elle fit d’ailleurs partie étant quelques temps la muse de Manet, Berthe Morisot n’hésite pas à peindre son mari et des modèles masculins. Il est rare dans l’histoire de la peinture de voir un homme poser pour une femme peintre.

Capturer les instants

« C’est l’une des artistes de l’impressionnisme qui à mon sens va jusqu’au bout, expérimente de façon très radicale les limites du fini et du non fini, de ce caractère esquissé, de cette volonté de donner une impression d’instantanéité, qui est au cœur de l’impressionnisme. Ça se traduit par une touche très libre, très gestuelle. On voit vraiment le pinceau de l’artiste à l’œuvre. Donc on a des touches très distinctes. Berthe Morisot n’hésite pas à laisser des morceaux de la toile visibles, non-finis. »

Sylvie Patry, conservatrice, Musée d’Orsay

Les dernières salles de l’exposition montrent l’affirmation du style de Berthe Morisot résolue à capturer l’instant de la manière la plus précise possible. Ainsi, au fur et à mesure, les traits se floutent, les bords des toiles restent vierges, et le visiteur a le sentiment d’entrer dans une galerie de souvenirs flous de l’artiste qui a tenté de fixer un moment, une impression.

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Ainsi, Berthe Morisot se confronte sans cesse au temps qui passe et à l’éphémère pour mettre en lumière un instant, capter la lumière d’un moment, attraper le mouvement d’une seconde. Les couleurs pastel semblent se confondre avec le fond et les traits sont plus rapides, nous ramenant tous à notre condition humaine où le temps semble nous filer entre les doigts.

Malgré son réel succès dans le milieu et plus de quatre cents toiles, le certificat de décès de Berthe Morisot indique la mention « sans profession » et elle est peu à peu oubliée pendant le XXe siècle. Deux ans après sa mort, les Beaux-Arts s’ouvrent enfin aux femmes. On ne peut s’empêcher de penser que cette grande femme n’est pas étrangère à ce progrès.  

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