Crazy ex Girlfriend et le Trouble de la Personnalité Borderline

De l’humour, des chansons (il s’agit d’une série musicale) et beaucoup de peps ! Tel est le cocktail qui à la base décrit au mieux la série Crazy ex Girlfriend, diffusée entre 2015 et 2019 sur la chaîne américaine CW. Comédie de mœurs, elle détonne cependant par bien des aspects, notamment par des côtés féministes complètement assumés. Jusqu’au titre de la série : celui-ci joue sur le cliché de l’ex partenaire qui serait folle, entrant en plein dans le cliché sexiste des réactions féminines post-ruptures qui seraient complètement démesurées, avec des femmes en proie à leurs émotions sans savoir prendre de recul. Différentes problématiques très peu traitées à l’écran sont ainsi montrées, en partant du rapport féminin à son corps, les relations amicales entre femmes qui explosent les stéréotypes, mais aussi et surtout, des alternatives relationnelles aux relations amoureuses qui sont bien trop souvent ignorées en société. Dans le même temps, des sujets tel que l’alcoolisme, la dépression et l’anxiété, l’abandon et la maltraitance émotionnels par des parents sont également figurés. Cependant le sujet principal traité aujourd’hui est celui du (très) méconnu trouble de la personnalité borderline, étudié dans cet article par sa représentation dans la série. L’idée de base ? La jeune avocate brillante et new-yorkaise Rebecca Bunch tombe totalement par hasard nez à nez avec son premier amour, Josh Chan. Celui-ci lui explique qu’il a habité à New York les mois précédents mais ne s’y plaît pas. Il s’apprête alors à retourner à West Covina en Californie, où il explique qu’il est bien plus simple d’y être heureux. Rebecca, malheureuse dans un métier et un chemin de vie qu’elle n’a pas choisi, ne le prévient pas et part s’installer dans cette même ville. Elle y trouve alors des amis, et compte s’y rapprocher de Josh… Même s’il s’avère qu’il est en couple. Introduction à un univers déjanté et addictif :

Rebecca et sa meilleure amie Paula

I. Un trouble très méconnu

Il convient pour introduire la série de rappeler le contexte de l’apparition et de la représentation du TPB (trouble de la personnalité borderline / limite). Si la série devait dès le départ parler de santé mentale étant donné que la réalisatrice Rachel Bloom (également actrice de Rebecca Bunch) a un passif concernant ce sujet assez lourd, il s’est avéré en écrivant le personnage qu’il correspondait plus à… un autre diagnostic. Qui a un bagage lourd : entre des taux affolants de suicide, refus de thérapeutes de traiter les personnes atteintes, inutile de dire que nombre de clichés tournent autour. Cependant, les épisodes tournant autour du diagnostic sont assez bien réalisés et ne tombent pas dans le pathos excessif (cf la chanson A Diagnosis ). Quels sont les traits importants du trouble ? Une très mauvaise gestion des émotions incluant de la colère, de l’instabilité dans la perception du soi, de l’impulsivité et une phobie de l’abandon très prononcée. Bien sûr, d’autres traits se rajoutent, mais il s’agit là de certains des plus voyants ; et encore une fois leur expression est différente selon les personnes. Depuis le début de la série, la construction en est très bien faite : autant le trouble est stigmatisé dès que nommé en tant que tel, autant le fait que Rebecca est présentée comme en possédant les traits, cependant sans les nommer, fait qu’on la comprend et qu’une dimension affective se noue entre elle et le spectateur. La très mauvaise représentation du TPB en fait que cette série est d’autant plus importante.

Josh et Rebecca dans une des chansons issues de l’imagination de cette dernière

2. Comédie féministe

Un autre aspect connu de la série et non moins important est son aspect à la fois féministe et très naturel dans sa description des traits humains en eux-mêmes. Outre les nombreuses chansons introspectives de Rebecca, tous les personnages ont des émotions complexes, et sont explorés. Quelle autre série propose une chanson sur le fait d’être bisexuel ! (Getting Bi ) ou démontrant la sexualisation des seins par la société. Car même si les sujets traités sont difficiles avec beaucoup de paranoïa également du personnage principal qui est mise en scène par des incursions directes dans sa psyché, tout reste assez bien mis en scène pour montrer des nuances et relations interpersonnelles complexes. Le scénario est du reste porté par des acteurs qui jouent (très) bien, et permettent de faire aimer une série humoristique et importante, par sa façon de parler de sujets tabous mais importants. Personne ne se prend au sérieux, et les références aux comédies musicales cultes sont légion ce qui permet une très bonne immersion, et donc de faire passer plus facilement les points (exemple avec Flooded with Justice, référence à Do You Hear the People Sing des Misérables).

3. Sensibilisation et humour

Le travail de sensibilisation sur divers sujets est donc d’autant plus important qu’il y a une démocratisation globale de plusieurs sujets. You Stupid Bitch ainsi que The Darkness traitent ainsi ouvertement de ce qui peut être ressenti en pleine crise dépressive, mais toujours en touchant juste, ni tournant au ridicule ou exagérant quoi que ce soit. La nécessité d’en parler est ainsi respectée, délivrant une très bonne interprétation du trouble borderline. Une fois le diagnostic posé, le titre même de la série prend un tout nouveau sens, étant donné que la folie devient palpable au travers d’un diagnostic très stigmatisé. Le fait de le montrer permet donc de proposer une nouvelle représentation, plus humaine. Les excentricités, la violence et les plans irréalisables d’une Rebecca ne se connaissant pas et ayant du mal à se définir passent ainsi pour plus humaines. Par le fait de présenter un personnage comme humain et de créer un attachement, la maladie paraît moins lointaine, plus tangible, plus réelle, et surtout beaucoup moins « monstrueuse ».

Crazy Ex Girlfriend, par des positions militantes, se pose ainsi comme une série invitant à la bonne humeur tout en gérant des choses pour le moins complexes voire graves. Les chansons traitent de sujets profonds et militants, le tout porté par des acteurs qui prennent le tout au sérieux, même au vu des chansons proposées (comme It Was a Shit Show ou Let’s Have Intercourse). On peut y voir une grande importance, par la mise en lumière à la fois de personnages humains, de relations interpersonnelles complexes, et l’accent mis sur la santé mentale, pour une démocratisation bienvenue.

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