Le Théâtre-Musée Dalí à Figueres (1/3)

De 1961 à 1989, date de sa mort, Dali mettra toute son énergie dans la construction d’un musée à son effigie. Dès 1984 il s’y installe de façon permanente afin de travailler sans relâche sur ce qu’il considère comme « l’œuvre de sa vie ». 

Salvador Dalí, un artiste surréaliste

Salvador Dalí, né à Figueres le 11 mai 1904 et mort dans la même ville le 23 janvier 1989, est l’un des peintres, sculpteurs, scénaristes, graveurs, et écrivains majeurs du XXe siècle. Il est également l’un des principaux représentants du surréalisme (mouvement artistique né en 1922 et officialisé en 1924 avec le Manifeste du Surréalisme d’André Breton), avant d’en être exclu en 1939 à cause de nombreux désaccords. Dans ce manifeste, André Breton, le chef de file du mouvement, définit le surréalisme ainsi : « Automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale ». Ce courant est caractérisé par des techniques automatiques (fumage, grattage, décalcomanie, cadavres exquis, collage…) pour faire apparaitre de nouvelles formes, ainsi que par des techniques mentales fondées sur l’inconscient, les rêves, qui sont sources d’associations d’images contradictoires. Dès 1929 Dalí développe notamment la méthode de la paranoïaque-critique qui repose sur des associations et interprétations délirantes (l’aspect paranoïaque) qu’il va objectiver avec son œil d’artiste (l’aspect critique).

La création du Théâtre-Musée

C’est dans ce contexte de création qu’il imagine un pavillon, Le Rêve de Vénus, pour la Foire Internationale de New York en 1939. Celui-ci présentait une façade spectaculaire, faite de droites, de courbes, de refends, de protubérances, rappelant la Casa Milà d’Antoni Gaudi. Dans les creux de la façade étaient disposées des reproductions gigantesques de chefs-d’œuvre tels que le Saint Jean Baptiste de Léonard de Vinci ou la figure de La naissance de Vénus de Botticelli. D’autres éléments venaient agrémenter cette façade, des béquilles qui jaillissaient du mur, des algues, des jambes pour marquer l’entrée…

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Salvador Dalí dans le patio en travaux
Source : https://www.salvador-dali.org/fr/musees/theatre-musee-dali-a-figueres/historia/
© Fundació Gala – Salvador Dalí

Ce Pavillon de Vénus peut être considéré comme un prélude à ce que Dalí réalisera trente-cinq ans plus tard pour le Théâtre-Musée Dalí à Figueres, musée à sa propre gloire auquel il dédiera la fin de sa carrière. Salvador Dalí souhaite installer ce musée dans sa ville natale pour valoriser sa région et de lui conférer une aura universelle. Dès 1961, il choisit le lieu dans lequel il établira son musée : ce sera en effet sur les ruines de l’ancien Théâtre Municipal de la ville de Figueres. C’est donc dans ce lieu chargé d’histoire que le musée Dalí ouvre ses portes le 28 septembre 1974.

« Les vestiges du Théâtre Municipal me semblaient très adéquats pour trois raisons : la première c’est que je suis un peintre éminemment théâtral : la deuxième, parce que le théâtre se trouve en face de l’église où j’ai été baptisé et vous savez que je suis catholique ; et la troisième, parce que c’est précisément dans la salle du vestibule du théâtre que j’ai fait ma première exposition de peinture. »

– Salvador Dalí, le 8 août 1961.

Visite au cœur du musée

La façade extérieure donne déjà un aperçu de la démesure du Théâtre-Musée : des murs colorés, agrémentés de pains et d’œufs, surchargés de sculptures, le tout dominé par une coupole gigantesque. Dalí souhaitait que le pèlerinage dans son univers commence par une longue file de visiteurs devant le Théâtre-Musée sur la place Gala – Salvador Dalí. Cette place, tout comme la façade du musée, ornées de sculptures, nous confrontent d’ores et déjà à l’univers de Dalí et font office de prélude au musée. Dans cet espace préambule, Dalí fait référence à ses préférences et ses obsessions : notamment la science avec l’Hommage à Newton, l’art académique avec les trois sculptures de Meissonier, l’art plus novateur avec l’Obélisque de la télévision de Wolf Vostell, et la pensée catalane avec le monument à Francesc Pujols, un philosophe catalan.

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Vue de la façade principale du Théâtre-Musée depuis la place Gala – Salvador Dalí
Source : Antoni Pitxot, Montse Aguer, Théâtre-musée Dali de Figueres, Fundacio Gala-Salvador Dalí, Triangle Postal, 2005
© Jordi Puig, 2005 / Fundació Gala – Salvador Dalí

Puis le visiteur pénètre (par un vestibule) dans le Théâtre-Musée, qui se compose actuellement d’un sous-sol, d’un rez-de-chaussée et de trois étages. Il comprend trois espaces différenciés qui correspondent à divers agrandissements.

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La première partie occupe l’espace de l’ancien théâtre municipal réaménagé par Dalí. Elle se compose d’un ensemble de salles qui sont, pour la plupart, les plus emblématiques du musée. Parmi celles-ci, on peut citer le patio (deuxième « salle » du musée), grande cour en hémicycle à ciel ouvert qui remplace l’ancien orchestre du Théâtre Municipal. Dans cette cour s’imposent la fameuse Cadillac Pluvieuse, située au centre, ainsi que l’installation verticale avec la sculpture de La grande Esther d’Ernst Fuchs qui tire, avec ses chaines, la colonne trajane pneumatique surmontée d’une barque renversée et d’un parapluie noir.

La salle numéro 3, celle qui se dresse à l’endroit de l’ancienne scène du théâtre municipal (séparée du patio par une immense verrière) est également une pièce phare du musée. Cette salle est colorée d’un sol rouge et d’un plafond bleu, représentant peut-être respectivement la terre et le ciel. Elle est dominée par un décor que Dalí réalisa pour le ballet Labyrinthe, inspiré du mythe de Thésée et Ariane, sur une chorégraphie de Léonide Massine, et dont la première eu lieu au Metropolitan Opera House de New York le 8 octobre 1941. Cette gigantesque composition apparait de façon très théâtrale derrière un immense rideau rouge. Dans cette salle on retrouve également des œuvres phares de la carrière de Dalí, notamment l’immense huile sur photographie Gala nue regardant la mer qui a 18 mètres apparait le président Lincoln (1975), la reproduction sur toile du Torero Hallucinogène (vers 1968-70), ou encore un hommage à la chapelle Sixtine, accroché au plafond. Cette salle est également surplombée par la fameuse coupole géodésique, structure réticulaire transparente d’Emilio Pérez Piñero.

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Vue de la salle de la coupole
Source : https://www.salvador-dali.org/fr/oeuvre/catalogue-raisonne/1965-1983/1125/sans-titre-personnages-element-de-la-coupole-scene-du-theatre-musee-dali-de-figueres
© Fundació Gala – Salvador Dalí

La salle du trésor (salle tapissée de velours rouge, expressément isolée, conçue comme un coffre-fort où sont exposées certaines des œuvres les plus importantes du musée) ou la salle « palais du vent » (salle dominée par un impressionnant plafond peint par Dalí en 1972-73 et dans laquelle Dalí avait exposé son œuvre pour la première fois en 1919) sont également des salles emblématiques du musée, tout comme la fameuse salle Mae West.

Le deuxième espace résulte des agrandissements successifs notamment avec l’acquisition en 1981 de la Tour Gorgot (qui faisait partie des anciennes murailles de la ville), et qu’il renomme Tour Galatea le 9 octobre 1983. C’est ici qu’on y expose de nombreuses œuvres du legs du peintre, les œuvres et les installations stéréoscopiques, les anamorphismes et les nouvelles acquisitions de la Fondation. Dans ces salles, on sait que l’intervention personnelle de Dalí est superficielle voire inexistante.

Le troisième espace est un bâtiment annexe acheté en 1992 par la fondation Gala-Salvador Dalí et qui abrite aujourd’hui la collection Dalí-bijoux (ancienne collection d’Owen Cheatham présentée lors de la pré-inauguration) et qui a ouvert ses portes en 2001.

Ce musée haut en couleurs ne passe pas inaperçu. Et s’il dénote avec les tendances muséographiques de l’époque, il reste encore aujourd’hui un musée à part, que l’on peut considérer comme une œuvre d’art totale. C’est ce que nous découvrirons dans le prochain article…


Photographie principale :

Théâtre-Musée Dalí, vue de la Torre Galatea
Source : https://impulsplus.es/en/dali-theatre-museum-barcelona/
© Fundació Gala – Salvador Dalí

Bibliographie sélective :

  • Marion Benard, Le Théâtre-Musée Dalí à Figueres, Focus sur les dispositifs de présentation de la salle Mae West, Mémoire d’étude de l’Ecole du Louvre, présenté sous la direction de Cécilia Hurley-Griener, 2018
  • Ramòn Guardiola Rovira, Dalí y su museo, La obra que no quiso Bellas Artes, 
Figueres, Editora Empordanesa, S.A, 1984
  • Maurice Nadeau, Histoire du surréalisme, Paris, Club des éditeurs, 1958
  • Antoni Pixtot, Montse Aguer i Teixidor, Théâtre-musée Dali de Figueres, Fundacio 
Gala-Salvador Dalí, Triangle Postal, 2005
  • Óscar Tusquets, Dalí y otros amigos, Barcelone, RqueR Editorial, 2003

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