Cendrillon : Disney vs réalité

Cendrillon (1950), transformation © disney

Cendrillon est le 12ème classique d’animation produit par Walt Disney et son 16ème long métrage. Cendrillon fait partie de ces premières princesses Disney avec Blanche Neige et la Belle au bois dormant qui forment le cœur historique de la franchise. L’on aime opposer à ces premières princesses, les nouvelles princesses Disney, vues comme plus actives. Mais d’où vient le personnage de Cendrillon ? La question est complexe. En effet Cendrillon est l’un des contes les plus répandus à travers le monde. En 1967, Marian Roalfe Cox dénombre 345 variantes du conte de Cendrillon. La plus ancienne de ces versions est une version chinoise datant de 850 après Jésus-Christ.

En Occident cependant, la version la plus connue de l’histoire de Cendrillon est celle popularisée par Disney en 1950, inspirée de la version de Charles Perrault publiée en 1697 dans Histoires ou Contes du Temps passé-Contes de ma mère l’Oye[1]. Les frères Jacob et Wilhelm Grimm publient leur version, intitulée « Aschentputtel » dans leurs Contes des Enfants et du Foyer[2]. Il en existe plusieurs versions, la première remontant à 1812 et la dernière à 1857. La version de 1857 du conte semble la plus répandue. Enfin en Europe, on peut retracer la première version écrite du conte à la sixième fable du Pentamerone de Giambattista Basile intitulée La Gatta Cenerentola. Basile recueilli les contes qui furent réunis dans deux volumes et publiés après sa mort en 1634 et 1636.

Cendrillon en bref 

Rappelons les grandes lignes du film d’animation Disney : Cendrillon perd sa mère alors qu’elle est encore jeune et son père se remarie avec une dame, Lady Tremaine. Cette dame qui a déjà deux filles Javotte et Anastasie, est jalouse de Cendrillon. A la mort du père, Cendrillon est reléguée au grenier et au rôle de servante de la maison. Victime de brigades incessantes, arrive un jour où un messager annonce la tenue d’un bal au château où toutes les jeunes filles à marier du royaume sont invitées.

Cendrillon négocie avec sa belle-mère. Elle a le droit d’aller au bal, à condition qu’elle ait fini toutes ses tâches ménagères. Ses amis souris et oiseaux transforment en son absence l’ancienne robe que Cendrillon avait gardé de sa mère en une tenue digne du bal. Mais lorsque Cendrillon se présente devant sa belle-mère et ses belles sœurs alors qu’elles s’apprêtent à partir pour le bal, ces dernières enragées réduisent sa robe en lambeaux avant de laisser Cendrillon seule dans la maison.

Désespérée, Cendrillon se réfugie dans le jardin pour pleurer. Sa marraine la bonne fée apparait alors et d’un coup de baguette magique transforme une citrouille en carrosse, des souris en chevaux, un cheval en cocher et un chien en laquais. Enfin, elle transforme la robe de Cendrillon en une magnifique robe de bal et la chausse de petites pantoufles de verre avec l’instruction de s’amuser au bal, mais de revenir avant minuit sous peine que le charme ne soit rompu.

Cendrillon se rend au bal et danse avec le prince dont elle ignore l’identité et dont elle tombe amoureuse. En se sauvant en catastrophe alors que sonnent les douze coups de minuit, Cendrillon laisse derrière elle une de ses pantoufles de verre. Le sort se rompt à minuit et objets comme animaux retrouvent leur apparence originelle. Seule la pantoufle de verre que Cendrillon porte encore au pied ne disparait pas. Le lendemain, tout le royaume est en émoi car le grand-duc à la demande du prince cherche la jeune fille qui trouvera dans la pantoufle de verre chaussure à son pied.

Lady Tremaine devine que Cendrillon est la mystérieuse jeune fille du bal et l’enferme dans sa chambre pour qu’elle ne puisse pas comparaître devant le grand-duc. Javotte et Anastasie essayent la pantoufle sans succès, et juste avant que le grand-duc ne parte, Cendrillon, qui a réussi à se libérer grâce à l’aide combinée des souris et des oiseaux, retient le duc. Alors que Cendrillon s’apprête à essayer la pantoufle, Lady Tremaine la brise en mille morceaux. Cendrillon sort alors l’autre pantoufle qu’elle présente au grand-duc ivre de joie qui lui fait chausser la pantoufle. Le film se conclut sur le mariage de Cendrillon et du prince.

Cendrillon de Disney et l’influence de Charles Perrault

A quel point le dessin animé est-il fidèle au conte de Perrault ? Contrairement à d’autres classiques d’animation Disney, Cendrillon suit de très près le conte de Perrault. Ainsi la marraine la bonne fée transforme la citrouille en carrosse, les souris en chevaux, même si dans la version de Perrault, c’est un rat qui sert de cocher et six lézards qui servent de laquais. Surtout, dans la version originale du conte de Perrault, les chaussures de Cendrillon sont de petites pantoufles de verre.

Ce n’est donc pas une invention de Disney, mais les choses ne sont pas si évidentes. Il existe en français une homonymie parfaite entre verre et vair, ce dernier terme désignant la fourrure grise et blanche de l’écureuil petit-gris, au dos gris et au ventre blanc, et qui était réservée aux rois, aux hauts dignitaires pendant le Moyen Âge.

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Couverture pour Cendrillon et la petite pantoufle de verre, éditions Abraxas, 1981

La controverse sur la nature des souliers de Cendrillon remonte à la première moitié du XIXe siècle, et à la montée du rationalisme. C’est Balzac le premier qui évoque une erreur dans la transcription du conte, bien que la version originale de Perrault, le titre même du conte fait mention de la pantoufle de verre. Coquille de Furne, un personnage tiré du roman de Balzac Sur Catherine de Médicis dit ceci : « On distinguait le grand et le menu vair. Ce mot, depuis cent ans, est si bien tombé en désuétude que, dans un nombre infini d’éditions de contes de Perrault, la célèbre pantoufle de Cendrillon, sans doute de menu vair, est présentée comme étant de verre. ».

Anatole France en 1885 dans ses Dialogues sur les contes de fées pointe très justement du doigt la raison d’un tel changement de verre à vair. « On ne peut pas se figurer des chaussures faites de la même étoffe qu’une carafe. Des chaussures de vair, c’est-à-dire des chaussures fourrées, se conçoivent mieux, bien que ce soit une mauvaise idée d’en donner à une fillette pour la mener au bal ».

Cendrillon essaie la pantoufle de verre ©disney

Il poursuit en écrivant : « Je vous avais pourtant bien dit de vous défier du bon sens. Cendrillon avait des pantoufles non de fourrure, mais de verre, d’un verre transparent comme une glace de Saint-Gobain, comme l’eau de source et le cristal de roche. Ces pantoufles étaient fées ; on vous l’a dit, et cela seul lève toute difficulté. Un carrosse sort d’une citrouille. La citrouille était fée. Or, il est très naturel qu’un carrosse fée sorte d’une citrouille fée. C’est le contraire qui serait surprenant ». Le fait que la version originale du conte de Perrault parle de pantoufle de verre abonde dans le sens d’Anatole France et contredit la version avancée par le personnage de Balzac, selon laquelle la pantoufle avait d’abord été de vair.

Disney n’a donc pas inventé la pantoufle de verre et fait preuve d’une fidélité au conte qui peut paraître surprenante. La fin du conte et du film sont très similaires également : Cendrillon tire d’une de ses poches la pantoufle qu’elle n’a pas perdue au bal puis se rend au palais où elle épouse le prince.

Quelles sont donc les différences majeures ? Elles sont en définitive minimes. Tout d’abord le temps est concentré dans le film de Disney : dans le conte de Perrault, Cendrillon se rend deux soirs successifs au bal, et ce n’est que la deuxième fois qu’elle en oublie l’heure. Les animaux n’ont pas non plus de rôle actif dans l’histoire et la pantoufle de verre n’est pas endommagée par les manigances de la belle-mère.

D’où viennent alors ces éléments ? Il faut pour cela nous intéresser au conte tel qu’il nous a été transmis par les frères Grimm.

Cendrillon et Aschenputtel

La version des frères Grimm est beaucoup plus sombre et violente que celle de Perrault, qui sous peine d’un meilleur mot peut être décrite comme courtoise. Ainsi aucune fée n’apparaît dans cette version du conte, et à la place, Cendrillon pleure sur la tombe de sa mère surplombée par un arbre. Dans cet arbre se trouve un pigeon qui lance à Cendrillon robe et pantoufle pour aller au bal.

 

Dans la version des frères Grimm, Cendrillon échappe à trois reprises au prince et la troisième fois, le prince fait recouvrir l’escalier du château de poix, si bien que la pantoufle de Cendrillon, en or dans cette version, reste prisonnière de la poix.

La fin est sans doute là où le dessin animé Disney a préféré rester proche de la version de Perrault. Dans la version des frères Grimm, la belle mère persuade ses filles de se couper :  l’une des orteils,  et l’autre un bout du talon afin que leur pied puisse rentrer dans la chaussure. Il faut à chaque fois l’intervention des oiseaux pour que le prince se rende compte que les jeunes filles saignent dans la pantoufle et revienne enfin prendre Cendrillon. Lors du mariage, les deux pigeons blancs qui ont révélé la ruse des deux sœurs se perchent sur les épaules de Cendrillon et aveuglent les sœurs de Cendrillon qui auraient cherché à abuser des faveurs de Cendrillon.

Dans cette version que les oiseaux ont un rôle très actif : ils aident Cendrillon à trier les lentilles pour qu’elle puisse aller au bal, ils habillent Cendrillon pour le bal mais ce sont eux qui alertent le prince à la fin du conte que les jeunes filles qu’il ramène au château ne sont pas la demoiselle avec qui il a dansé au bal et punissent les belles-soeurs.

 

Que peut-on en retirer en ce qui concerne le classique d’animation de Cendrillon ? De manière surprenante, Disney a opéré une synthèse réussie entre deux traditions : celle de Perrault qui reste l’influence majeure (on retrouve la marraine la bonne fée et ses tours de magie, la pantoufle de verre, et la bonté du personnage de Cendrillon), et celle des frères Grimm, dont l’influence est plus subtile (les animaux ont un rôle très actif dans cette version et ce sont eux qui donnent à Cendrillon sa robe pour le bal, dans la version Disney toutefois, cette robe n’est finalement pas celle que Cendrillon portera. Le caractère manipulateur de la belle-mère est aussi très présent).

[1] https://fr.wikisource.org/wiki/Histoires_ou_Contes_du_temps_pass%C3%A9_(1697)/Original/Cendrillon

 

[2] https://fr.wikisource.org/wiki/Cendrillon_(Grimm)

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4 commentaires

    1. Merci beaucoup de ton commentaire! Je suis heureuse que l’article t’ai plu. Il y a beaucoup de choses à dire sur le conte et le personnage de Cendrillon et cet article n’aborde qu’un aspect de la question.

      Aimé par 1 personne

  1. J’ai aussi écrit un article sur l’adaptation de Cendrillon par Disney, mais je me suis surtout concentrée sur ses origines diverses ! C’est interessant de voir les differents angles utilisés pour aborder un sujet. Les trois illustrations finales sont sublimes ! Je ne connaissais pas cette illustratrice 😍

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