Poésie artistique à Art Paris

Art Paris a envahi quelques le Grand Palais de Paris pour sa 21e éditions. Artistes, galeristes, collectionneurs et curieux ont alors déambulé à la recherche d’inspiration et de nouvelles découvertes. L’envergure internationale se déploie de plus en plus avec cette année avec plus de 150 galeries provenant de vingt pays différents dont une soixantaine présentes pour la première fois. Petit florilège de coups de coeur poétiques provenant de tous horizons…

Quand l’amour fait art

Travailler à deux peut être bénéfique pour certains artistes, donnant une production pleine de ressources et de messages. Tel est le cas du couple français Clark et Pougnaud, peintre et photographe. Leur aventure commence dans les années 1990 où ils s’établissent à Paris. Leur art se découpe en quelques mouvements : la fabrication des décors qui sont peints, une mise en scène, puis la prise photographique de l’ensemble. Ils reçoivent de nombreux prix comme celui HSBC de la Photographie en 2006. Mais, une rupture s’accomplit lorsqu’ils décident de déménager dans la campagne proche d’Angoulême. Paris était devenue stérile et c’est auprès de la nature et des légumes qu’ils cultivent, que l’inspiration revient . Ils créent un nouvel univers tout en gardant la poésie qui leur est propre. Leur série « Eden » réalisée en 2019 est donc la représentation du nouveau paradis. Le schéma semble identique, Pougnaud continue à peindre les décors mais l’aspect photographique est désormais différent : les prises sont réalisées en one-shot et ne sont pas retouchées. Cette approche de la nature est donc un retour aux sources, à un naturel cru.

ArtParisClar.jpg
Vue de l’exposition Clark et Pougnaud sur le stand de la Galerie XII

C’est tout un univers que le duo Katarzyna et Marcin Owczarek ont conçu. Ces polonais établis en Belgique ont débuté leur collaboration en 2016. Lui est diplômé du College of Photography de Wroclaw, elle de l’Académie des Beaux-Arts de Gdansk. Ensemble, ils réinventent la photographie de nature morte mais aussi celle ayant une thématique symbolique. Ils s’inspirent de la mythologie grecque, des transformations des divinités en animaux mais réalisent aussi une critique de l’Homme. Un monde onirique et sombre se développe, une curiosité ainsi qu’une fascination s’en dégagent. Un monde en apparence silencieux mais qui a une quantité de messages à transmettre. Depuis 2018, ils se penchent sur le collage par le biais de la série « Anima Mundi » qui reprend le même schéma mais sur une critique de l’Homme moderne. 

Ubuntu, Katarzyna and Marcin Owczarek, 2018 ©️Katarzyna and Marcin Owczarek

 

Ici et ailleurs, mélange de genres

La thématique de l’Amérique Latine était mise en avant dans cette édition, permettant de découvrir plus en profondeur quelques artistes comme l’argentin Marcelo Brodsky. Né en 1954, il s’est exilé de son pays natal lors de la dictature militaire qui a sévi entre 1976 et 1983. Tandis que Buenos Aires est aujourd’hui le lieu de nombreuses manifestations notamment pour les droits des femmes, l’artiste se penche sur les photographies d’archives en noir et blanc dont il colorise les éléments qui lui semblent importants. Les deux thématiques exposées sont Mai 68 et la décolonisation en Afrique. Des thèmes sensibles mais aux revendications fortes dont il en a fait sa spécialité.

IMG_6586
Vue de l’accrochage consacré à Marcelo Brodsky

 

DetailJulianBurgod.jpg
Détail de Everything had change de Julián Burgos, 2018

Des galeries sud-américaines sont aussi présentes comme La Balsa Arte venant de Bogotá en Colombie. Elle présentait au sein de la foire trois artistes aux cheminements différents mais dont le point commun peut être la résurgence de la mémoire passant par le surréalisme. Luis Fernando Paláez est né en 1945 et est architecte de formation. Il se consacre à la sculpture même s’il mêle différents médiums pour la série « Noche del Tiempo » qui était présentée. Une ouverture sur le monde tenant dans une boîte. Juan Osorno est un jeune artiste de 24 ans qui présente ici des dessins scientifiques imaginés et inspirées de l’Atlas d’Humboldt. Il invente ses textes, donnant une forme extérieure sérieuse mais un imaginaire fantastique à l’intérieur. Il réalise à ma manière les carnets de voyage qu’il effectue au sein de sa pensée. Quant à Julián Burgos, il mêle des influences européennes en s’inspirant de l’art classique, notamment celui du XVIIIe siècle européen. Il réinterprète des chefs-d’oeuvre occidentaux avec des couleurs et un style personnels. Un clin d’oeil de la galerie, pourrait-on dire, face à l’emplacement decette foire en plein coeur de Paris.

IMG_6581
Vue des oeuvres de Juan Osorno et Luis Fernando Paláez sur le stand de la galerie La Balsa Arte

 

Ce mélange d’Europe et d’ailleurs est aussi présent chez Akira Kugimachi, originaire du Japon mais vivant à Paris depuis une vingtaine d’années. Sa série « Air » représente de manière poétique les Alpes suisses. Il réinterprète les sensations qu’il a pu vivre lorsqu’il les a traversé en voiture. Il souhaite faire perdurer ses émotions par le biais de l’art. Le processus de réalisation lui est propre, il froisse du papier japonais puis le dispose sous un format souhaité pour réaliser la partie graphique. Celle-ci lui est aussi propre car il applique des pigments minéraux naturels par le biais d’outils qu’il a lui-même réalisé. Ces pigments peuvent être de la nacre d’huître ou du lapis-lazuli et parfois, plusieurs couches sont nécessaires pour obtenir la profondeur voulue. L’oeuvre qui en résulte est hypnotique, s’y plonger est aisé mais il est plus dur d’en ressortir, l’envie étant de rester dans cet espace de paix à jamais.

Air.jpg
Air, Akira Kugimachi2018 ©️Akira Kugimachi

 

Une soixantaine de galeries étaient présentes pour la première fois dont Bosco Hong basée à Hong Kong. Elle présentait des oeuvres du célèbre Raymond Fung qui est architecte de formation. Cette vocation est visible dans les lignes des oeuvres, la manière dont elles sont orchestrées. Dynasties peut être considérée comme l’oeuvre phare de cette présentation, son format imposant participant à l’effet ressenti lorsque l’on entre sur le stand de la galerie. Quelques orifices étaient percés dans la surface graphique et de la fumée en sortait, une oeuvre vivante nécessitant certains mécanisme.  Elle donnait un aspect poétique et de calme à cette série représentant cinq-mille ans de l’histoire de Chine, faisant voyager à l’autre bout du monde.

IMG_6588
Détail de Dynasties de Raymond Fung, 2019

La femme à l’honneur

Mais, les artistes présents n’étaient pas tous des hommes et bien heureusement. La « Scène française d’un autre genre » regroupait vingt-cinq oeuvres de femme à (re)découvrir dont le commissariat était confié à l’association AWARE. Le titre semble maladroit, la scène française se doit d’être composée par des artistes femmes comme des artistes hommes. Le problème constant, et à résoudre, est leur présence au sein des salons et foires d’art qui reste faible alors que nombre d’artistes portent ce sexe. Ce n’est donc pas une digression ou un « autre genre » que d’être une femme artiste. Enfin, ceci n’est qu’un avis personnel… 

Leur parcours est ici divisé en quatre parties : les pionnières de l’abstraction, l’avant-garde féministe d’après-guerre, les années 1980 où l’image change et enfin l’émergence d’une nouvelle vague au début du XXIe siècle.  Les nombreuses artistes sélectionnées ont chacune un univers propre que le visiteur ou l’amateur est invité à découvrir.

Malala Andrialavidrazana est représentée par la galerie Caroline Smulders. Originaire de Madagascar, elle part vivre à Paris lorsqu’elle est encore enfant. Elle étudie à l’Ecole d’Architecture de La Villette puis se spécialise dans la photographie. Elle s’inspire de ses voyages et la série « Figures » montre une nouvelle facette de son talent depuis 2015. Elle s’inspire de divers éléments, du billet de banque au livre de géographie, pour recréer un univers. Elle mène une réflexion sur les divers échanges que les continents ont pu avoir depuis des siècles, faisant ressentir au spectateur une pointe de nostalgie par le biais des couleurs ou du graphisme parfois employé.

Voyageautourdumonde
Malala Andrialavidrazana, Figures 1886, Voyages autour du Monde, 2018 ©️Galerie Caroline Smulders 

Béatrice Casadesus se forme à l’Ecole des Arts Appliqués de Paris puis aux Beaux-Arts. En 1964, elle reçoit le second Prix de Rome en sculpture qui l’emmène en Italie. Elle puise notamment son inspiration de ses nombreux voyages en Asie. Les oeuvres présentées durant ces quelques jours prenaient par série « Infinito » débutée il y a quelques années. Le bleu et l’or s’y côtoient créant un espace sans fin qui n’est délimité que par le cadre. Une harmonie des couleurs et des formes, un espace onirique peint.

OutreMerOr2015
Béatrice Casadesus, Outremer Or, 2015, ©️Galerie Dutko

Monique Frydman joue aussi des couleurs mais une abstraction pure. Originaire du Tarn et formée aux Beaux-Arts de Toulouse et de Paris, elle est une féministe engagée depuis les années 1960 et fréquente le MLF (Mouvement de libération des femmes). Les différentes oeuvres présentées par la galerie montrent son envie de persister dans un certain domaine, une envie de continuer à explorer l’abstraction à son plus haut point depuis les années 1980.

JauneAbsinthe1
Monique Frydman, Jaune Absinthe 1, 1989, ©️Bogéna Galerie

Karina Bisch se forme entre Paris et Amsterdam où elle crée un style qui lui est propre. Aujourd’hui établie à Paris, ses oeuvres portent une géométrie semblant simple au premier abord mais qui s’avère complexe. Mêlant danse et avants-garde du XXe siècle, elle modèle selon ses envies et semble parfois réinterpréter Miró ou d’autres artistes de cette période.

Capture d’écran 2019-04-06 à 13.01.46
Karina Bisch, Les Diagonales (3), 2018, ©️Galerie Thomas Bernard

Artistes cités : Clark et Pougnaud étaient représentés par la Galerie XII (Paris) ; Katarzyna et Marcin Owczarek par ArtCo (Herzogenrath, Allemagne) ; Marcelo Brodsky par ArtCo (Herzogenrath, Allemagne) ; Luis Fernando Paláez, Juan Osorno et Julián Burgos par La Balsa Arte (Bogotá, Colombie) ; Akira Kugimachi par la Galerie Pierre-Yves Caër (Paris) ; Raymond Fung par Bosco Hong (Hong Kong) ; Malala Andrialavidrazana par Caroline Smulders (Paris) ; Béatrice Casadesus par la Galerie Dutko (Paris) ; Monique Frydman par Bogéna Galerie (Saint-Paul-de-Vence) ; Karina Bisch par la Galerie Thomas Bernard-Cortex Athletico (Paris).

Liste des artistes femmes du parcours dessiné par AWARE : Martine Aballéa, Malala Andrialavidrazana, Valérie Belin, Anna Eva Bergman, Karina Bisch, Bernadette Bour, Ulla von Brandenburg, Marcelle Cahn, Béatrice Casadesus, Geneviève Claisse, Marinette Cueco, Esther Ferrer, Monique Frydman, Shirley Jaffe, Oda Jaune, Marie Orensanz, ORLAN, Vera Pagava, Marta Pan, Laure Prouvost, Sophie Ristelhueber, Judit Reigl, Teresa Tyszkiewic, Aurélie Nemours, Vera Molnár.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s