Roma de Alfonso Cuarón : la vida, mi niña y mi familia

Seize Prix, onze nominations, quatre BAFTA, trois oscars, deux Golden Globes, un Goya et le Lion d’Or à la Mostra de Venise. Il s’agit bien du palmarès du dernier film d’Alfonso Cuarón produit par Netflix. Le réalisateur Mexicain n’en n’est pas à son coup d’essai avec ce drame entièrement filmé en noir et blanc et en langue espagnole. Le résultat qui en ressort est une œuvre riche et douce sur le quotidien d’une famille espagnole au Mexique durant les années 1970.

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Une véritable peinture sociale vivante.

  Le film suit l’histoire de Cléo, une employée mexicaine au sein d’une famille de classe moyenne espagnole dont nous allons suivre les péripéties.

  Roma est un film qui met en opposition constante deux mondes. Les familles opulentes de colons, et les mexicains. Cette comparaison est montrée de plusieurs manières. À de nombreuses reprises nous pouvons voir un avion voler très haut dans le ciel, filmé en contre plongée. Cet avion semble ainsi inaccessible. Il représente la classe moyenne espagnole, en opposition avec cette population mexicaine qui semble clouée au sol. Il y a bien une tentative d’élévation que nous pouvons apercevoir lors de cette scène où Cléo étend le linge sur les toits de la villa de ses employeurs. On peut remarquer que sur chacun des toits voisins se déroule le même spectacle, comme s’il existait des strates bien distinctes où l’on ne se mélange pas. Aussi, le lieu d’habitation des mexicains est totalement différent de celui de cette riche famille. Cléo et les autres vivent dans une chambre exiguë au sein de la maison, mais séparée du reste de l’ensemble du bâtiment, et plus tard dans le film, nous verrons que le seul lieu d’habitation des mexicains que nous voyons est un bidonville à l’état insalubre. Ce qui permet d’accentuer cette disparité des classes.

  Cette disparité des classes se remarque aussi par la maison elle-même, à l’intérieur tout est calme, mais sitôt que l’on ouvre le portail, la ferveur de la ville se fait remarquer, fanfares, vendeurs de rues, on entre dans un monde très bruyant. On peut même se sentir étouffer par moment, entre la foule et le bruit, notamment durant cette scène où Cléo recherche son amant devant le cinéma; il est parti précipitamment et semble se noyer dans cette marée humaine. On ne trouve d’ailleurs aucune musique à ce film, les seuls sons qui nous parviennent sont intra-diégétiques, et de ce fait, l’attention portée au mix sonore est renforcée.

  Enfin, la caméra, très douce, nous laisse contempler ces images de la vie de tous les jours, de ces deux mondes que tout oppose, très peu de coupes sont réalisées et la plupart des plans sont au format large et durent dans le temps.

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Mais aussi un drame social

  Malgré ce contraste important fait entre mexicains et riches espagnols, il est un sujet commun que l’on retrouve au sein de n’importe quelle classe sociale et c’est ce qui va unir ces deux classes radicalement différentes : l’amour et l’abandon. Cet amour est représenté par la relation qu’entretient Cléo mais aussi par l’affection dont va témoigner la mère de famille, Sofia, à Cléo lorsque cette dernière tombe enceinte. Il y a ici un soutien qui transcende les strates sociales. Et les barrières semblent ainsi disparaître, ce qui apporte un semblant de réconfort dans ce monde qui semble si codifié. Le soutien de Cléo se remarque aussi lorsque la situation est inversée; quand Sofia est abandonnée par son mari, Cléo est présente pour cette dernière et va en venir jusqu’à sauver l’un de ses enfants.

  Ce drame social est d’autant plus renforcé par des plans habilement montés qui vont exprimer deux émotions ou deux thématiques opposées. Prenons l’exemple de cette scène où Cléo est avec Teresa afin d’acheter un landau pour son futur enfant; ici est représenté le thème de la naissance, de la vie, de l’espoir. Cependant, cette séance de shopping est perturbée par une manifestation à l’extérieur durant laquelle des coups de feu sont tirés, des hommes armés iront jusqu’à rentrer dans le magasin et tuer un homme. Le thème représenté est ici la mort, le désespoir et la colère.

  Ce thème de la mort est d’ailleurs redondant, dès le début du film par exemple, l’un des enfants raconte l’un de ses rêves dans lequel il était un pilote, puis un marin mais meurt tragiquement à la fin de ce rêve. On peut voir une corrélation avec cette mort en milieu marin lorsque sa sœur manque de se noyer à la fin. Cependant, le fait que la petite ait survécu à cette noyade peut justement amener une lueur d’espoir, une « renaissance » et un nouveau départ de cette famille qui fut accablée par de nombreux drames.

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En conclusion

  Roma est ainsi un film qui se contemple, où chaque détail à son importance; chaque mouvement de caméra, chaque plan signifie quelque chose. Roma est avant tout un film poétique dressant le portrait de cette société mexicaine de la fin du 20ème siècle, où les démarcations sociales sont encore importantes. Le choix de filmer en noir et blanc et en langue espagnole renforce cette œuvre et lui donne une certaine intensité qui la rend ainsi unique. Bien que cette œuvre soit un film de cinéaste que l’on pourrait placer dans la case « Art et essai », il est à la portée de tout le monde et au vu de sa disponibilité sur Netflix, nous ne pouvons que vous recommander chaudement d’y jeter un œil.

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