Le sexisme dans les opéras classiques

Majoritairement écrits aux XVIIIe et XIXe siècle il peut sembler absurde de s’étonner du sexisme présent dans les opéras classiques. Pourtant, étant admirés encore et toujours pour leur beauté musicale et théâtrale il est bon de revenir sur les livrets de ceux qu’encore aujourd’hui on considère « classiques ».

Note de l’auteur : Les opéras peuvent s’avérer complexes, pour plus de clarté la présentation de l’histoire sera simplifiée pour mettre en avant le propos de cet article. N’hésitez pas à regarder les opéras entiers en suivant les liens donnés.

I- La femme infidèle.

Cosi fan Tutte de Mozart

 

L’intrigue même se moque des femmes qui sont présentées comme inconstantes et faciles à séduire.

Deux hommes vantent la fidélité de leur fiancée et un ami leur lance le pari qu’il est facile de les séduire.

Vient alors une série de stratagèmes où chaque homme va, déguisé, séduire la fiancée de l’autre pendant qu’elles les croient partis à la guerre. Les femmes refusent leur avances, puis il leur est annoncé que leurs deux nouveaux prétendants ont voulu se suicider car elles les ont rejetés. Au final, elles cèdent à la séduction et sont mariées pour que le stratagème soit révélé.

Finalement, bien qu’humiliées et dupées, tout est pardonné et les couples restent ensemble, sans qu’il soit dit s’il s’agit des couples de départ ou de la tromperie.

La Flûte enchantée de Mozart

Les hommes sont les héros : Tamino, Papageno, même Sarastro est un grand sage plein de vertus. Papageno est le seul qui semble présenter des faiblesses.

Les femmes sont quant à elles maléfiques et manipulatrices comme la reine de la Nuit, du moins c’est une interprétation possible. Pamina dans toute sa pureté et innocence reste une part intégrante aux épreuves de Tamino qui ne doit absolument pas céder à la tentation de parler à la femme qu’il aime et qui devant son silence le croit indifférent.

Ces codes de représentation des femmes ne sont pas nouveaux et peuvent être retrouvés dans de nombreux opéras et même des pièces de théâtre bien connues comme celles de Molière. Pourtant alors que les pièces de Molière sont foncièrement ancrées dans leur époque et se présentent maintenant comme témoins d’une société passée, ce n’est pas le cas des opéras.

Les opéras ont peu à peu perdu les marqueurs de leurs temps, considérés intemporels leurs mises en scènes ignorent la véracité historique et préfère de plus en plus faire naviguer les histoires dans différentes époques ou même dans un minimalisme universel.

Maintenant qu’il est normal que les opéras soient surtitrés, découvrir les paroles de certains airs bien connus surprend et agace quelque peu.

Note de l’auteur : La mise en scène de La Flûte enchantée de l’Opéra de Paris en 2017 était très minimaliste ce qui mettait en avant l’histoire et les personnages mais m’a personnellement fait voir une autre version de l’histoire. Le sage Sarastro et ses épreuves pour intégrer une société harmonique m’a paru plus proche du gourou de secte que d’un héros et soudain l’envie de revanche de la Reine de la Nuit et de retrouver sa fille quelque peu plus justifié. Mais ce n’est que mon interprétation.

 

La mort des femmes comme ressort tragique.

Rigoletto de Verdi

L’histoire suit trois personnages principaux : le duc, son bouffon Rigoletto et la fille de ce dernier Gilda.

Le duc est un libertin, qui séduit les femmes puis les abandonne lui valant la haine de nombreux pères et maris dont Rigoletto se moque. L’un d’eux maudit le duc et Rigoletto.

C’est alors qu’on apprend que Rigoletto a une fille que le duc a vue à l’église et dont il est épris. Il séduit Gilda, Rigoletto décide de venger les pères de filles trompées et demande à un tueur à gage de tuer le duc.

La sœur du tueur à gage attire le duc mais tombe sous son charme et il est décidé qu’ils tueront la première personne qui se présentera à eux. Entendant cela, Gilda se sacrifie pour l’homme qu’elle sait l’avoir trompée.

Alors que Rigoletto se lamente sur le corps de sa fille on entendant le duc chantonner un air joyeux sur l’inconstance de la femme. Rigoletto y voit la malédiction qu’on lui avait promis, il s’agit surtout de la victoire du libertin.

https://www.youtube.com/watch?v=3zyaQ4SoeeM

Madame Butterfly de Puccini

Madame Butterfly est une geisha qu’épouse l’officier américain Pinkerton, bien qu’il soit prévenu de la candeur de sa femme, Pinkerton ne cesse d’exprimer le peu d’importance qu’il attache à cette union et qu’il compte plus tard prendre une épouse américaine.

Pourtant il partage un duo d’amour avec Madame Butterfly et la protège lorsqu’elle est attaquée pour avoir renié sa famille par ce mariage.

Il part pour les Etats-Unis et disparaît trois ans, Madame Butterfly refuse de considérer un nouvel époux et a eu un fils de Pinkerton. Il lui écrit que pour lui leur histoire est terminée mais elle refuse d’y croire.

Pinkerton finit par revenir et Madame Butterfly l’attend toute la nuit, lorsqu’il apparaît c’est avec une nouvelle épouse américaine et il souhaite emmener son fils avec lui.

Comprenant ce qu’il se passe Madame Butterfly, voyant que l’américaine Kate prendra soin de son fils, accepte si Pinkerton vient lui même mais il fuit lâchement, elle se suicide et il ne peut que se lamenter en découvrant son corps.

https://www.youtube.com/watch?v=V7SlRuZln0s

Carmen : Le problème des adaptations

L’histoire bien connue de Carmen que Don José tue de vengeance après une romance passionnelle et destructrice a été changée. Début 2018, le metteur en scène Leo Muscato présentait à Florence une nouvelle représentation de Carmen et cette fois, change la fin pour que ce soit elle qui tue Don José et non l’inverse.

Les critiques se furent violentes, la réception de cette mise en scène désastreuse alors que le metteur en scène souhaitait défendre. Pour lui il s’agissait de ne plus faire applaudir la mort d’une femme sur scène dans un pays où les violences sur les femmes sont très présentes.

Une bonne intention certes mais cela n’a pas marché. On pourrait accuser ses détracteurs d’être trop conservateurs, de refuser de voir une autre version que celle de Bizet et c’est certainement vrai pour une partie d’entre eux. Cependant il est trop hâtif de voir l’échec de cette fin comme simple rejet de la nouveauté.

Les choix de mises en scènes sont importants car ils sont le medium d’expression du metteur en scène qui peut exprimer de nouvelles choses sur ce support si connu.

Dans l’opéra de Bizet, certes la mort de Carmen est encore une fois l’élément tragique de l’histoire mais cela vient d’un amour destructeur, de Carmen qui est libre, a exprimé dès sa première scène sa philosophie de l’amour « Si tu m’aimes je ne t’aime pas. Mais si je t’aime prends garde à toi. »

C’est Carmen qui refuse de fuir Don José, qui affirme son indépendance, son droit d’être libre, d’aimer et de quitter. Don José, l’homme de loi déchu tue de jalousie.

https://www.youtube.com/watch?v=t8kT9bS1R78

Si Carmen tue Don José sans que le livret ne change alors ne devient-il pas lui une figure martyr, homme manipulé, rejeté et tué ? Carmen ne perd-t-elle pas sa liberté en tuant Don José ? Quand bien même il s’agit de légitime défense, en changeant la fin, le metteur en scène change l’histoire et le message. Il est alors dérangeant que le livret n’ai pas changé. Qu’applaudissons-nous à la fin de l’opéra original : Le meurtre ? La femme ? La tragédie est-elle celle d’un homme fou d’amour ou d’une femme qui se voulait libre d’aimer comme elle le voulait ?

Conclusion :

Ce ne sont ici que quelques exemples sur la représentation des femmes dans les opéras classiques mais il ne s’agit pas d’une règle. L’opéra Nabucco de Verdi présente des femmes fortes, s’opposant sur des idéaux religieux, politiques, amoureux, identitaires. Elles existent comme être entier et non sources de moqueries, de tentations ou de douleur du rôle principal masculin.

Il ne s’agit pas de rejeter les opéras mais de s’interroger sur ce que nous écoutons, regardons et le message qui est délivré.

Même si vous êtes seuls, préférez voir en Carmen une femme à soif de liberté tuée par un homme jaloux. Offusquez-vous de la Médée de Charpentier, haïssez le duc dans Rigoletto.

NB: Pour visionner des opéras de qualité suivez les live et replay de Culturebox Opéra Culturebox

 

credit image : parisinfo.com

 

 

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