Vivienne Westwood : une icône de mode punk et activiste

Icône punk, décalée, en perpétuelle réinvention, anticonformiste, irrévérencieuse, Vivienne Westwood, qui soufflera le mois prochain sa soixante-dix-huitième bougie, est l’une des figures majeures de la mode contemporaine. En ce mois de la femme sur Florilèges, nous vous invitons à (re)découvrir cette enfant terrible de la mode en trois points clefs de sa carrière.

Le Punk

Après un premier mariage avec Dereck Westwood, dont elle gardera le nom après leur séparation en 1966, et un premier job d’institutrice, la jeune Vivienne rencontre en 1965 celui qui changera sa vie et sa carrière professionnelle à tout jamais : Malcom McLaren, futur manager des Sex Pistols. Ils ouvrent ensemble, en 1971, un magasin nommé « Let it Rock » au 430 King’s Road à Chelsea, dans lequel ils vendent notamment des blousons en cuir des années 40, en référence à l’un des premiers mouvements de jeunesse, les Teddy Boys.

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Vivienne Westwood devant sa boutique, 1972

En 1974, le magasin adopte son identité la plus notoire, désormais nommé « SEX ». Vivienne Westwood y conçoit des vêtements et accessoires inspirés des fétiches et de pratiques sexuelles considérées à l’époque comme «déviantes». On y trouve notamment des robes en caoutchouc et des talons aiguilles hérissés de pointes,vendus aux jeunes « proto-punks ». C’est le début d’un mouvement qui touchera surtout la jeunesse anglaise et américaine. Les punks se posent en rejets de la société : à la fin des Trente Glorieuses, l’économie et la société connaissent le premier choc pétrolier, en 1973. L’ambiance est minée par la morosité économique et Margaret Thatcher, devenue premier ministre en 1979, incarne un establishment sévère et rigide. Le monde musical se révolte lui aussi, contre la récupération des hippies et le manque de rébellion du rock. Le mot « punk » veut dire « minable », « pourri », contrairement aux précédents courants de contre-culture, c’est un nom que ce courant se choisi lui-même, et qui ne lui est pas attribué par les médias.

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Paire de chaussures, Vivienne Westwood et Malcolm McLaren, 1974, V&A

Dans leur boutique, renommée en 1976 (année de création des Sex Pistols) « Seditionnaries », Vivienne Westwood et Malcom McLaren continuent à concevoir des vêtements pour cette jeunesse punk, comme des pantalons de bondage par exemple. La plupart des pièces de la garde-robe punk puise dans l’imaginaire BDSM, avec des sangles, du cuir, du latex, des déchirures, des épingles à nourrice, etc. La séparation des Sex Pistols, en 1978, fait perdre de la vitesse au mouvement punk, et celui-ci est finalement rattrapé par des enjeux commerciaux, devenant peu à peu ce que les punks rejetaient : une norme acceptée par la société.

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Ensemble « Bondage », Vivienne Westwood et Malcolm McLaren, 1976–80, Metropolitan Museum of Art

L’historicisme

A partir des années 1980, Vivienne Westwood se détourne peu à peu du punk, pour un style plus expérimental et personnel. Elle s’éloigne également de l’influence de Malcom McLaren, et se lance comme créatrice de mode à part entière, et non plus comme simple interprète des idées de ce dernier. Sa collection automne-hiver 1981, la première qu’elle présente lors d’un défilé, s’intitule « Pirate », nom inspiré par le « pillage des idées et des couleurs » du passé que l’on retrouve à travers des vêtements évoquant pêle-mêle les bandits de grand chemin, les dandys et les flibustiers. Cette collection lancera la vague des New Romantics.

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A gauche : Deux mannequins portant des ensembles de la collection «Pirates» (automne-hiver 1981), photographie de Robin Beeche. A droite : ensemble de la collection «Pirates» (automne-hiver 1981), V&A

De ses longues journées passées à étudier les collections du Victoria and Albert Museum de Londres, elle tire une véritable fascination pour les vêtements des siècles passés, notamment ceux des XVIIIe et XIXe siècles.

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Corset, Vivienne Westwood, 1990, V&A

Elle s’intéresse notamment aux dessous, comme la crinoline, qu’elle met à l’honneur dans sa collection Mini-Crini (printemps-été 1985), ou encore les corps à baleine et corsets, qu’elle transpose en vêtement du dessus, à l’instar de son corset créé en 1990, reprenant le tableau « Daphnis et Chloé » de François Boucher. Si elle sort des placards ces dessous contraignants, oubliés depuis longtemps, ce n’est pas pour entraver de nouveau les femmes, mais pour proposer des tenues impactantes, prenant de la place dans l’espace public. Avec sa collection « Vive la cocotte », pour l’automne-hiver 1995, elle propose des robes spectaculaires, jouant avec la soie, l’or, les paillettes, les strass, les volants, pour évoquer l’opulence d’un passé fantasmé. La collection a été notamment inspirée par les femmes intellectuelles qui fréquentaient les salons parisiens des XVIIe et XVIIIe siècles, Ninon de l’Enclos en particulier.

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« Vive la cocotte », automne-hiver 1995

Vivienne Westwood ne puise pas seulement dans la garde-robe féminine des siècles précédents : elle s’approprie également des pièces masculines, inspirées du passé mythique de Savile Row, le quartier des tailleurs londoniens. Pour la collection « Time Machine » (automne-hiver 1988), elle puise par exemple son imagination dans la veste Norfolk, veste de chasse créée dans les années 1860, à ceinture et plis creux, dans le dos et sur les devants.

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Ensemble « Time Machine », Vivienne Westwood, 1988, V&A

L’écologie

Depuis une vingtaine d’années, Vivienne Westwood met, dans ses collections, davantage l’accent sur l’activisme, en abordant des questions telles que le changement climatique, les libertés civiles, le droit international, ou encore le désarmement nucléaire.

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Vivienne Westwood vêtue d’un de ses T-shirts « Save the Arctic »

Elle se positionne notamment contre l’utilisation de la fourrure, et n’hésite pas à créer, à partir de matériaux recyclés, comme en 2009, lors de sa collaboration avec la marque brésilienne de chaussures Melissa, pour des chaussures à base de caoutchouc recyclé. Elle s’engage aussi auprès d’ONGs, à l’instar de Greenpeace, pour laquelle elle crée un T-shirt « Save the Arctic », porté par différentes célébrités lors d’une campagne d’affiches en 2012.

Dans son défilé de janvier 2017, « Ecotricity », Vivienne Westwood créé une collection unisexe, composée de vêtements durables, mettant en avant le savoir-faire artisanal, le pragmatisme, et la praticité, destinée à une génération plus jeune, empreinte des idéaux d’écologie et de durabilité.

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Vivienne Westwood, collection Ecotricity, automne-hiver 2017-2018

Cependant, si cet engagement écologique est louable, il ne faut pas oublier que la mode est une industrie extrêmement polluante. Comme le constate le critique littéraire Christopher Hart, dans les colonnes du Times. La situation a quelque chose d’assez ironique : « Une jet-setteuse dont le slogan est ‘finissons-en avec le capitalisme’ et qui vend des anoraks en polyester à 4 685 livres sterling n’est peut-être pas le porte-parole idéal de l’écologisme ».

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