culture.s : une exposition féministe et antiraciste

« Je n’ai jamais réussi à défini le féminisme. Tout ce que je sais, c’est que les gens me traitent de féministe chaque fois que mon comportement ne permet plus de me confondre avec un paillasson »

Rebecca West

cultures-webPour la semaine du 8 mars 2018, Art&Fac, l’association des étudiant·e·s du département d’histoire de l’art et d’archéologie de l’université de Pau et des pays de l’Adour, ainsi que Solidaires étudiant·e·s Pau Occitanie, syndicat de lutte, avaient organisé une exposition intitulée « Le corps féminin comme enjeu féministe« . Cet événement plaçait le curseur sur la représentation des corps féminin gros, notamment par le biais du  #AugustAdipose. Devant la réussite de cette exposition, nous avons décidé de renouveler l’expérience afin de mettre en place un cycle annuel. Le but est de, chaque année, s’intéresser à un aspect, une lutte différente, traversant le féminisme. (+)

« La dissimulation du corps, dans l’art moderne, est liée, idéologiquement et dans la pratique, au patriarcat dominant et aux aspects colonialistes, hétérosexistes et de classe qu’il a engendrés et qu’il pérennise »

Amelia Jones, dans JONES Amelia et WARR Tracey, Le corps de l’artiste, Paris, Phaidon, 2005, p20

13- Iness
Muskmosa, Iness

Notre pratique curatoriale s’inscrit dans une démarche promouvant une histoire de l’art et une monstration de l’art actuel féministe et queer. C’est pour cela que nous avons choisi cette année, entre le 4 et le 8 mars, de présenter trois artistes racisé·e·s perçu·e·s comme femmes. L’exposition est intitulée « culture.s » et nous ouvre un espace à la fois de contemplation et d’approfondissement sur la notion de « culture », dans sa définition identitaire mais aussi institutionnelle. Nous questionnons le rapport que peut avoir un·e artiste racisé·e perçu·e comme femme dans le milieu de l’art, subissant misogynie et racisme.

 

Sarah, étudiante aux Beaux-Arts de Pau, nous a présenté un tapis carré fait entièrement de cheveux. Ce matériel de récupération donne à voir la diversité des textures et des couleurs de cheveux. Le fait de présenter cette installation acéphale permet de pointer du doigt le cheveu comme objet signifiant en lui-même. L’actualité prouve régulièrement que le cheveu est craint, rejeté s’il diffère de ce qui est vu comme la norme – à comprendre le cheveux lisse du/ de la blanc.he – (comme le montre l’acte raciste qu’a subi Alicia, 3 ans). Comme nous l’avons vu dans de précédents articles, le cheveu peut aussi devenir objet de fierté et de revendication (+). Sarah s’intéresse notamment à la multiplicité des symboliques attachées au cheveu, selon les époques et les cultures. Aujourd’hui élément esthétique, il a été autrefois qualifié de sacré. Outre cela, son installation nous renvoie à notre point de vue et notre éducation visuelle très européocentriste puisque dans la réception une grande partie du public a voulu y voir une référence aux camps de concentration nazis avec les cheveux déposés en tas renvoyant à la mort et la guerre.

 

20190307_153702Léa (+), étudiante aux Beaux-Arts de Rennes, questionne ses racines métisses (mère gersoise et père martiniquais). Dans une première installation, des collants couleur « chair » sont tirés et entremêlés de façon à créer une toile, une surface de réception. Là dessus était projeté une vidéo qu’elle a réalisé à base de photographies de famille. Les collants couleur « chair » posent la question de la blanchité comme norme, puisque la couleur « chair » ne peut pas exister en elle-même au vu des différences de carnations.

La deuxième installation de quatre duo de photographies, comme ci-dessus, la représente dans l’action de couvrir ses cheveux. Ce qui peut sembler un acte anodin quand on est blanche, mais qui soulève bien plus de choses lorsqu’on est racisée. Les questions du public se sont rapidement tournées vers l’hypothèse musulmane, ce qui est assez symptomatique de la réception.

 

Muskmosa (+), artiste résidant à Toulouse, met au point un projet de visibilisation des jeunes artistes racisé.es. Elle leur organise un shooting photo personnel, puis présente ces portraits à côté du travail de chacun.e des personnes. Cela permet de démontrer la diversité des sujets et des mediums utilisés par ces artistes qui cherchent à se dégager des attentes qu’on appose sur elleux. Suite à ces entretiens individuels, elle les a invité à un moment d’échange collectif sur leurs parcours. Même s’iels n’ont pas évolué dans les mêmes milieux et villes, des parties de leur histoire entraient en échos et montraient la similarité des parcours des artistes racisé.es face au racisme des institutions et des personnes.

Muskmosa travaille sur la création d’une solidarité entre artistes minorisé.es, en menant une réflexion s’appuyant sur le prisme classe / sexe / race. Cette série de photo sera complétée ultérieurement par de nouveaux portraits. Cette mise en abyme de la monstration d’un artiste centrant son propos sur la visibilisation d’autres artistes permet une mise en abyme et une réflexion sur les systèmes d’auto-organisation alternatif à ce que peut proposer l’institution.

 

Le vernissage a rassemblé près de soixante-dix personnes, qui ont pu rencontrer Muskmosa qui nous avait fait le plaisir de se déplacer, ainsi que Sarah, artiste paloise. Mettre en contact les artistes et le public est toujours un moment précieux qu’il ne faut pas négliger. Le regard qu’on porte sur une œuvre est différent suivant la personne qui nous la présente : l’artiste ou la commissaire d’exposition. Nous l’interprétons toujours d’après nos codes de représentation et ce que nous tirons de notre éducation. Il tient à nous d’ouvrir nos connaissances pour élargir notre horizon d’attente, afin d’être prêt.e à recevoir des œuvres qui sortent des codes de la blanchité et de la masculinité.

__

Lectures indicatives
Pap Ndiaye, La condition noire, Essai sur une minorité française (2008)
Hourya Bentouhami-Molino, Race, cultures, identités, Une approche féministe et postcoloniale (2015)

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s