http://cyfem, une exposition autour du cyberféminisme

Du 21 au 25 janvier a eu lieu l’exposition http://cyfem autour du cyberféminisme à la Centrifugeuse, salle de concert et d’exposition de la MDE (Maison de l’Etudiant) de l’université de Pau.

Tout d’abord, il semble utile de définir le cyberféminisme, qui reste encore une branche méconnue du féminisme.

Ce qui définit le cyberféminisme, c’est son absence de définition. Le cyberféminisme est nébuleux, pluriforme et transcendant. C’est le féminisme qui voit en les internets et les technologies des outils d’émancipation. Mais pour s’émanciper de quoi ? Du patriarcat, de la suprématie blanche et occidentale, du colonialisme, de la phallocratie, de la pensée hétéronormée, de la binarité, du sexisme, du racisme, du mobilisme, de la grossophobie, de la transophobie, de l’homophobie… Les technologies appartiennent à un univers d’hommes cisgenres blancs. Les acteur.rice.s du cyberféminisme s’emparent de cet univers pour le court – circuiter de l’intérieur, le questionner et lutter pour les causes qui leur sont chères et nécessaires. Le mouvement est né à l’aube de l’internet, et ne cesse de se réinventer depuis.

L’exposition a vu le jour sous la volonté d’Emma Bourras, étudiante en Master 1 Recherche en Histoire de l’Art à l’Université de Pau, travaillant sur les artistes kitsch et Lisa Clamens, étudiante en Master 1 design graphique multimédia à l’Ecole Supérieure des Arts de Pau et qui questionne le cyberféminisme dans son mémoire. Cette démarche s’inscrit dans une volonté d’informer un public étudiant et Palois sur une branche du féminisme peu exposée et médiatisée.

L’exposition aborde les résurgences contemporaines du mouvement dans notre ère contemporaine en les mettant en perspective avec des éléments du cyberféminisme passés par le biais de créations originales artistiques et documentaires ainsi qu’une sélection d’œuvres d’artistes émergentes.

Voyage chronologique et tour de salle de l’exposition http://cyfem

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Les artistes cyberféministes ont, pour le plus grand nombre, pour référence Donna Haraway. Donna Haraway est professeur émérite du département des sciences humaines de l’université de Santa Cruz, Californie, titulaire de la chaire d’histoire de la conscience et des études féministes ainsi que diplômée en zoologie et en philosophie. Elle donne aussi des cours d’études du genre (gender studies) et de science générale.

Elle est, entre autres, l’autrice de l’essai « A Cyborg Manifesto » publié en 1991 dans son livre « Simians, Cyborgs and Women : The Reinvention of Nature ». Cet ouvrage est un des premiers terreaux du cyberféminisme. Elle y développe une pensée ironique et engagée en utilisant la figure de lae cyborg pour déconstruire la binarité de notre paradigme et aborder des problématiques liées aux nouvelles technologies, au capitalisme, au patriarcat… Le cyborg, créature issue d’un imaginaire technophile masculin blanc cisgenre, est court-circuité par Donna Haraway qui le transforme en un.e cyborg, nébuleux.se, pluriel.le et maître.sse de sa vie, convertissant son aliénation en une énergie créatrice. Lae cyborg n’est pas nécessairement une femme et le féminisme porté dans cet essai est intersectionnel, c’est à dire qu’il prend en compte autant les oppressions liées aux genres, qu’aux sexes, qu’à la sexualité, qu’à la couleur de la peau, qu’aux classes sociales, qu’à la religion, qu’à la mobilité et qu’aux combinaisons de ces différents données.

Les posters Cyborg Quotes de Villa Crypta donnent à voir et à lire des citations du manifeste cyborg. Elle essaie d’imaginer un design graphique cyborg, transgressant, détournant codes et conventions.

Old Boys Network est la première alliance cyberféministe fondée à Berlin en 1997. Lors de ce congrès, les cyberféministes des quatre coins du globe ont essayé d’élaborer une définition du cyberféminisme. Souhaitant que le mouvement reste ouvert et non exhaustif, elles préférèrent rédiger les 100 anti-thèses : 100 non-définition en toutes les langues présentent lors de la réunion. Acideplastique, de son vrai nom, Johanna Etcheverry cite et rend hommage ici aux 100 Anti-Thèses du collectif Old Boys Network. Elle en reprend quelques une et leur donne vie dans cette vidéo où l’outil numérique est volontairement mis en exergue.

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En tant que premiers médiums féministes, l’exposition présentait la collection de fanzines du collectif féministe bordelais Le Barragouinage ainsi que la micro édition href zine xyber*feminism issue.

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Tabita Rezaire (Afrique du Sud) étudie et dénonce les conséquences du colonialisme sur l’identité, la sexualité, la santé, la spiritualité et les technologies sur les générations contemporaines. Elle propose de soigner ces maux post-coloniaux par la spiritualité et notamment le yoga kémentique qu’elle enseigne. Dans ses vidéos, elle mêle références à la spiritualité égyptienne, yoga et twerk. Ses vidéos Sorry 4 real (2015) et Peacefull Warrior (2015) étaient visualisables à http://cyfem.

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Emily Mulenga (Royaume-Uni) étudie les beaux-arts à la Chelsea School de Londres. Dans la vidéo 4 Survival 4 Pleasure (2015), on suit l’avatar de l’artiste à travers une série de paysages luxuriants. Lectrice du Cyborg Manifesto et de ses commentaires, Emily Mulenga questionne les technologies mais aussi le désir de s’épanouir des personnes marginalisées (les femmes noires notamment).

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Un clitoris a été imprimé à l’imprimante 3D à échelle 1 spécialement pour l’exposition. Son modèle est disponible en open source grâce au travail de Melissa Richard, médiatrice du fablab du Carrefour Numérique de la Cité des Sciences et Odile Fillod, chercheuse indépendante en sociologie et vulgarisation scientifique. Pour Odile Fillod il est important « de montrer à quoi le clitoris ressemble pour parler des bases anatomiques et physiologiques du désir et du plaisir sexuel » en particulier auprès des jeunes publics. L’objectif est de réduire les inégalités de représentations de l’anatomie féminine dans les études scientifiques. En France, en 2016, il était toujours difficile de trouver une représentation exacte du clitoris dans les livres de SVT. La démarche est augmentée par le site Clit’info. L’utilisation de nouvelles technologies telle que l’imprimante 3D à des fins féministes fait de ce geste un acte cyberféministe en puissance.

Le clitoris était accompagné d’un dépliant explicatif mis en page par Lisa Clamens et contenant un plaidoyer à la jouissance féminine écrit par Emma Bourras.

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Enfin, l’exposition présente 3615 RITA (2019), une broderie moyen format de l’artiste Rita Sada spécialement réalisée pour http://cyfem. Rita débute le travail de broderie en 2012 en choisissant de s’intéresser et d’explorer principalement le thème du cyber sex. Elle puise son inspiration dans l’esthétique vintage des anciennes productions pornographiques. L’idée de mêler l’art traditionnel de la broderie avec le pixel art lui permet de développer sa propre imagerie érotique et invite à s’interroger sur la représentation de la nudité et de la sexualité sur internet ou encore sur d’autres supports numériques comme les jeux vidéos par exemple.

Nous tenons à remercier les curieux.ses venu.es visiter l’exposition et nous espérons qu’elle aura apporter une pierre à l’édifice du féminisme, encore en construction. Enfin, si tu souhaites voir cette exposition dans ta ville, n’hésites pas à nous contacter !

Article écrit par Emma Bourras

M1 Recherche en Histoire de l’Art (UPPA)

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