District 9, quand des extraterrestres interrogent notre humanité

District 9 de Neil Blomkamp

District 9 est un film d’extraterrestres pas comme les autres. Sorti en 2009, produit par Peter Jackson et réalisé par Neill Blomkamp (Elysium, Chappie), il est un développement du court métrage Alive in Joburg (2006), traitant de problèmes d’immigration et d’intégration d’extraterrestres.

/!\ Attention, cet article est une explication du film, il contient donc des spoilers

Vingt années se sont écoulées depuis l’arrivée des extraterrestres lorsque le film débute. Les nouveaux venus ont été parqués dans un ghetto en marge de Johannesburg, lieu insalubre, surpeuplé et investi par les gangs, les trafics et la prostitution. Nous suivons la mission de Wikus Van De Merwe (Sharlto Copley), agent de la multinationale MNU, chargé d’organiser le déplacement des aliens depuis leur ghetto vers un autre camp.

Détourner les codes : des extraterrestres en danger

Loin de relater l’invasion de la Terre et l’anéantissement des humains par des extraterrestres monstrueux et supérieurs, District 9 conte l’histoire de visiteurs de l’espace incapables de quitter la planète bleue et en proie aux ambitions de ses habitants.

Les extraterrestres sont donc enfermés dans un ghetto en marge de Johannesburg, image des bidonvilles qui existent aujourd’hui dans de nombreux pays. Ils y vivent dans des baraquements composés de matériaux de récupération et de vieille taule, au milieu des tas de déchets leur servant parfois de nourriture.

Mais ce ne sont pas que des extraterrestres qui occupent le ghetto. Le lieu sert à toute sorte de trafics et est notamment le repère d’un réseau criminel qui exploite l’obsession des aliens pour la nourriture pour chat. Échangées notamment contre des armes extraterrestres, les boîtes de conserve entrent en résonance avec l’univers de métal et de décomposition du ghetto, rappelant l’aspect du corps des extraterrestres, mi-métallique, mi-organique.

Les gangs ne représentent toutefois pas la seule menace pesant sur les aliens. Leur destin est en effet géré par la société MNU, une multinationale chargée par le gouvernement de déménager les extraterrestres lorsque le film commence. Des intérêts militaires entrent alors en jeu et l’histoire révèle rapidement que le déplacement de cette population ne relève pas de la mission humanitaire mais a plutôt pour but de s’approprier un maximum d’armes extraterrestres.

Les extraterrestres, miroirs d’une humanité à la dérive

Le début du film alterne entre scènes filmées caméra à l’épaule, interviews d’experts et images de journaux d’informations télévisés, instaurant immédiatement un dialogue avec notre réalité, propice aux parallèles et aux comparaisons avec notre histoire contemporaine.

Le film agit comme un miroir déformé et déformant. Au lieu de reprendre les codes du film d’aliens venant menacer l’humanité, ce sont ici les humains qui s’avèrent être les tortionnaires. Les extraterrestres représentent le reflet de l’humanité perdue. Ils portent en effet les valeurs revendiquées par les humains telles que la compassion ou l’entraide. Mais si les extraterrestres reflètent l’humanité, quelle force anime désormais les humains ? La condition imposée aux aliens est le miroir révélant l’inhumanité des habitants de la Terre. Nous découvrons ainsi avec horreur des Hommes dénués de toute compassion, possédés par une violence extrême et aveuglés par leur désir de domination. Le film se fait la critique de l’absence de transparence des grandes multinationales représentées par MNU et de la manipulation de la population par les médias. Métaphore de l’immigration, l’œuvre aborde également la question de la déshumanisation des populations, qui sert de justification ou au moins de filtre devant les traitements parfois infligés par les pays d’accueil. Ainsi, les extraterrestres sont affublés du nom de « crevettes » par les humains. Le rabaissement et la négation de toute humanité permet de détourner le regard.

« S’ils venaient d’un autre pays, nous pourrions comprendre, mais ils ne sont même pas de cette planète »

Cependant, tout n’est pas tout blanc ou tout noir et au fil des évènements, le regard posé sur les personnages est appelé à évoluer. Une lueur de pitié peut se dessiner pour le pauvre Wikus, personnage « bêbête » et détestable pendant les trente premières minutes, qui par excès de confiance en lui et en ses semblables, va manger de la pâtée.  La seule issue sera finalement pour ce métis d’un temps de s’allier avec un extraterrestre, représentant des « autres », ô combien plus humain que les proches de notre héros.

Parfois un peu trash mais ce n’est jamais gratuit, District 9 nous laisse avec pour toute conclusion un piètre tableau de notre humanité, moins dénonciateur que porteur d’espoir d’une prise de conscience. Un gout de poussière et de fer nous reste dans la bouche, résultat d’une magnifique réalisation.

 

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