Les icônes, portes ouvertes sur l’invisible par Soeur Anne-Claire Dangeard

Pour Soeur Anne-Claire Dangeard, les icônes sont une passion et une manière de nourrir la foi. Son savoir qu’elle nous partage lors de cette conférence de l’Aumônerie de février est le fruit d’échanges et de partages avec d’autres sœurs iconographes.

Un peu d’histoire…

L’événement fondateur de l’iconographie chrétienne est le mystère de l’Incarnation. L’incarnation du fils de Dieu est au cœur de l’icône ; comme il s’est fait homme, il faut le représenter.

L’icône originale est envoyée par le Christ lui-même au roi Abgar. Ce dernier, affecté par la lèpre, entend parler de ses dons de guérison et missionne son archiviste Hannan auprès de lui pour le convaincre de venir et le guérir. Le Christ dit qu’il ne peut se déplacer et autorise Hannan à dessiner son portrait pour le ramener au roi. Mais, il n’y arrive pas et le Christ prend alors un linge où il s’essuie le visage qui s’y imprime miraculeusement : le mandylion (« mouchoir » en grec) est créé. Ce linge est ramené au roi Abgar qui guérit à la vue de ce visage.

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Le roi Abgar V recevant le Mandylion, icône du Xe siècle, monastère de Sainte-Catherine en Egypte.

Une des premières icônes date environ du VIe siècle. D’après la tradition, saint Luc fit trois images de la mère de Dieu puis les transmis à l’Eglise.

L’histoire de l’iconographie retient le nom de saint Jean Damascène qui a vécu au VIIIe siècle. Il défendit par sa parole et ses écrits le culte des images avant le Concile de Nicée. Il explique que l’honneur rendu à l’icône n’est pas idolâtrie mais va au saint. La légitimité des icônes est fondée à partir de l’Incarnation. Il fut un temps où Dieu, ayant ni corps ni forme, ne pouvait pas être représenté mais maintenant qu’il s’est fait homme, on peut le représenter et l’icône devient matière. Mais, il faut aller au delà de la matière. C’est un support de communication. L’iconographie byzantine représente saint Jean Damascène avec un turban car il est le signe de la connaissance de la langue arabe.

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Saint Jean Damascène, Athos, début du XIVe siècle

… de technique…

La « rencontre », quand on regarde la définition dans le dictionnaire, c’est le fait de se retrouver fortuitement en présence de quelqu’un, ou en allant volontairement au devant de lui. L’icône doit révéler une mystérieuse présence, elle invite à la rencontre et prend sa source dans la parole de Dieu. Elle l’est dans la forme et en couleurs. C’est la Parole qui est à l’origine de l’icône, on dit par ailleurs « écrire une icône » et non « peindre une icône ». La Bible, source de ces icônes, donne la grammaire. On se laisse effacer pour transmettre un message de foi.

On entre dans une démarche de conversion et une forme d’ascèse. On ne fait pas ce qu’on veut, il y a un canon et des règles sur les formes choisies. L’icône s’exprime à travers des symboles notamment la technique. Par exemple, la première couche est sombre puis il y a un éclaircissement : c’est la symbolique des ténèbres vers la résurrection.

L’or est moins une couleur qu’une lumière. C’est la présence de Dieu et sa gloire, les nimbes sont en or pour dire qu’ils participent à la gloire de dieu et c’est un matériau inaltérable. Le travail est à la feuille d’or, le haut de l’icône est toujours la présence ou la rencontre avec Dieu. Quand le Christ prie dans le Nouveau Testament, il va toujours sur une montagne car s’élève pour rencontrer Dieu. Donc, le ciel est en or.

Le blanc est le rassemblement de toutes les couleurs et c’est le symbole de la lumière à créer. Il est aussi utilisé pour signifier la résurrection du Christ. Le Christ est venu pour rassembler toute l’Humanité en un seul corps. La table est là pour inviter chacun à prendre sa place, elle est ronde pour montrer que l’humanité est invitée toute entière.

Le rouge vient du pourpre, un coquillage profond dans la mer donc très cher. C’est la couleur des empereurs et Dieu. Pour les premiers iconographes, Dieu ne peut être qu’un empereur donc on le vêt de rouge. Il y a trois rouges : le pourpre, le vif et l’orangé qui est parfois dans une demi-sphère dans la partie supérieure car est pour la Sainte Trinité. Le rouge vif est la couleur du sang, couleur de la vie mais aussi celle de l’Esprit Saint.

Le bleu est couleur du roi dans l’iconographie occidentale, parfois aussi l’Humanité.

Le noir est souvent pour la grotte, comme par exemple la Nativité. Il est l’absence de couleur donc l’absence de Dieu, le monde des ténèbres.

Le vert est couleur du monde, de la nature. Il symbolise la renaissance et la paix. Elle est la couleur pour représenter l’Esprit Saint et ce qui peut être recherche ou mystère.

L’écriture d’une icône est une technique particulière qui s’apprend, se découvre et que l’on s’approprie. Ecrire une icône n’est pas une expérience artistique, cela se vit dans un esprit de conversion et d’accueil de Dieu dans sa vie. On doit faire sa propre icône personnelle dans la recherche de soi-même. Qui suis-je dans ma relation à Dieu ? Cela se voit à l’intérieur. La planche qui est le support, symbolise la création car les premiers chrétiens pensaient que la terre était plate et ont mis cette symbolique dedans.

La planche est creusée, l’ossature symbolisant le lieu de la rencontre avec Dieu. Le creux est l’espace sacré où on rencontre le Christ. Le terme russe « Lefkas » signifie la couche de colle de peau et de blanc de Meudon sur la planche qui est apposé par douze fois. Puis, on creuse le motif. Les ténèbres sont des couleurs naturelles avec une pointe de noir, on est semblable à lui mais on reconnait que la différence est le fait que l’Homme est pêcheur. La création est marquée par le mal.

Chaque personnage ou représentation a sa propre perspective. L’art byzantin utilise la perspective inversée qui est un rapprochement vers le spectateur, l’impression que les personnages vont à sa rencontre. Le monde est tournée vers l’Homme et l’objectif est la vérité théologique, l’événement est à l’intérieur. Il y aussi la perspective d’importance, un procédé mettant en évidence un personnage.

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Saint Jean Climaque entouré de saint Georges et saint Blaise, École Novogrod, XIIIe siècle, Musée Russe de Saint-Pétersbourg – Russie.

La perspective permet d’avoir une lecture même si on n’est pas forcément croyant, on cherche la démarche de l’iconographe.

Comment est structurée une icône ? La planche est une représentation du monde des premiers chrétiens. Ce qui est au dessus de la terre et dans le ciel comme les étoiles et le soleil. La pluie fait croître la nature et ce qui est dans la partie supérieure des icônes est ce qui est beau, bon et bien pour l’Homme. C’est le « carré divin ». En dessous c’est le « carré inférieur » avec la terre et l’espace humain. Le croisement des diagonales est le coeur du mystère, le lieu de rencontre.

… et de prière.

Les icônes, dans l’église orthodoxe, sont aussi dans le lieu de la liturgie. Toute icône s’y inscrit et lors de la fête de la présentation de Jésus au Temple le 2 février, on chante un « tropaire » pour l’introduire.

Avant son travail, l’iconographe prend un temps de silence et dit une prière spécifique à son statut comme par exemple : « Toi, Maître Divin de tout ce qui existe, éclaire et dirige l’âme, l’esprit et le cœur de ton serviteur. Conduis sa main afin qu’il puisse représenter dignement et parfaitement ton Image, celle de ta Sainte Mère et celle de tous les Saints, pour la gloire, la joie et l’embellissement de ton Église. Mon Dieu, bénis mes humbles efforts, fais que mon labeur serve l’élévation de mon âme, pour la gloire de ton Saint Nom. »

L’icône est au coeur de la foi chrétienne et de la prière.

À Paris, pour voir de belles œuvres, Soeur Anne-Claire Dangeard conseille d’aller à l’église Saint-Julien-le-Pauvre dans le Ve arrondissement.

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