Les désastres de la Guerre

Les relations entre la France et l’Espagne n’ont pas toujours été cordiales. L’oeuvre de l’artiste prolifique et novateur Franscico Goya en témoigne. Tout le monde connait les grandes toiles de ce maître espagnol mais connaissez-vous réellement son oeuvre gravée ? Aujourd’hui gros plan sur une de ses séries d’estampes ; les désastres de la guerre

Le contexte de création

Goya commence cette série en 1810, soit deux ans après le début de la guerre “d’indépendance” des espagnols contre les ambitions impérialistes françaises.  Napoléon a pour ambition de placer son frère Joseph Bonaparte, sur le trône d’Espagne. Pour ce faire l’armée française est envoyée en Espagne sous le commandement de Murat. Sous cette pression, le roi Charles IV abdique et part avec sa famille en France. Cette décision entraîne la révolte des Madrilènes et sa répression sanglantes (2 et 3 mai 1808). C’est une guerre désordonnée et violente durant quatre ans et dont Goya se veut le témoin. Cette série se compose de quatre-vingt deux estampes, on distingue une première parties de paysages et lieux hostiles, des planches plus expressives centrés sur des personnages et des planches allégoriques gravées sur un cuivre de meilleure qualité.

Quelle intention artistique ? 

Les planches de la série soulignent la volonté de l’artiste de témoigner de la guerre, non d’une approche historique, avec des vues de batailles, mais d’un point de vue humaniste en dénonçant la réalité d’un conflit sans pitié. De part, l’abandon du premier titre choisi Fatales conséquences de la sanglante guerre en Espagne avec Bonaparte pour un titre plus atemporel on perçoit le désir de l’artiste d’universaliser son travail et son message, il traite de la nature humaine qui est capable du pire.

Il ne peut pas éditer cette série du fait du retour à l’absolutisme de Ferdinand VII, cependant l’artiste avait fait tirer un nombre important d’épreuve sûrement dans l’intention de les diffuser s’il n’arrivait pas à les éditer. La première édition des planches a lieu en 1863 par l’académie San Ferdinando qui était propriétaire des cuivres.

La période est difficile ce qui explique que la mauvaise qualité des cuivres utilisés et le remploi de plaque de paysage déjà utilisées. Les première planches sont parfois datées et signées, les lavis d’acides et d’aquateinte envahissent les plaques au fur et à mesure.

Des estampes emblématiques de la série

Pour cette série on peut retenir Yo lo Vi qui montre la volonté de témoignage de l’artiste. Contre le bien commun reprend des motifs-clés de l’oeuvre de Goya que l’on retrouve dans ses autres séries, elle fait partie des planches allégoriques. Et pour finir on peut évoquer Cruel lastima pour aborder le thème de la famine

Gros plan

Yo lo vi est une estampe de Francisco Goya exécutée entre 1810 et 1815 à l’eau-forte, burin, à la pointe sèche et au lavis d’aguantine, mesurant 15,7x23cm c’est le premier état. Elle est conservée à la bibliothèque de l’INHA.

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La scène correspond à un mouvement de fuite d’une foule. Au premier plan à droite se trouve une mère qui tire son enfant en arrière. Le deuxième plan correspond à une foule de personnage dont à l’avant deux hommes effrayés par quelque chose hors champ courent vers l’angle gauche, les autres personnages plus lointains sont indistincts. Un paysage composé d’une ville et d’une colline forme l’arrière plan. Peu de détail sont apportés, plus les plans s’éloignent moins ils sont figurés précisément. Un effet de foule se dégage pourtant grâce à l’utilisation de multiple lignes noires qui permettent à la figure centrale de la mère l’enfant de se détacher par contraste.

Avec cette série et plus particulièrement cette estampe notamment par son titre on voit que l’artiste est engagé dans les événements contemporains des guerres napoléoniennes, il souhaite être un témoin et dénoncer les atrocités humaines. Le titre peut également faire écho au fait que justement l’artiste par son vécu des événements a besoin de retrouver son humanité grâce à l’art.

L’artiste a vu mais paradoxalement ce qu’il a vu et ce que voient les personnages, ce qui les fait fuir est hors cadre. Il est encore plus angoissant de ne présenter que l’effroi créer que la cause C’est aussi une manière de rendre l’estampe universelle ce n’est pas seulement un épisode de la guerre d’Indépendance que nous regardons mais toutes les scènes qui provoquent en nous la peur. L’oeuvre est donc ouverte.

D’ailleurs, la composition qui met en avant la mère et son fils comme un cœur lumineux permettant de percevoir autrement la scène. Ce n’est pas que l’horreur qui l’on convoque c’est aussi la réponse la plus efficace et le plus humaine ; le courage d’une mère qui au lieu de fuir dans le même sens que la foule revient sur ses pas pour sauver son enfant. C’est l’amour du mère qui fait se dissiper l’ombre de la cruauté autour d’elle.

 

Cette planche n’est pas la seule de la série à mettre en avant l’héroïsme féminin qui est le seul présenté dans ce chaos, ce sont elles qui continuent de lutter comme dans Qué valor que l’on peut rattacher à Agustina d’Aragon lors du siège de Saragosse.

 

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